Les dogmes sur lesquels repose l’économie du cinéma et de l’audiovisuel sautent les uns après les autres

Pour le cinéma et l’audiovisuel le Coronavirus a accélère la dėrive des continents engagée par les plates-formes numériques mondiales. Rien que la semaine dernière, deux évènement majeurs en France et un aux Etats-Unis en ont été l’illustration.

Gaumont et Orange préfèrent vendre un film directement à la S-Vod

En France, deux distributeurs/producteurs importants, Orange Studio et Gaumont, ont préféré vendre à une plate-forme de S-Vod des films très attendus par les exploitants plutôt que de les sortir en salle https://siritz.com/financine/de-carybde-en-scylla-pour-lexploitation/. Quand on regarde les plans de financement de ces films, il semble probable que ces distributeurs/producteurs ont estimé qu’une sortie en salle ne leur permettrait jamais d’amortir leur investissement alors qu’une vente directe ã la S-Vod leur permettrait de générer la marge de 25 % sur les coûts de production que ces plates-formes proposent en général.

Gaumont a préféré vendre « le film de cinéma « Bronx » directement ã Netflix

En outre, dans le cas de Gaumont, c’est certes un producteur et distributeur de films de cinéma. Mais c’est aussi, et de plus en plus, un producteur de sėries pour lequel Netflix est un client essentiel.

Warner renonce au dogme de la sortie mondiale

Mais le Coronavirus a d’autres effets sur la distribution de films de cinéma. Ainsi, jusqu’ã présent les blockbusters des grands studios américains avaient une sortie mondiale. Il s’agissait d’éviter que, quand un film arrive dans un territoire, il soit dėjà largement offert sur le marché du piratage. Mais aussi de mobiliser d’un coup toute l’équipe du film pour la promotion auprès de tous le media du monde.

Or, la plupart des salles de cinéma américaines sont fermées et, avec le comportement du président Trump et des gouverneurs républicains, cela peut durer encore très longtemps. Il en est de même d’une grandes partie des des salles chinoises, le deuxième marché de ces blockbusters. Et aussi de la plupart des salles de nombreux autres territoires. Les studios américains ont donc décidé de reporter sine die la sortie de leurs films. Ce qui entraîne un effondrement de la fréquentation des salles dans les territoires où elles sont ré-ouvertes, comme la France.

La carrière de « Tenet » qui sort le 26 août en France, sera décisive pour tous les studios américains à qui le report de la sortie de leurs films pose d’énormes problèmes de trésorerie

Dans ce second cas, cela va faire sérieusement réfléchir de nombreux producteurs et distributeurs français qui ont effectué d’importants investissements dans des films de cinéma. Et, en France, les chaînes, comme certains producteurs d’ailleurs, auront des arguments supplémentaires pour réclamer une fusion des obligations d’investissement dans les films de cinéma et les œuvres audiovisuelles, quitte à fixer des planchers.

Le principal exploitant mondial renonce au dogme de la fenêtre d’exclusivité des salles

Quant à l’accord entre Universal et AMC il va rendre plus d’actualité que jamais une réflexion sur la chronologie des media. https://siritz.com/financine/peril-sur-la-fenetre-dexclusivite-des-cinemas/. Curieusement il est passé presqu’inaperçu dans les grands medias français, sauf Les Échos. Alors qu’il risque de totalement bouleverser l’économie du cinéma. A commencer par celle de l’exploitation. En effet, il remet en cause le dogme selon lequel les salles bénéficient d’une fenêtre d’exclusivité d’un film sur tous les autres media, tant que son exploitation en salle se poursuit. Or, d’un seul coup, le premier exploitant des Etats-Unis et d’Europe renonce à ce dogme.

Adam Aron, patron d’AMC, a accepté un fenêtre d’exclusivité de seulement 17 jours pour ses salles

Pourtant cette fenêtre conserve repose sur de solides fondements économiques et sociaux. Jusqu’à présent, seul Netflix la contestait. Sans succès. AMC lui porte un coup sévère. Et, avec la multiplication des media et des cas de figure, il sera de plus en plus difficile, en France, de la figer dans une réglementation détaillée.

Netflix va commercialiser le championnat de France de foot-ball

Dernier bouleversement, l’accord de Mediapro et de Netflix. Le groupe sino-espagnol avait ravi à Canal +, pour sa future chaîne Téléfoot, les droits du championnat de France de foot-ball. En les surpayant selon Canal+, dont une grande partie des abonnées venaient pour cette offre. A ce jour, seul SFR avait passé un accord pour diffuser Tėlėfoot. Canal+ pensait que, comme BeIN, cette chaîne serait finalement obligée de lui confier sa commercialisation. Or, elle vient de passer un accord avec Netflix qui commercialiser auprès de ses abonnées une offre groupée, pour 29€50.

https://www.sofoot.com/telefoot-va-s-associer-a-netflix-486672.html

Netflix va commercialiser le championnat de France de Foot-ball

Jusqu’ã présent Canal+, OCS et BeIn avaient pu trouver un modus vivendi. Mais, désormais, Netflix et, sans doute, Amazon Prime sont tellement puissants qu’un tel accord avec des nains est sans inté; rêt pour eux. Et Netflix va sans doute diffuser aussi des télé-réalités et de l’information. Notre système économique du cinéma et de l’audiovisuel va impérativement devoir tenir compte au plus vite de toutes ces évolutions.

Le baromètre pour les films français sortis en 2020

Cinéfinances.info* a fourni à Siritz.com les données qui permettent d’établir ce baromètre. Il porte sur les 107 films français sortis depuis le début de l’année 2020.

La plus forte rémunération est celle de Michel Hazanavicius pour « Le Prince ». Elle est de 1,4 millions €, dont 650 000 € d’à valoir sur  droits d’auteur et 750 000 € de salaire. Il a été produit par Prélude et distribué à 50/50 entre Studio Canal et Pathé. Sont budget est de 28,9 millions €. Il a réalisé 920 000 entrées.

La rémunération moyenne des réalisateurs est de 116 000 €. Le film qui en est le plus proche est «Papi sitter», réalisé par Philippe Guillard dont la rémunération était 120 000 €, répartie à part égal entre droits d’auteur et salaire.  Il est produit par Same Player et Gaumont et distribué par Gaumont. Son budget est de 7,4 millions €. Il a rassemblé 250 000 entrées.

La rémunération médiane (autant de rémunérations supérieures que de rémunérations inférieures) est de 65 000 €. C’est celle de Jean-Michel Bertrand pour le documentaire « Marche avec les loups », répartie entre 25 000 € de droits d’auteur et 40 000 € de salaire. Le film est produit par MC4 pour un budget de 890 000 €.  Distribué par Gebeka il a réalisé 150 000 entrées.

Les rémunérations maximales et moyennes sont inférieures à celles de 2019 alors que la rémunération médiane est supérieure. https://siritz.com/les-barometres-de-la-distribution/la-remuneration-des-realisateurs-des-films-francais-sortis-en-2019*www.Cinefinances.info est un site, accessible par abonnement,  destiné aux professionnels du cinéma.  Il publie le budget, le plan de financement et la répartition des recettes de tous les films français qui sortent (hors les films « sauvages » qui ne déposent pas leurs contrats au registre public et ne demandent donc pas l’agrément qui leur permettrait d’accéder à l’aide du CNC). Il dispose d’un puissant moteur de recherche multicritères et de 10 ans d’archives.

