« Ducobu et le fantôme de Saint-Potache », qui sort demain,  est le sixième film adapté des bandes dessinées « L’Élève Ducobu », de Godi et Zidrou. https://fr.wikipedia.org/wiki/Ducobu_et_le_fantôme_de_Saint-Potache Il illustre parfaitement l’un des grands avantages d’une franchise : un risque limité et une rentabilité beaucoup plus prévisible.

Comme les précédents, il est produit et distribué par le groupe UGC. Tous les films de cette franchise ont dépassé le million d’entrées. Mais le dernier, « Ducobu passe au vert », sorti en 2024, a tout juste atteint ce seuil. Ce nouveau film, comme les quatre précédents, est réalisé par Élie Semoun, qui y tient également le rôle principal. https://fr.wikipedia.org/wiki/Élie_Semoun

Selon Cinéfinances.info, son devis dépasse ceux de tous les précédents films de la franchise puisqu’il atteint 11,4 millions d’euros, soit environ 80 % de plus que le devis moyen des films français de fiction sortis depuis le début de l’année.

C’est pratiquement le même devis que « L’Inconnue », le film fantastique réalisé par Arthur Harari, produit par des producteurs indépendants et distribué par Pathé. https://siritz.com/cinescoop/comment-financer-un-budget-de-11-me/. Pour ce dernier, producteurs et distributeur ont pris un véritable risque.

Un risque très limité

Ce n’est pas le cas de ce nouveau film. UGC prend un risque minimum avec la franchise Ducobu. Tout d’abord, le film est tourné en Belgique et le coproducteur belge Umédia apporte environ 25 % de son financement. Le financement français ne représente donc qu’environ 8 millions d’euros.

Les préachats des chaînes des groupes Canal+ et TF1, auxquels s’ajoute la coproduction de TF1, représentent les trois quarts du financement total.

Quant à l’apport producteur du groupe UGC, il est couvert pour moitié par le crédit d’impôt. L’autre moitié contribue notamment à financer la rémunération du producteur et ses frais généraux.

 

Brigitte Maccioni, la PDG d’UGC, exploite une nouvelle fois la franchise Ducobu

Le minimum garanti accordé par UGC Images se situe entre 5 et 10 % du devis. Mais, pour un film appartenant à une franchise dont tous les épisodes se sont situé à un million d’entrées ou plus, son amortissement paraît beaucoup moins aléatoire que pour la plupart des films français disposant d’un budget comparable.

Donc on voit comment UGC prend un risque minimum avec la franchise Ducobu. Et,  avec un devis de 11,4 millions d’euros, le film montre ainsi qu’un budget élevé ne signifie pas nécessairement un risque élevé lorsque l’on dispose d’une franchise éprouvée et de partenaires puissants.

Chaque semaine, Cinefinances.info publie le plan de financement et la répartition des recettes entre les partenaires de tous les films français qui sortent.

Vous pouvez aussi rechercher les interventions d’une chaîne, d’un distributeur, d’une SOFICA ou d’un vendeur international et voir quels films ils ont financés et à quelles conditions.

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Est-ce que, malgré son incontestable renouveau, le cinéma français pourra échapper à la catastrophe qui est en train de s’abattre sur l’économie française ? Car le projet de budget que vient de déposer le gouvernementvise à sauver les apparences d’une volonté de redressement de nos comptes publics, mais aggravera notre situation économique et, donc, le déficit de nos comptes publics, à moyen terme.

Faute d’avoir une majorité pour engager les réformes structurelles qui s’imposent il en est réduit â racler les fonds de tiroir pour présenter un projet de budget qui vise à stabiliser-pas à réduire-un déficit inacceptable. Son but est d’éviter, quoi qu’il en coûte, le défaut de paiement de la France.

Les Français sont bien conscients qu’il faut des réformes radicales. Mais ils ne veulent que des réformes immédiates qui ne feraient en réalité qu’aggraver la situation. Ainsi, la Cour des comptes vient de rappeler, en des termes suffisamment techniques pour que seuls les experts puissent les comprendre, que, sur ce déficit, qui est d’au moins 160 milliards €, 85 milliards € proviennent de l’insuffisance des cotisations pour couvrir les retraites des salariés et des fonctionnaires. Or il n’y a  qu’une seule façon de réduire sinon de  supprimer cette insuffisance de financement c’est d’augmenter le nombre de cotisants et de réduire le nombre de salariés. Mais 70 % des Français souhaitent que l’on aille dans le sens inverse. Il en est de même de toutes les mesures qui pourraient remettre en équerre nos compte s publics. Reste les expédients classiques qui s’attaquent aux effets mais pas aux causes.