Aux Etats-Unis Universal et le réseau de salles de cinéma AMC rompent le dogme

Le quotidien professionnel britannique «  Screen daily » a annoncé hier que le Studio américain Universal et le principal réseau de salles de cinéma des Etats-Unis  ont passė  un accord qui bouleverse l’économie  du cinéma : pour certains films Universal le rėseau aura une fenêtre d’exclusivité de 17 jours. Puis le film pourra être  diffusé en VoD premium, le studio et le rėseau de salle se partageant les marges sur ce nouveau média. AMC possède d’ailleurs un service de Premium VoD. 

https://www.screendaily.com/news/universal-amc-theatres-agree-to-collapse-theatrical-window-share-pvod-revenue/5151932.article

La règle de la fenêtre d’exclusivité aux salles est appliquée partout

Or, jusqu’à maintenant, toutes les salles de cinéma américaines imposaient une fenêtre d’exclusivité de 3 mois sur la diffusion sur tout autre média. En France, la réglementation la fixe  même 4 mois, avec des dėrogations à 3 mois en fonction du nombre d’entrées. Cette exclusivité est la règle dans quasiment tous les pays. Elle correspond grosse modo à la durė d’exploitation d’un film en salle. Elle repose sur le principe de la chronologie des médias. Ce principe repose lui-même sur un principe simple : la diffusion débute sur le média le plus cher par spectateur. C’est la salle de cinéma. Puis ce principe est respecté entre tous les autres medias. En fin de course se trouve donc les chaînes gratuites.

Cette chronologie des media est la même que pour le livre. Celui-ci est lancé en édition brochée. Quand les ventes dans ce format sont quasiment terminées débute la vente en livre de poche, beaucoup moins cher. Elle procure un chiffre d’affaires supplémentaire. Mais, si le livre de poche était vendu en même temps que l’édition brochée, la plupart des lecteurs qui auraient acheté l’édition brochée achèteraient l’édition de poche, beaucoup moins cher. Et le chiffre d’affaires des éditeurs comme des libraires chuterait fortement. Sans doute la plus grande partie d’entre eux disparaîtraient.

La plate-forme internationale de S-Vod Netflix cherche par tous les moyens à diffuser des films de cinéma en même temps que les salles. Celles-ci, ayant le même raisonnement que les éditeurs et les libraires à propos du livre de poche, résistent partout dans le monde. Netflix comme Amazon Prime n’ont pu, jusqu’ici, qu’acheter des films qui ne sortent pas en salle. En France, pendant le confinement, alors que toutes les salles étaient fermées, 2 films ont ėté vendues à Amazon Prime :

« Forte » https://siritz.com/cinescoop/vente-de-forte-a-amazon-prime-analyse-des-donnees-financieres/ et « Pinocchio » https://siritz.com/financine/vente-de-pinocchio-a-amazone-prime-suite/

De même, sans respecter le délai de 4 mois, mais avec l’accord du CNC, des distributeurs ont fait diffuser leurs films en VoD. Certains exploitants possèdent d’ailleurs leur propre service de VoD. Mais, dans l’hexagone, le chiffre d’affaires de la VoD est très limité, même s’il a sensiblement augmenté pendant le confinement. En début de semaine, alors que les salles françaises sont ré-ouvertes, deux films français très attendus par les exploitants, ont été vendus pour une sortie directe en S-VoD. « Brutus VS César » https://siritz.com/financine/amazon-prime-versus-cesar/ et « Bronx » https://siritz.com/financine/de-carybde-en-scylla-pour-lexploitation/. Ces annonces ont fait l’effet d’une bombe dans l’exploitation.

Le virage à 180° d’AMC

L’accord entre AMC (filiale du groupe chinois Wanda) et Universal, filiale de Comcast, est quant à elle doublement surprenante. Tout d’abord, parce qu’ au printemps denier, Jeff Shell, PDG de NBCUniversal, avait annoncé qu’Universal envisageait de sortir ses films en même temps en salle et en Premium VoD (19$). La réaction d’Adam Aron, le PDG d’AMC (8 000 écrans), avait été immédiate : il avait écrit à la directrice du studio qu’il ne sortirait plus ses films. https://siritz.com/cinescoop/chronologie-des-medias-comcast-recadre-universal/

En sont lieu parce que, venant de la part d’un des principaux exploitants nord-américains, cette première brèche dans le dogme de la fenêtre exclusive des salles est un tournant. Selon AMC c’est un moyen pour un exploitant de devenir un acteur important des media numériques. En outre, la Premium VoD propose le film ã un prix élevé, supérieur ã celui d’un  billet de cinéma. Néanmoins, plusieurs personnes peuvent regarder le film en même temps, ce qui en réduit le prix par spectateur. En outre, si un film ne sort pas dans seul circuit, comment les exploitants se partageront les bénéfices de la Premium VoD. Ceux qui ne les partageraient pas refuseront probablement de sortir le film. 

Bientôt l’Europe et le Moyen-Orient

La plupart des exploitants estiment au contraire que «quand les bornes sont franchies il n’y a plus de limite ». Selon eux, le dogme de la fenêtre d’exclusivité vient d’être récusé et la Prime VoD ne pèsera pas lourd face aux géants de la S-VoD mondiale qui se précipiteront dans la brèche.

AMC est non seulement le premier exploitant d’Amérique du nord, mais le premier exploitant mondiale. Il est en effet présent dans 14 pays européens. Et, il est, notamment, le numéro 1 au Royaume-Uni, en Ireland, en Italie, en Espagne, en Suède, en Finlande et dans les Etats Baltes. En outre, il est le premier exploitant en Arabie Saoudite.

On ne connait pas la date de début de ce nouveau mode d’exploitation car la plupart des salles d’AMC aux Etats-Unis sont fermées. Par ailleurs, AMC et Universal ont déclaré qu’ils allaient commencé à étudier l’extension de cet accord à l’Europe et au Moyen Orient.

Les données financières de la vente de « Bronx » par Gaumont à Netflix

Le coup de théâtre de l’annonce de la vente de « Brutus vs César » à Amazon  https://siritz.com/financine/amazon-prime-versus-cesar/ a immédiatement été suivi d’un autre coup de théâtre, encore plus surprenant :  l’annonce de la vente par Gaumont de « Bronx » à  Netflix.  Ces deux films français seront donc diffusés par les plates-formes de S-Vod sans sortir dans les salles de cinéma.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bronx_(film)

Cinéfinances.info*  a fourni les données financières de cet article.

« Bronx », réalisé par Olivier Marchal était un film policier très attendu, se passant à Marseille. Avec un solide casting (Jean Réno et Gérard Lanvin). Il est produit par Gaumont, avec un budget annoncé de 12 millions €. Pendant le confinement, Siritz.com ayant été informé par un professionnel que Gaumont négociait sa vente à Netflix,  avait contacté le distributeur. Il lui avait été répondu que l’information n’avait aucun fondement. Par ailleurs Canal+ avait refusé de donner son accord à certains producteurs pour une vente à une plate-forme estimant que c’était des concurrents directs.

Pour effectuer cette vente Gaumont a forcément dû rembourser les chaînes qui en avaient pré-acheté un passage : Canal+ (1,83 millions €), Multithématiques (121 000 €) et OCS (300 000 €).  Il y a donc au moins 2,2 millions € à rembourser aux chaînes.

Aucune chaîne en clair n’avait pré-acheté le film

Selon le plan de financement, Gaumont a investi en numéraire 7,3 millions €. Le producteur pourra sans doute récupérer du crédit d’impôt audiovisuel  que nous évaluons aux alentours de 1,5 millions €. En renonçant à la sortie en salle Gaumont évite d’avoir à investir en frais d’édition. Mais ceux-ci auraient été largement couverts par les recettes salles. En outre, Gaumont renonce également à son soutien automatique à la production et à la distribution d’un film qui, en période normale,  aurait pu ambitionner entre un et deux millions d’entrées.

Enfin, aucune chaîne en clair n’avait pré-acheté ce film. C’était visiblement un choix délibéré de ne pas avoir de coproducteur. Et, une source de revenu potentiel importante pour le producteur, car les films policiers d’Olivier Marchal réalisent de fortes audiences à la télévision.

Le producteur délégué avait évalué son salaire à 531 000 € dont il avait  mis 446 000 € en participation. De même il avait mis en participation ses 653 000 € de frais généraux et  les 933 000 € d’imprévus.  Soit 2, 032 millions €.

Gaumont devra sans doute rembourser les 88 000 € investis en numéraire par Umédia mais pas les 380 000 € de tax shelter qui doivent être justifiés  par des dépenses faites en Belgique. Il est probable que les 50 000 € de revenus provenant du placement de produit n’aient pas à être remboursés car l’audience de Netflix n’est pas négligeable et elle est mondiale. 

Même si Gaumont a renoncé à la plus grande partie des sommes mises en participation le prix de vente doit donc se situer aux alentours de 10 millions €.

Mais cette vente, comme celle de « Brutus vs César » soulève un problème. En effet, les pré-achats des chaînes entraient dans leurs engagements d’investissement dans les films de cinéma français en 2019. Or, en France, pour le CNC, un film de cinéma est un film qui sort d’abord en salle. En vertu de ce principe, ces sommes ne peuvent donc être prises en compte pour le calcul de la réalisation de ces engagements. Si c’était possible, ce genre d’opération pourrait éviter aux chaînes de respecter leurs engagements. En effet, une chaîne pourrait se mettre d’accord avec un ou des producteurs. Ceux-ci produiraient des films présentés initialement comme des films de cinéma. Mais, en fait, ceux-ci ne seraient pas destinés à sortir en salles mais à être diffusées par des plates-formes.

Or, c’est le CSA qui est chargé de contrôler le respect de ces obligations. A-t-il autorisé ces cessions ? Peut-il refuser cette autorisation ou est-il tenu de l’accepter, en reportant les sommes manquantes l’année suivantes ? Ou considère-t-il que, même si les chaînes n’ont finalement pas effectué cet investissement, elles ne sont pas en faute ? Un texte précis règlemente-t-il ce cas ou est-il laissé à la libre appréciation du CSA ?

Siritz.com a interrogé le CSA sur ces questions évidemment très importantes et attend les réponses.

Mais rappelons que ces opérations, qui sont de très mauvaises nouvelles pour les exploitants, ont lieu à un moment où le chiffre d’affaires des chaînes en clair, du fait de la baisse des recettes publicitaires, est en forte chute. Et donc leurs obligations d’investissement en 2020. Il semblerait que le chiffre d’affaires des chaînes à péage soit également en recul et, en outre, que Canal+ soit déjà très en retard par rapport à ses engagements d’investissement dans le cinéma.

*www.Cinefinances.info est un site, accessible par abonnement,  destiné aux professionnels du cinéma.  Il publie le budget, le plan de financement et la répartition des recettes de tous les films français qui sortent (hors les films « sauvages » qui ne déposent pas leurs contrats au registre public et ne demandent donc pas l’agrément qui leur permettrait d’accéder à l’aide du CNC). Il dispose d’un puissant moteur de recherche multicritères et de 10 ans d’archives.

Les données financières d’une vente historique

L’annonce de la vente du film « Brutus VS César » à Amazon Prime a éclaté comme une bombe dans l’industrie du cinéma français. A commencer parmi les exploitants. Certes, il y avait déjà eu deux ventes de longs métrages à Amazon Prime :

Forte https://siritz.com/category/cinescoop/page/5/ et Pinocchio https://siritz.com/financine/les-donnees-financieres-de-la-vente-de-pinocchio-a-amazon-prime/

Mais c’était pendant le confinement, quand toutes les salles étaient fermées et que l’on ne savait pas quand elles rouvriraient. En outre, il s’agissait de deux films dont la campagne de promotion était largement engagée, mais dont la sortie avait été brusquement rendue impossible par le confinement. Il fallait donc assumer à la fois le coût du film et des frais d’édition. Voir de nouveaux frais d’édition quand le film sortirait enfin.

Alors que, cette fois-ci, les salles ont ré-ouvert. Le distributeur envisageait une sortie le 12 août et n’avait engagé que peu de frais d’édition. Au pire il aurait pu retarder le sortie dans l’attente de jours meilleurs pour celle-ci. Or, apparemment,  le producteur comme le distributeur ont estimé qu’il était financièrement plus judicieux de ne pas sortir le film en salle et de le vendre directement à Amazon Prime. Pourtant il s’agit d’une comédie, avec, sur le papier du moins, un véritable potentiel commercial, sur lequel les exploitants comptaient : sujet original se passant dans la Rome antique et fort casting. En outre, le 12 août le distributeur comme le producteur du film auraient bénéficié du fort bonus de soutien financier accordé aux films français qui sortent jusqu’à fin août.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Brutus_vs_César

Cinéfinances.info*  a fourni les données financières de cet article.

Le nécessaire accord de tous les partenaires financiers

Tous les partenaires financiers ont dû donner leur accord

Pour que le producteur puisse réaliser cette vente à Amazon prime il faut que ses partenaires dans le financement du film aient donné leur accord et  que, donc, ils y trouvent un intérêt.   Certains doivent  être impérativement au moins remboursés de leur investissement. On sait que Canal+ se refuse désormais à donner son accord à toute vente d’un film à une plate-forme S-Vod, estimant que ce sont ses concurrents directs.

Apparemment, ce n’est pas le cas d’OCS, qui appartient au groupe Orange. Ce dernier est également coproducteur et distributeur du film à travers sa filiale Orange studio. La chaîne à péage s’est forcément fait rembourser  son pré-achat de  deux passages pour 1 850 000 €.  En est-il de même de l’investissement de 475 000 € d’Orange studio en coproduction et de son minimum garanti de 2 millions € ? Il est possible que, compte tenu de ces investissements élevés, Orange studio, ait préféré limiter sa perte.  UGC devait assurer la distribution physique du film, en avançant les frais d’édition et en échange d’une commission réduite. Il a lui aussi dû donner son accord. Rappelons qu’Orange studio est son partenaire habituel dans ce type d’accord, comme l’est TF1 DA. Il lui est donc difficile de s’opposer à une demande de ce partenaire. Même si, en tant qu’exploitant, cette opération doit sonner comme une sorte de glas à ses oreilles.