Le cinéma et l’audiovisuel illustrent cette équation. Les mesures envisagées uront pour effet de réduire leurs investissements, donc la création de richesse, donc les recettes publiques. C’est le cas de l’augmentation de la TVA sur l’offre linéaire de Canal +, réduisant donc les ressources de la principale source de financement de la production cinématographique française. C’est également le cas de la réduction des ressources publiques de France Télévisions qui est le principal investisseur dans la production audiovisuelle française.

Par ailleurs, certains, au sein de l’État, envisageraient de ponctionner la trésorerie du CNC, qui, comme on le sait est en fait une épargne forcée des acteurs de l’audiovisuel qu’ils ne peuvent utiliser que s’ils investissent, donc créent de la richesse, donc génèrent des ressources publiques.

Certes l’État pourrait réduire, voire supprimer, l’abattement de 66% sur sa contribution au compte de soutien du CNC, dont bénéficient de ces deux secteurs. Mais, étonnamment, il semble que Matignon hésite à entériner cette proposition de Bercy.

Bien entendu, ses mesures, qui visent à réduire les investissements du cinéma, n’auront d’effet qu’à partir de l’année prochaine, à condition que ce budget soit voté, ce qui est loin d’être acquis.

Mais peut-être que la situation de notre pays sera si catastrophique que les Français se précipiteront dans les cinémas pour oublier leurs malheurs. Après tout, le cinéma a très bien marché sous l’Occupation.

« Kraken », coréalisé par Mohamed Chabanne https://www.allocine.fr/personne/fichepersonne_gen_cpersonne=696132.html et Théo Jourdain Rhodes, https://www.allocine.fr/personne/fichepersonne_gen_cpersonne=786799.html est le premier long métrage pour le cinéma de chacun des deux réalisateurs. Ce film d’horreur et d’épouvante est typiquement un film de genre destiné à un public jeune. Ils en ont écrit le scénario avec Romain Protat.

À l’origine, le projet est une idée de Guillaume Thévenin, dont la société de production, Riggins Films, l’a cédée à Marvelous Productions (Romain Legrand) en échange d’une part de coproducteur.

Romain Legrand (Marvelous production) a sur financer « Kraken » sans risquer du numéraire

Marvelous Productions est donc le producteur délégué du film. Et le montage financier de «Kraken » est particulièrement remarquable puisque, comme on le voit dans Cinefinances.info, le producteur délégué l’a réalisé sans le moindre apport en numéraire. C’est un film de genre sans risque pour le producteur.

Il a ainsi convaincu deux autres producteurs de coproduire le film avec lui en apportant, eux, du numéraire. Deux Sofica garanties et trois Sofica non garanties ont également investi.

Mais, fait caractéristique pour un film de genre destiné aux jeunes, « Kraken » a surtout été préacheté par Disney+ en première fenêtre et par Netflix en seconde. Notons qu’un autre film français a été acheté par ces deux plateformes. Il s’agit de « Si tu penses bien »… Mais, comme on peut le voir,  c’est un film très différent. Enfin « Kraken »  a également été préacheté par W9. Au total, ces préachats couvrent près de la moitié du budget.

Pan Distribution détient les mandats de distribution en France, sans minimum garanti, mais avec une commission limitée à 20 %. Ginger & Fed s’est associé à WTF pour les ventes à l’étranger, là encore sans minimum garanti.

Quant au producteur délégué, il a investi du compte de soutien à la production et placé sa rémunération en participation. Mais le crédit d’impôt dont bénéficie la production est sensiblement plus élevé. « Kraken » est donc l’exemple d’une production particulièrement bien financée : le producteur délégué ne débourse pas de numéraire et le crédit d’impôt est supérieur aux apports en soutien financier. C’est véritablement un film de genre sans risque pour le producteur.