L’investissement de 650 000 € de France 2 cinéma en coproduction, tout comme son pré-achat de 650 000 € d’un passage doivent également être remboursés. En effet, ces sommes ne sont plus prises en compte pour le calcul des investissements obligatoires de la chaîne dans les films de cinéma. 

Mais la question est de savoir si, en échange de cet accord, tous ces partenaires  ou une partie d’entre eux ont réclamé un bénéfice.

Comme le film ne sortira pas en salle Païva et Adama, qui appartiennent tous les deux  à Simon Istolainen devront obligatoirement rembourser le soutien automatique investi soit 403 000 €. En revanche Umédia n’a peut-être pas à rembourser le tax shelter qui a dû être justifié par des dépenses effectivement réalisées en Belgique. Il en est de même du crédit d’impôt de 300 000 € accordé à Païva Maroc.

Une opération qui souligne que cinéma et audiovisuel sont des nains face aux plates-formes de S-Vod

Le total des sommes à rembourser s’élève donc en principe à 5,625 millions €. 

Par ailleurs, les investissements en participation du producteur délégué sont de 865 000 €.  S’il a effectué cette opération c’est que le prix de vente inclus une partie de cette somme. Car le montage d’un film représente du travail et génère des frais. En outre, même si le distributeur Orange studio ne lui aurait versé aucun supplément sur la sortie en salle, la vidéo et les ventes à l’étranger, il aurait sans doute touché au minimum les premiers 150 000 € de soutien financier automatique  réservés au producteur délégué, et  sans doute sensiblement plus. Surtout avec le bonus actuel.

Le prix d’achat d’Amazon Prime doit donc être probablement supérieur à 5,625 millions et approcher, voir dépasser 6,5 millions €.  Ce qui, en tout état de cause est considérable. Et souligne à quel point l’industrie du cinéma et de l’audiovisuel sont des nains face aux plates-formes du numérique auxquelles elle sont désormais confrontées.

*www.Cinefinances.info est un site, accessible par abonnement,  destiné aux professionnels du cinéma.  Il publie le budget, le plan de financement et la répartition des recettes de tous les films français qui sortent (hors les films « sauvages » qui ne déposent pas leurs contrats au registre public et ne demandent donc pas l’agrément qui leur permettrait d’accéder à l’aide du CNC). Il dispose d’un puissant moteur de recherche multicritères et de 10 ans

Proposer une offre qui justifie le paiement d’une redevance

Le CSA vient de prendre une décision historique en reconduisant Delphine  Ernotte à la tête de France tėlėvisions. https://fr.wikipedia.org/wiki/France_Télévisions Désormais, comme dans n’importe quelle entreprise, cette dirigeante, qui n’a pas déméritė lors de son premier mandat, va pouvoir poursuivre la politique qu’elle avait engagée. En  tentant  de corriger les inévitables erreurs commises. Bien entendu, elle devra agir alors que le pouvoir politique maintiendra la redevance à un niveau très inférieure à celle des services publics de la plupart de nos voisins. https://siritz.com/editorial/3-ministres-de-la-culture-par-president/

L’enjeu principal de France télévisions est de proposer une offre de service public qui se distingue d’une offre pléthorique de chaînes hertziennes privées. Et d’une offre encore plus pléthorique de chaînes et de services, gratuits ou payants, sur internet. Et ce qui la distingue doit justifier le paiement d’une redevance.

A ce jour, France 5, par ses documentaires, ses magazines et ses débats, se distingue nettement de toutes ces autres offres. Comme c’est le cas d’Arte. De même que l’information régionale de France 3. Mais les programmes de France 2 et de France 3 n’ont rien qui les distinguent. Notamment en ce qui concerne les fictions ou les documentaires de prime-time qui devraient contribuer à la fois à bâtir l’image de ces chaînes.

Les  collections policières territorialisées de France 3 sont un succès d’audience auprès d’un public âgé. Mais la  chaîne reste cantonnée dans ce genre et cette tranche d’âge. France 2 a incontestablement innové avec succès avec la série « 10% ». Mais ce type d’innovation devrait être sa marque de fabrique. De même, les chaînes publiques devraient mettre en place un processus de décision qui permette au producteur d’une série à succès de livrer jusqu’à 10 épisodes de 52 minutes par an. Comme le fait Canal + avec «  Le bureau des légendes ». Ce qui augmenterait fortement l’attractivité de celles-ci sur le marché international et, indirectement, les moyens de France télévisions.

Le plus grand défi est celui du numérique

Le service public doit évidemment viser â faire accéder le public à la connaissance et à la culture. La fiction et les documentaires peuvent y contribuer. Mais des magazines de science, d’histoire, de musique, de théâtre ou de cinéma aussi. Néanmoins il  faut imaginer des formats originaux et leur donner les moyens de leurs ambitions.

Bien entendu, l’Etat s’est montré pitoyable en exigeant, pour quelques 20 millions € d’économie,  la suppression de la chaîne pour enfant et de la chaîne de l’outre-mer. France télévisions,  en faisant de France 4 un des outils dans la lutte anti COVID l’a sauvé et a sauvé la face de l’Etat. Cette chaîne va pouvoir offrir à chaque tranche d’âge d’enfants des programmes qui soient à la fois distrayants et éducatifs. Quant à France Ô,  elle est tout aussi indispensable pour couvrir la vie et l’actualité de nos territoires d’outre-mer. A la fois pour ceux qui y résident et pour ceux qui en sont issus et vivent dans l’hexagone.

Mais le plus grand défi que France télévisions a à relever est celui du numérique. Les jeunes ne regardent plus l’écran de télévision. Et, à mesure qu’ils vieilliront, ils maintiendront cette habitude. Or, sur leur récepteur mobile, ils regardent ou écoutent les services qu’ils veulent,  où ils veulent, quand ils veulent. Progressivement ce mode de consommation va devenir celui d’un pourcentage de plus en plus important de la population.

Proposer sur internet l’ensemble des épisodes d’une série, dès le début de sa diffusion à la télévision

Tous les programmes de France télévisions devraient répondre à cette demande. Ce qui est loin  être le cas. France télévisions est d’ailleurs très en retard par rapport å  Arte et, évidemment,  aux plates-formes de S-Vod. Le minimum est de proposer sur internet l’ensemble des épisodes d’une série, dés le début de sa diffusion à la télévision. Certes, cela va diminuer l’audience et la recette publicitaire de la chaîne, mais augmenter celle de l’internet. Or, sur internet, la publicité présente, dès maintenant, l’avantage de pouvoir être ciblée. Donc tarifée plus cher.  Enfin la durée du replay doit être aussi longue que possible. De ce point, de vue le cinéma ne peut espérer conserver la télėvision parmi ses principales sources de financement sans lui accorder cette possibilité. 

Sur internet, France télėvisions a déjà innové dans le bon sens en créant Okoo pour les 3-12 ans, la plate-forme éducative Lumni, les tutoriels La Maison des maternelle ou Allo docteurs. Elle va probablement poursuivre dans ce sens. Il lui reste à investir massivement les rėseaux sociaux qui sont un outil de communication de plus en plus incontournable de notre époque.

Pour le thriller politique albanais « Le dernier prisonnier »

« Le dernier prisonnier », qui vient de sortir cette semaine, est un thriller politique albanais. C’est une coproduction entre l’Albanie (52%), la France (25%) et la Grèce.

https://www.cnc.fr/cinema/le-cnc-aide/le-dernier-prisonnier_1250250

Cinéfinances.info*  a fourni les données financières de cet article.

Son budget est de 686 000 €. Son réalisateur, Bujar Alimani, est Albanais. Il a réalisé plusieurs courts-métrages qui ont été sélectionnés et primés dans des festivals internationaux. Le dernier prisonnier est son troisième long métrage.

Le coproducteur français est Zorba Production (Guilhaume de la Boulaye, Olivier Mardi et Charles Hassler). Son distributeur en France est Next film Distribution (Bleuenn Charlier et Gabriel de Kerros). Il n’a pas donné de minimum garanti. L’essentiel de l’apport financier de la France vient de l’aide aux cinémas du monde du CNC (135 000 €) et de l’aide d’Eurimages (23 000 €). Le producteur a investi en numéraires 18 000 €, mais ne prend pas en compte sa quote-part de 50 000 € de salaire producteur et de 62 000 € de frais généraux qui sont inscrits au budget.Pour 21 jours de tournage en Albanie sa rémunération a été de 15 000 €, répartie à parts égales entre salaire et à valoir sur droits d’auteur. C’est moins que 20% salaires médians des réalisateurs français.  https://siritz.com/les-barometres-de-la-distribution/remuneration-des-realisateurs-de-films-francais-de-fiction/

Cela représente 2,1% du budget, ce qui est également moins que le pourcentage médian des réalisateurs français.https://siritz.com/financine/barometre-de-la-remuneration-des-realisateurs/

*www.Cinefinances.info est un site, accessible par abonnement,  destiné aux professionnels du cinéma.  Il publie le budget, le plan de financement et la répartition des recettes de tous les films français qui sortent (hors les films « sauvages » qui ne déposent pas leurs contrats au registre public et ne demandent donc pas l’agrément qui leur permettrait d’accéder à l’aide du CNC). Il dispose d’un puissant moteur de recherche multicritères et de 10 ans d’archives.

Pour la réalisation d’ « Adorables »

« Adorables », qui vient de sortir cette semaine, est  le deuxième long métrage de la réalisatrice belge Solange Cicurel. 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Solange_Cicurel

Cinéfinances.info*  a fourni les données financières de cet article.

Son budget est 2,91 millions €. C’est une coproduction belgo-française. Le producteur français est Other Angel Productios (Laurence Schonberg, Olivier Albou). Le producteur belge  est Beluga trees (Diana Elbaum) Le distributeur en France est UGC pour les salles et la vidéo.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Adorables

Pour 25 jours de tournage, la  rémunération de la réalisatrice est 125 000 €, dont 100 000 € en salaire et 25 000 € en à valoir sur droits d’auteur.  C’est moins que la moyenne des réalisateurs de films français. https://siritz.com/les-barometres-de-la-distribution/remuneration-des-realisateurs-de-films-francais-de-fiction/

En revanche c’est 4,3% du budget du film, ce qui est beaucoup plus que la moyenne des réalisateurs de films français. https://siritz.com/financine/barometre-de-la-remuneration-des-realisateurs/

S’y ajoute 25 000 € pour le scénario.

« Faut pas lui dire »

Le premier film de Solange Cicurel, « Faut pas lui dire », est sorti en 2016. C’était une coproduction belgo-française à 77/23%. Le producteur français était le même et le belge était Entre chien et loup (Diana Elbaum). Le budget du film était 2,76 millions€. Le distributeur français et pour le monde, hors Belgique, était Sony Pictures France.

La rémunération de la réalisatrice était 100 000 €, répartie à égalité entre à valoir sur droits d’auteur et salaire. Le scénario était co-écrit avec Jacques Akchoti qui avait été rémunéré 12 000 € tandis que la réalisatrice recevait 50 000€.

 Le film avait rassemblé 147 000 entrées en France.

*www.Cinefinances.info est un site, accessible par abonnement,  destiné aux professionnels du cinéma.  Il publie le budget, le plan de financement et la répartition des recettes de tous les films français qui sortent (hors les films « sauvages » qui ne déposent pas leurs contrats au registre public et ne demandent donc pas l’agrément qui leur permettrait d’accéder à l’aide du CNC). Il dispose d’un puissant moteur de recherche multicritères et de 10 ans d’archives.

Pour la réalisation de « Madre »

Le thriller « Madre », qui sort cette semaine, est un film espagnol. C’est  une coproduction avec la France à hauteur de 22%. Il a été réalisé par l’espagnol Rodrigo Sorogoyen dont c’est le 6ème long métrage.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Rodrigo_Sorogoyen

Cinéfinances.info*  a fourni les données financières de cet article.

Son budget est de 2,6 millions €. Les producteurs espagnols sont Arcadia, Motion Pictures, Caballo et Malvananda.  Le coproducteur français est Noodles Production (Jérôme Vidal). Dans l’hexagone la distribution est assurée par Le Pacte (Jean Labadie), pour les mandats salle et vidéo. Son minimum garanti est de 200 000 €.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Madre_(film,_2019)

Pour 33 jours de tournages, le salaire de Rodrigo Sorogoyen est 105 000 €. Son à valoir sur droits et son scénario, qu’il a coécrit avec Isabel Pena, sont inclus dans le sujet  qui est rémunéré 85 000 €. Leur rémunération total était ainsi de 190 000 €.

La rémunération des deux réunis est donc de 7,6% du budget. Etant donné que la réalisateur a perçu la plus grande partie du « sujet »,  sa rémunération, en pourcentage du budget, est donc très au-dessus de la moyenne celle des réalisateurs de films français. https://siritz.com/financine/barometre-de-la-remuneration-des-realisateurs/

Le précédent film de Rodrigo Sorogoyen, sorti l’année dernière,  était « El Reino ».  Sont budget était de 3,3 millions €. La France était coproducteur à hauteur de 10%.  Les producteurs français étaient Mondex & Cgie (Stéphane Sorlat) et Le Pacte. Ce dernier était également distributeur. Il avait accordé un minimum garanti de 130 000 € pour le mandat salle et de 70 000 € pour le mandat TV. 

Le salaire de Rodrigo Sorogoyen était de 91 000 €. Il avait coécrit le scénario avec Isabel Pena. Et son à valoir sur droits d’auteur plus la rémunération de leur scénario étaient inclus dans 79 000 € de sujet. Leur rémunération totale était donc 170 000 €.

El Reino avait obtenu le Goya du meilleur réalisateur et du meilleur acteur. En France il avait rassemblé 246 000 spectateurs.