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Pour la plupart des producteurs qui croient à un projet de film, l’objectif est d’abord d’en trouver le financement. À cet égard, « Notre salut », réalisé par Emmanuel Marre https://fr.wikipedia.org/wiki/Emmanuel_Marre , est un exemple particulièrement instructif : 28 financements pour 5 M€. https://fr.wikipedia.org/wiki/Notre_salut

C’est le deuxième film du réalisateur. Comme on peut le voir dans Cinéfinances.info, son premier, « Rien à foutre », sorti en 2022, avait un budget prévisionnel de 2,1 millions d’euros, soit 45 % du budget moyen des films français de fiction sortis cette année-là. https://siritz.com/cinescoop/la-remuneration-demmanuel-marre/

C’était une coproduction franco-belge dans laquelle le producteur belge était majoritaire à 56 %. Le producteur français était Kidam (Alexandre Perrier) et le distributeur Condor. Le film avait rassemblé 130 000 spectateurs en France et avait été une bonne affaire pour tous les deux. C’est pourquoi on les retrouve dans « Notre salut ».

Mais, cette fois-ci, le budget prévisionnel a plus que doublé puisqu’il atteint 5 millions d’euros, soit 80 % du budget moyen des films français de fiction sortis depuis le début de l’année. C’est de nouveau une coproduction avec la Belgique mais, cette fois-ci, la France apporte 80 % du financement. Comment un producteur indépendant, dont ce n’est que le troisième film, a-t-il réussi à trouver une telle somme en France ?

Cinéfinances.info révèle qu’il a fait appel en France à… 21 sources de financement différentes, tandis que le producteur belge en a trouvé 7. 28 financements pour 5 M€ : où les producteurs les ont-ils trouvés ?

Tout d’abord, le film a bénéficié de l’avance sur recettes. Mais, fait notable, Alexandre Perrier a su convaincre cinq producteurs indépendants français de coproduire avec lui. France 2 Cinéma est également coproducteur, tandis que les chaînes du groupe Canal+ et France Télévisions ont préacheté le film.

Alexandre Perrier (Kidam) un producteur qui a su trouver 28 financements pour un budget de 5 M€

Les collectivités locales lui ont apporté six soutiens différents et le film a bénéficié de deux autres subventions. Condor Films a accordé un minimum garanti, mais celui-ci représente moins de 5 % du financement français. De son côté, Charades a fait financer son minimum garanti pour le mandat de vente â l’étranger par quatre Sofica.

Quant au producteur belge, près de la moitié de son financement provient d’un investissement en tax shelter. Plus du quart est apporté par une subvention du fonds Wallonie-Bruxelles. Mais il a également réussi à pré-vendre le film à trois chaînes et à obtenir le minimum garanti d’un distributeur.

Au bout du compte, Kidam a certes mis son salaire et ses frais généraux en participation. Mais le producteur n’a investi que quelques dizaines de milliers d’euros de soutien au développement et quelques dizaines de milliers d’euros en numéraire. Des apports qui devraient être facilement amortis par les rentrées de la franchise de soutien qui lui est réservée.

A noter que ce film qui traite, d’une façon très originale, de la France de Vichy, a obtenu le prix du scénario au dernier Festival de Cannes. Et il vient de démarrer avec plus de 35 000 spectateurs aux avant-premières et des premières séances à Paris qui laissent espérer qu’il va être l’un des grands succès français de l’année.

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« Mémoire de fille » https://fr.wikipedia.org/wiki/Mémoire_de_fille_(film)est le second film réalisé par la comédienne Judith Godrèche https://fr.wikipedia.org/wiki/Judith_Godrèche. C’est l’adaptation du roman éponyme d’Annie Ernaux, paru chez Gallimard.

C’est La Chambre rose, la société de production de Judith Godrèche, qui en a acquis les droits. Elle les a cédés aux producteurs délégués en échange de leur engagement à produire le film et d’une part de coproducteur, qui commencera à jouer lorsque ces derniers auront récupéré leur investissement.

Or, cet investissement, tel qu’il apparaît dans le plan de financement, n’est pas négligeable. Selon Cinéfinances.info, ce film a un budget prévisionnel de 3,5 millions d’euros, soit 60 % du budget prévisionnel moyen des films français de fiction sortis depuis le début de l’année. Les deux coproducteurs délégués sont Moana Films (Marc Missonnier) et Windy Production (Caroline Lambert) avaient déjà co-produit en semble un film d’une budget équivalent, « Le consentement », lui aussi réalisé par une femme, Vanessa Filho et adapté d’un roman.  https://siritz.com/cinescoop/un-roman-devient-film-de-cinema. Il avait rassemblé 632 000 spectateurs.