*www.Cinefinances.info est un site, accessible par abonnement,  destiné aux professionnels du cinéma.  Il publie le budget, le plan de financement et la répartition des recettes de tous les films français qui sortent (hors les films « sauvages » qui ne déposent pas leurs contrats au registre public et ne demandent donc pas l’agrément qui leur permettrait d’accéder à l’aide du CNC). Il dispose d’un puissant moteur de recherche multicritères et de 10 ans d’archives.

En décors naturels avec restrictions sanitaires

Dans un Carrefour le directeur de la photo Remy Chevrin expliquait que sur le film sur lequel il travaillait et qui avait repris sont tournage, les mesures de protection contre le Covid n’avaient pas rallongé la durée du tournage. Mais ce n’est qu’un cas. https://siritz.com/le-carrefour/remy-chevrin-notre-cinema-manque-dambition-visuelle/

Rémy Caetano, régisseur adjoint, a tenu le poste de référent Covid sur le tournage d’un téléfilm pour M6 entre le 8 Juin et le 10 Juillet. Il a rédigé un retour sur expérience pour aider aider les futurs primo référents Covid. Siritz.com se l’est procuré. En voici les éléments marquants. Nous n’avons publié que ceux qui qui soulèvent des problèmes.

Le tournage de ce téléfilm a démarré en Mars. Mais il a dû s’arrêter en catastrophe après sept jours de tournage pour cause de confinement national. Il  laissait treize jours de tournage en suspens. Remy Caetnano pas participé à cette première partie de tournage. Il a  été contacté début Juin par la directrice de production, Sylvie Balland, ainsi que le régisseur général, Vincent Joulia, qui recherchaient un profil de régisseur adjoint afin de prendre le poste de référent Covid. Ils le lui ont décrit, à juste titre (en tout cas début Juin) comme une création de poste. 

Sa principale mission en préparation a été la création d’un document de « consignes Covid 19 ». Pour ce faire, Sylvie avait déjà rassemblé plusieurs documents : Le fameux document des recommandations du CCHSCT, le guide du déconfinement national du gouvernement ainsi que plusieurs contributions d’associations des différents corps de métier du cinéma dans lesquels ils partagent leurs suggestions . 

https://www.afar-fiction.com/spip.php?rubrique16

Fort de toute cette lecture, nous avons essayé de trouver le meilleur compromis entre les recommandations sanitaires d’une part, et la faisabilité dans le cadre d’un tournage en décors naturels d’une autre part, pour arriver aux consignes ci-dessous. 

Vers la fin du tournage  Rémi a commencé à faire un bilan de ce qui a marché, ce qui a moins marché et ce qui n’a pas marché.
Le contexte actuel (reconfinement partiel de plusieurs pays) laisse à penser que les tournages avec consignes sanitaires ne vont pas s’arrêter tout de suite. 

Vous trouverez en caractère normaux les consignes qui se trouvaient dans ce document Covid 19 que nous avons créé, et en italique, nos remarques ou suggestions concernant ces mêmes consignes que nous proposons modestement à tous. 

Distanciation

– Respecter autant que possible la distanciation de 1,5m. 

Selon le contexte, cette consigne est quasi impossible à respecter. D’une part, par la nature même d’un décor (par exemple, un de nos décors principaux est une maison en banlieue parisienne qui était déjà petite pour accueillir un tournage « normal » à la base) et d’autre part, par la configuration même d’un plan (en effet, comment garder une distance de plus d’un mètre entre un cadreur sur une dolly et le machino qui la pousse ? par exemple). 

En revanche, de cette consigne a découlé la mise en place d’un second retour vidéo en plus du combo, plus éloigné du plateau, ce qui a permis d’éviter que tous les techniciens s’agglutinent devant un seul et même écran, favorisant ainsi une plus grande distanciation qu’à l’accoutumée. Et ce second retour a été apprécié par le HMC et les autres techniciens hors du plateau. 

Transports sur le tournage

Il vous est demandé de ne pas utiliser les transports en commun. Pour ceux qui n’auraient pas d’autre solution, se rapprocher de la régie pour organiser leur venue sur le tournage. Pour les trajets domicile – décor, si co-voiturage, port du masque obligatoire à partir de 3 personnes, pas plus de trois personnes par véhicule de 4 places, quatre personnes par véhicule de 7 places. (privilégier une seule personne par rangée). Présence de gel hydroalcoolique et de masques dans les véhicules loués par la production.


Cela a été faisable mais à un certain coût. En effet, afin de pouvoir transporter parfois plusieurs comédiens à la fois, il a fallu que la régie loue uniquement des monospaces 7 places pour avoir 3 rangs de sièges, véhicules qui coûtent forcément plus cher que les véhicules habituels.Aussi, la production a dû louer des véhicules supplémentaires pour les techniciens ne pouvant se déplacer qu’en transports en commun. 

Port du masque obligatoire

Fourni par la production et à changer toutes les 4 heures 

Alors c’est LA consigne la plus problématique pour deux raisons principales : 1) C’est le geste barrière le plus efficace pour éviter une contamination, donc on ne peut vraiment pas s’en passer. 2) C’est sûrement la consigne la plus difficile à faire respecter. 

Diverses raisons sont évoquées par les techniciens réticents à l’idée de porter un masque : l’inconfort dû à la chaleur sous le masque, l’aspect écologique (nous avons opté pour des masques chirurgicaux qui semblaient être les plus légers à porter et les moins inconfortables mais qu’il faut jeter toutes les 4 heures, multipliez ça par le nombre de techniciens et par le nombre de jours de tournage, ça fait effectivement un sacré nombre de masques à la poubelle), les douleurs derrières les oreilles après plusieurs heures, le fameux « le Covid c’est fini » qu’il est difficile de contre argumenter lorsqu’en parallèle les restaurants ré ouvrent etc, la buée sur les lunettes pour ceux qui en portent, et parfois, tout simplement, le manque d’habitude d’en porter et donc le simple oubli, etc etc… 

En tant que référent covid, je me suis vite retrouvé à tenir le poste de « chef de la police du masque » sur le plateau. Allez expliquer à un technicien dans le jus de porter un masque alors qu’il court déjà dans tous les sens à moitié en sueurs… 

Ici, pas de solution miracle. En tous cas, pas que je n’ai trouvé :
Les masques chirurgicaux protègent les autres de soi, mais pas soi-même des autres. Donc, pour que cela soit efficace, il faut que tout le monde joue le jeu. Quelqu’un qui ne porte pas le masque en prétextant accepter le risque qu’il encourt fait en fait encourir ce risque à tous ses collègues. Solution possible : porter des masques FFP2, mais ces masques sont encore plus imposants et tiennent encore plus chaud.
Pour l’aspect écologique, il faudrait opter pour les masques en tissu, mais cela pose le même problème de chaleur que les FFP2 tout en protégeant moins bien qu’eux. Aussi, cela implique de trouver la méthode pour pouvoir les remplacer et les laver. (Régie ? Costumes ?).
Et ainsi de suite… Chaque solution a sa contrepartie. 

Lorsque le port du masque ou non est laissé au libre arbitre de chacun en fonction de la situation (en intérieur ou en extérieur, plus ou moins loin de ses collègues etc…) cela ne fonctionne pas, et les masques finissent par tomber en toute circonstance. 

En attendant la création d’un masque parfait pour tous (ou peut-être existe-t-il mais je n’en ai pas connaissance) ou un vaccin, la suggestion de solution absolue que j’ose à peine évoquer tellement cela va à l’encontre de mes habitudes serait d’imposer contractuellement le port du masque à tous les membres de l’équipe, du début à la fin de la journée de travail, un peu à l’image de certains magasins dans lesquels il est devenu interdit de rentrer sans masque. Cela éviterait tout débat mais serait dictatorial. 

Lavage de mains

Lavage de mains approfondi et fréquent, de préférence à l’eau et au savon, sinon au gel hydroalcoolique : a minima en début de journée, à chaque changement de tâche, après contact impromptu avec d’autres personnes ou port d’objets récemment manipulés par d’autres personnes. Un lavabo portatif sera à proximité du plateau si aucun point d’eau n’est accessible à proximité.

Le second geste barrière le plus efficace de toute la liste. Nous avons distribué en début de tournage un flacon de gel hydroalcoolique à tous. Flacons que nous remplissons une fois vide afin de n’utiliser qu’un flacon en plastique par personne. Nous avons également loué un lavabo mobile à disposition de tous à côté de la table régie. De manière générale, les gens pensent un peu plus à se laver les mains qu’avant mais pas tant que ça. Peut-être qu’il fallait que l’on communique plus là-dessus. Toujours est-il que la possibilité de pouvoir le faire reste primordiale. Le lavabo mobile est très pratique et il est important que les techniciens aient accès à du gel hydroalcoolique. 

– Lavage de main obligatoire après avoir mangé, bu ou fumé. 

Difficile d’estimer si cette règle a été respecté mais, une fois de plus, nous aurions peut-être dû plus communiquer là-dessus, notamment à l’aide d’affiches. 

Contrôle Covid

– Commencer la journée de chacun systématiquement (avant l’ouverture des camions notamment) en passant par un espace covid dédié (généralement sous Z-up vers l’entrée du décor) à proximité du plateau pour prise de température sans contact par un( e ) infirmièr(e) + distribution de 3 masques jetables dits « chirurgicaux » pour la journée ainsi qu’une visière pour les personnes les plus proches des acteurs et gel hydroalcoolique.


Il faut rappeler que la prise de température est sur la base du volontariat. Tout le monde a joué le jeu. Il est arrivé que le thermomètre indique de la température. Dans ce cas, nous reprenions la température 15 minutes plus tard. La température est systématiquement revenue à la norme (un coup de chaud dans la voiture ?).
Nous avons arrêté de distribuer 3 masques par personne car nous retrouvions des masques un peu partout et les gens ne pensent pas à en changer. Distribution d’un seul masque le matin, et le régisseur plateau ou référent covid sur le plateau avait toujours des masques sur lui si besoin. L’infirmier sur place environ trois heures par jour pour l’arrivée de tous est également un coût supplémentaire. 

Mais les 3 heures nous ont semblées suffisantes, les techniciens et comédiens échangeaient avec l’infirmier en début de journée et nous n’avons eu aucune demande d’une présence sanitaire à un autre moment de la journée.Sur les décors où les HMC étaient éloignés, j’allais au HMC pour accueillir l’équipe HMC + comédiens où je prenais moi-même la température. (que je faisais revérifier par l’infirmier(e) si je constatais de la température).Le lieu du point covid était placé stratégiquement de telle sorte à être obligé d’y passer dans la mesure du possible et était indiqué sur les plans de situations avec la feuille de service.En parallèle de cela, nous avions contacté une médecin généraliste basée non loin de tous nos décors pour de potentiels téléconsultation en cas de fièvre. Nous n’avons pas eu besoin de l’appeler une seule fois. 

Désinfection

– Tous les lieux de tournage et les locaux annexes seront désinfectés par une entreprise extérieure. Une personne de cette entreprise sera toute la journée avec nous afin d’assurer le nettoyage et la désinfection régulière des surfaces en contact avec les mains dans les locaux communs et notamment les sanitaires. 

Nous avons bien fait désinfecter tous les décors et locaux annexes par une entreprise extérieure. Cela a un coût non négligeable, d’autant plus qu’il a fallu faire désinfecter chaque décor avant l’installation déco, après l’installation déco, après le tournage, et enfin après remise en état par la déco. C’est également une organisation, notamment pour l’accès à tous ces lieux. Nous avons l’habitude de prévenir les propriétaires de l’arrivée de la déco, de l’équipe et de la remise en état, il faut penser à y ajouter les désinfections. 

Quant à la présence d’une personne de cette entreprise tout au long de la journée pour les décors intérieurs, nous ne l’avons fait finalement qu’une seule fois car nous nous sommes rendus compte assez vite que l’accès au décor pour cette personne est quasiment impossible.Nous avons fini par décider sur les derniers jours de tournage que le régisseur en gardiennage du décor à la pause déjeuner en profitait pour désinfecter les zones de contact (poignées de portes, sanitaires, interrupteurs, lavabos etc…).

Locaux HMC

Les locaux HMC seront aménagés pour préserver une distance d’au moins un mètre entre chaque poste de travail.Nous avons dû repenser certaines installations HMC, notamment sur un décor où nous avons dû louer des carloges qui n’étaient pas prévus initialement (et donc, une fois de plus, un coût supplémentaire). 

Nettoyage de matériel technique

– Vous devez, vous-mêmes, prévoir un nettoyage du matériel technique à la fin du tournage. Du matériel vous sera fourni. (Désinfection rapide sur le matériel le plus utilisé avec du spray désinfectant fourni par la production).
De manière générale, cette consigne n’a pas pu être respectée. Elle l’a été au début, mais elle s’est perdue au fil des jours. Non pas par manque de sérieux, mais tout simplement par manque de temps. Du retour général que j’ai eu, cela impliquerait d’avoir une personne en plus pour chaque corps de métier entièrement dédiée à cela. 

Après avoir consulté différents tournages, une solution est ressortie à plusieurs reprises : les fumigènes désinfectants à placer dans les camions fermés (tous les soirs ? toutes les semaines ?) du type « fumithor hygiène ». Difficile de déterminer son efficacité, toujours est-il que ça l’est forcément plus qu’une non désinfection régulière.

Jeter les masques

Jeter tous les masques, gants, blouses et chiffons servant à la désinfection du matériel dans les poubelles dédiées présentes sur le plateau, à la table régie.Nous avons finalement jeté ces items dans le tout-venant. En effet, il était préconisé d’avoir une poubelle à part, sauf que cela demande d’avoir un container spécial déchets sanitaires, chose rare à moins de tourner dans un hôpital. Il est également recommandé de les garder fermés hermétiquement 24h avant de les jeter dans un container, ce qui est compliqué à faire lorsque l’on change de décor tous les jours. 

Table régie

– Personne ne se servira à la table régie. Un régisseur dédié sera en permanence à la table régie pour servir les gens. Nous ne pourrons pas vous proposer une table régie aussi variée que d’habitude, car nous devrons privilégier les emballages individuels.
Cela a impliqué qu’un régisseur soit « bloqué » à la table régie en toutes circonstances, mais a bien fonctionné. En revanche, fini le pain et les confitures le matin et bonjour les rush pour les cafés après les pauses déjeuner. 