Pour « Mémoire de fille » Caroline Lambert (Windy production) 

 

… et Marc Missonier (Moana films) ont pris une risque limité

France 2 Cinéma est coproducteur, tandis que les chaînes payantes du groupe Canal+ et France Télévisions ont préacheté le film. Mais l’apport total de la télévision reste inférieure au tiers du financement.

Deux Sofica non garanties ainsi qu’une Sofica garantie ont investi dans le film et deux régions lui ont apporté leur soutien. Mais le film n’a bénéficié d’aucune autre subvention. Enfin, un coproducteur belge participe au financement, mais son apport est minime.

L’apport en numéraire des deux producteurs délégués apparaît supérieur à 1 millions €. Mais ils n’ont mis ni leur rémunération ni leurs frais généraux en participation. En fait, un risque à 200 000 € est une appréciation plus proche de la réalité économique. En effet,  si l’on tient compte du crédit d’impôt, de leur rémunération et de leurs frais généraux, leur apport réel en numéraire se situe aux alentours de cette somme. Ce n’est certes pas négligeable. Toutefois, la totalité des imprévus peut ne pas avoir été dépensée et il faut également tenir compte de la franchise de compte de soutien réservée aux producteurs délégués.

Les producteurs délégués ont donc bien pris un risque à 200 000 €, mais celui-ci reste limité au regard d’un budget de 3,5 millions d’euros.

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Au cours des huit premiers mois de 2026, la Chine comptera environ 430 000 courts métrages mis en ligne, soit 13 fois plus que pour l’ensemble de l’année 2025. Les courts métrages ont attiré plus de 800 millions de spectateurs, pour un marché dépassant les 100 milliards de yuans en 2025.

Production et créativité

Plus de 90 % de ces courts métrages utilisaient l’intelligence artificielle. Face à cette explosion, les autorités chinoises rendent obligatoire l’étiquetage des contenus par l’IA, renforcent le contrôle des plateformes et luttent contre les contenus contrefaits.
Plus de films ne signifie pas forcément plus de bons films (je le sais, j’en ai visionné 80)
Les données de DataEye montrent qu’au premier semestre 2026, plus de 221 900 nouveaux courts métrages et films d’animation réalisés grâce à l’intelligence artificielle ont été mis en ligne en Chine. Cependant, seuls 1 055 d’entre eux ont dépassé les 100 millions de vues, soit 0,47 %, tandis que plus de 12 000 ont franchi la barre des 10 millions de vues, soit 5,8 %.
L’écart considérable entre la production et le nombre d’œuvres convaincantes met en lumière un problème fondamental du marché de l’IA : la technologie peut résoudre le problème de la production, mais elle ne peut pas résoudre à elle seule le problème de la créativité.
La création de personnages, de décors, d’éléments visuels et de voix étant devenue plus rapide et moins coûteuse, les formules qui ont fait leurs preuves pour attirer les spectateurs sont facilement reproductibles. Les motifs familiers peuvent être modifiés au niveau des visages, des décors ou du style, tout en conservant la structure narrative de base.
Si cette tendance se poursuit, l’avantage de l’IA en tant qu’outil d’aide à la création pourrait se transformer en outil de production de contenu de masse. Le marché se retrouverait alors avec un nombre accru de produits, mais pas nécessairement avec une valeur ajoutée significative.
Cela explique également pourquoi la Chine encourage l’application des nouvelles technologies et promeut un programme de développement de courts métrages de haute qualité. Ce plan, annoncé en mai 2026 par l’Administration d’État de la radio, du cinéma et de la télévision de Chine, vise à créer un écosystème de courts métrages de haute qualité et à diffuser 1 000 œuvres remarquables d’ici la fin de l’année.

Le continuum d’un personnage

En tout cas il faut être vigilant : on m’a demandé de faire partie d’un jury pour des micro-drama en format vertical venant de plusieurs pays. Tous sont faits en IA. C’est techniquement bluffant…et scénaristiquement nul !

Techniquement, l’IA a encore le problème du « continuum »: elle ne mémorise pas toutes les données d’un personnage qu’on ne peut donc pas faire vivre sur une grande longueur. Donc, pour l’instant, le long-métrage est à l’abri. Mais ça va changer, dans un, deux ou trois ans, on pourra créer des personnages et les faire vivre pendant 90 minutes.