– Afin de respecter les distanciations pendant la pause déjeuner où le retrait du masque est inévitable, pas plus de quatre personnes pourront manger sur une même table. Au vu de la capacité d’accueil de la cantine, cela implique que, sur trois de nos treize journées de tournage, nous allons devoir faire deux services d’une demi-heure au lieu d’un seul d’une heure. La pause déjeuner restera d’une heure évidemment. Et les lieux seront désinfectés entre chaque service.


Nous avons finalement réussi à ne faire qu’un seul service classique à chaque fois en faisant manger en décalé tous ceux qu’ils le pouvaient.En ce qui concerne la disposition des tables, la cantine a utilisé des tables larges permettant de manger face à face, en respectant un mètre de distance, portant à 6 personnes la capacité de chaque table.Concernant le service, nous avions opté pour le tout en plateau repas froid préparé à l’avance mais le dimanche avant notre tournage, Emmanuel Macron annonçait la réouverture complète des restaurants. Pouvant être servi normalement au restaurant, nous avons changé notre fusil d’épaule en gardant un service classique à table, le serveur portant un masque. 

Personnel présent sur le plateau

– Les personnes qui ne sont plus indispensables sur le plateau devront le quitter. 

Nous avons essayé de mettre en place une sorte de roulement pour les installations de plans afin d’éviter au maximum la co-activité, parfois avec efficacité, parfois moins (notamment lorsque nous étions en retard et qu’il fallait aller vite). Cela ne posait pas spécialement de problème en extérieur, en revanche, c’est plus problématique en intérieur. Il serait sûrement possible de mettre cela en place de manière plus carrée, bien en amont du tournage, impliquant en revanche un temps d’installation plus long. Une solution serait bien sûr de ne choisir que des décors intérieurs de grande taille afin que chaque équipe puissent travailler à distance à la préparation des plans. Nous ne pouvions pas, pour des raisons financières, relancer des repérages pour trouver de nouveaux décors adéquats, mais en cas de préparation sous Covid, il est vraiment impératif d’intégrer ce critère dans le choix des décors. 

– L’administration ne sera pas sur les décors. Vous pourrez les joindre que par mail et téléphone.Je ferais l’interface si nécessaire et Lydia, Julie et Sophie viendront sur le tournage une fois par semaine. Nous vous préviendrons en avance de leur visite.Sur les 13 jours de tournage, l’administration n’est venue que sur deux décors où nous avions la place de les accueillir en respectant les distanciations. Autrement, le télétravail était privilégié, ce qui ne facilite pas les allers et retours sur la feuille de service, mais oblige aussi la mise en scène à ne pas donner la feuille au dernier moment. 

Mise en scène

– Préparer toutes les feuilles de service avant le début du tournage 

Les nombreux changements que cette reprise a impliqué a rendu cela impossible. 

Décoration

– Une fois le décor et /les accessoires installé(s), passer une lingette désinfectante systématiquement.Finalement, les désinfections pré et post installation nous ont semblé suffisantes. 

Accessoires

– Désinfection des accessoires de la journée avant et après utilisation (ou bien le matin en prépa et le soir en remballe).
Au même titre que les autres corps de métier, il a été très compliqué de désinfecter régulièrement tous les accessoires par manque de temps. Lors des journées plus calmes, cela a pu être fait, également sur les zones de contact dans les véhicules de jeu (pommeau de vitesses, volant…). 


- Le passage d’aspirateur est proscrit. Si, pour une raison X ou Y, l’aspirateur serait malgré tout nécessaire (scène avec les plumes), il faudra l’anticiper car il faudra aérer au maximum le plateau pendant et après son passage. 

Nous avons effectivement eu une séquence ou il y avait des jets de plumes sur tout le décor, qu’il a fallu nettoyer pour passer à la séquence suivante. Prévenu en amont, la mise en scène a fait en sorte qu’hormis un régisseur, l’accessoiriste et une stagiaire déco, tout le monde est sorti, le temps de passer l’aspirateur et d’aérer un minimum le décor. (cela implique un peu de temps supplémentaire). 

Image Directeur de la photo

– Désinfection régulière de la caméra (alcool isopropylique + essuie tout) 

Cela a été fait dans la mesure du possible au début, avant de perdre cette habitude car trop chronophage. (cf solution des fumigènes désinfectants ?)- Œilleton individuel ou nettoyer régulièrement.Œilletons changés régulièrement. 

Régie

– Désinfection régulière des véhicules de prod avec lingettes et spray désinfectant tissus par leurs conducteurs.
Nous ne l’avons pas fait, principalement pour ne pas y avoir pensé. Je pense qu’il faudrait que ce soit l’une des missions d’un des assistants pendant la pause déjeuner par exemple et que cela devienne une sorte de routine, lorsque cela est possible. 

– Pas de sandwichs fait par la régie. Ils seront préparés par la cantine 

Cela a impliqué d’anticiper un maximum les longues journées car il a fallu commander à l’avance des sandwiches (notamment sur les journées commençant vers midi avec une pause dîner et non une pause déjeuner) mais ça a fonctionné. C’est une fois de plus un coût supplémentaire. 

Conclusion

Le référent Covid reste encore un poste à définir. Pour m’être renseigné sur ce qui se faisait sur d’autres projets, non seulement les règles varient, mais également la nature du référent (pompier, infirmier, médecin, assistant régie, régisseur adjoint…) ou encore les méthodes (une équipe de tournage a par exemple deux personnes attitrées à la désinfection régulière des lieux, des véhicules, etc…). 

Après cette expérience, il me semble évident que le référent covid doive être un régisseur afin de comprendre la « logique de tournage » (Un autre tournage a pris un médecin très à cheval sur les règles sanitaires mais sans réelle compréhension des spécificités de nos métiers), et je dirai même plus, à minima un profil d’adjoint. 

En effet, le poste étant nouveau, il demande une connaissance solide des tournages pour pouvoir s’adapter et innover, sans compter les responsabilités que cela implique. (Planifier les désinfections, organiser les espaces de travail, de déjeuner, fournitures d’EPI, location de matériel d’hygiène etc…). 

Reste à déterminer son rôle au sein de l’équipe. Fait-il partie intégrante de la régie ? de la prod ? Est-il à part de tout corps de métier existant ? De cela découleraient ses missions sur le plateau. Je ne pense pas qu’il y ait de bonne réponse à cette question mais juste un choix de prod qui doit se réfléchir en amont en fonction des spécificités de chaque projet (nombre de décors, type de décors, budget, …). 

Concernant les règles sanitaires à mettre en place, il me semble impossible de pouvoir respecter en toutes circonstances des consignes trop contraignantes car elles demanderaient trop de temps ou de personnels supplémentaires, généralement incompatibles avec les budgets. De plus, trop de consignes tuent la consigne, et les équipes se retrouvent parfois perdues. 

Il faut arriver à trouver un nombre limité de consignes efficaces et peu chronophages, pouvant devenir ainsi des réflexes d’ici quelque temps, une sorte de nouvelle norme.