Le 81éme Congrès de la Fédération Nationale des Cinémas Français, qui vient d’avoir lieu à Deauville la semaine dernière, a permis de confirmer que le cinéma est bien une industrie de l’offre.

De l’Apocalypse à la Résurrection

En effet, celui de l’année dernière s’était tenu dans un climat apocalyptique : la fréquentation chutait de plus de 20% par rapport à l’année précédente qui n’avait pourtant par retrouvé son niveau d’avant-Covid. L’industrie du cinéma se demandait si l’i-phone n’était pas en train de la faire définitivement sombrer.

De nombreuses salles de cinéma étaient au bord de la cessation de paiement, au point que le président du CNC, Gaetan Bruel, avait décidé d’utiliser la trésorerie du compte de soutien pour faire des avances à ces salles afin de prolonger leur survie.

Et soudain, à partir de la mi-décembre, la fréquentation s’est envolée au point que, cette année, la fréquentation pourrait progresser d’un tiers par rapport à l’année dernière et, peut-être même, retrouver ses niveaux d’avant-Covid.

Le constat de tous les exploitants est que ce retournement est très clairement dû à la très grande qualité de l’offre de films. Et le cinéma a retrouvé son rôle essentiel dans la société française. Comme l’a très justement rappelé Richard Patry, le président de la FNCF, « le cinéma est le lieu où nous fermons tous notre téléphone individuel pour regarder tous, collectivement, le grand écran. » Bien plus, de nouveau, « les français parlent du cinéma entre eux ». Et la remontada des deux films sur « La bataille de Gaulle », qui sont devenu la référence de tous les Français, illustre pour chacun d’entre eux les vertus de la résilience.

Mais si le cinéma a retrouvé toutes ses couleurs, il est loin d’avoir résolu tous ses problèmes. https://siritz.com/editorial/le-cinema-a-retrouve-toutes-ses-couleurs/

Beaucoup plus de films pour autant d’entrées

À cet égard, les chiffres révélés par la directrice des études du CNC sont édifiants : si, en France, le cinéma a à peu près retrouvé sa fréquentation d’avant Covid, le nombre de film sortis est passé à 804, progressant de 30% en 20 ans. Et le nombre de films français a suivi la même progression, alors que celui des films américains a baissé de 26%. Face à cette profusion d’offres il n’est pas étonnant que le public soit devenu plus sélectif et que quelques films accaparent le gros des entrées. Mais, au siècle dernier, alors que la France produisait et sortait moitié moins films, on disait déjà « il y a trop de films ». Or, chaque semaine, Cinéfinances.info montre comment des producteurs réussissent à trouver le financement et à réduire leurs risques pour tous types de films et tous budgets. Et le nombre de distributeurs ne cesse de croître. Cette diversité est l’une des forces du cinéma français et du cinéma en France.

En tous cas, le Congrès a confirmé que les tensions se sont accrues, entre exploitants et distributeurs, mais, surtout, entre exploitants. Heureusement, avec la médiation, la France bénéficie d’une institution entièrement consacrée à la solution de ces conflits. Et Xavier Albert, qui dirige Universal en France, a souligné que cette institution était un véritable atout de la France. En outre, le CNC a créé une commission paritaire exploitants-distributeurs chargée de proposer des recommandations pour diminuer les occasions de conflit.

Par ailleurs, avec l’Éducation au cinéma à l’École, le cinéma est pionnier en matière d’évolution de l’éducation à l’heure du tout numérique. Il a la chance que l’actuel ministre de l’Éducation nationale soit, au sein de l’État, l’un des meilleurs connaisseurs de cette institution. Mais que peut-il faire quand ce même État se voit contraint de réduire son financement en gelant le Pass culture ?

L’enjeu de la data

Alors qu’il retrouve sa fréquentation d’avant Covid, le cinéma prend conscience qu’il dispose d’une Nouvelle frontière à conquérir pour assurer son développement dans l’ère du tout numérique : la data. Il s’agit, à l’image de ce qu’ont réalisé les plateformes, d’utiliser les outils numériques pour rassembler le maximum d’informations sur les spectateurs  afin de savoir, pour chaque film,  comment les toucher et comment les convaincre : quel est leur profil ? pourquoi ils choisissent les films qu’ils vont voir ? quelles sources d’information les ont amenés à faire ces choix ?

Les exploitants, surtout les circuits, disposent de nombreuses informations dans ce domaine, surtout avec leurs cartes d’abonnements. Il faut que les indépendants se créent à leur tour ces informations. Et il faut que les distributeurs puissent les utiliser pour renforcer l’efficacité de leurs campagnes de promotion. Pour les distributeurs, le CNC pourrait jouer le rôle de « tiers de confiance » dans cette évolution, en garantissant le secret sur l’origine des informations. Victor Hadida (Metropolitan), le président de la Fédération Nationale des Éditeurs de Films, affirme d’ailleurs que les distributeurs sont disposés à payer pour cette information. Et  il souligne qu’il faut surtout bâtir une base de données sur les spectateurs occasionnels : « si chacun d’eux va une fois de plus par an au cinéma cela va booster les entrées ! » Cela suppose notamment d’amener ces spectateurs à passer par la réservation, le premier lien numérique avec le spectateur. Cette nouvelle frontière pour le cinéma a de quoi rendre optimiste.

Enfin, compte tenu des menaces que certains partis politiques font peser sur le cinéma https://siritz.com/editorial/une-bombe-a-fragmentation-sur-leconomie/, Gilles Sebbag, secrétaire général de la  FNCF, a révélé que celle-ci va poser à chaque candidat à la présidence de la République 4 questions sur le système économique du cinéma.

Pour son 13e long métrage, « Les roches rouges », https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Roches_rougesBruno Dumont réalise, selon Le Monde, un western dont les héros sont des enfants. https://fr.wikipedia.org/wiki/Bruno_Dumont

Son précédent film, « L’Empire », sorti en 2024, était une coproduction entre la France, l’Allemagne, l’Italie et la Belgique, dans laquelle la part française représentait 40 % du financement. Son budget total s’élevait, selon Cinéfinances.info, à 7,1 millions d’euros. Le film n’ayant rassemblé que 96 000 spectateurs, l’opération s’était révélée peu favorable pour son producteur délégué, Tessalit Productions (Jean Bréhat), et son distributeur, ARP

Pourtant, Tessalit Productions est de nouveau le producteur délégué de ce nouveau film. Mais, cette fois, son devis n’est que de 1,8 million d’euros, soit environ 30 % du devis moyen des films français de fiction sortis depuis le début de l’année.

Jean Bréhat (Tessalit productions) refait confiance à René Dumont en prenant un risque

Mais c’est 1,8 M€ et un vrai risque : le film est de nouveau une coproduction internationale, cette fois avec le Portugal et l’Italie, chacun des trois pays apportant environ un tiers du financement.

Le producteur délégué a obtenu l’investissement d’une SOFICA garantie, une petite aide au développement du CNC ainsi qu’un soutien limité d’une région.

Cette fois-ci, le distributeur est Les Films du Losange, qui a versé un minimum garanti représentant moins de 5 % du financement. Aucune chaîne de télévision n’a préacheté ni coproduit le film.

Un vendeur international intervient également. Son minimum garanti est financé par deux SOFICA non garanties.

Tessalit Productions a, de son côté, investi un montant non négligeable de fonds de soutien, mis son salaire de producteur et ses frais généraux en participation et dû apporter quelques dizaines de milliers d’euros en numéraire. Le producteur a donc pris un risque financier réel. C’est un devis de 1,8 millions € et un vrai risque.

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« Justin le juste » https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=1000028944.html est le huitième long métrage réalisé par Éric Barbier https://fr.wikipedia.org/wiki/Éric_Barbier. Comme plusieurs de ses précédents films, il s’agit d’un film engagé, adapté d’un roman et doté d’un budget élevé. Et il a trouvé un producteur qui sait prendre des risques et lui accorde une confiance renouvelée malgré un échec.

Le réalisateur Éric Barbier a acheté les droits d’adaptation du livre

Le projet est porté par 2001 Productions, la société d’Éric Barbier, qui a acquis les droits de « Justin le juste ou la Charette », de Jean Popougnac. Le roman raconte comment, en 1915, un paysan attaché à sa terre est mobilisé et découvre les horreurs et l’absurdité de la guerre. 2001 Productions est également coproducteur du film.

Un budget très supérieur à la moyenne

Selon Cinéfinances.info, le budget de « Justin le juste » s’élève à 8,6 millions d’euros, soit 40 % de plus que le budget moyen des films français de fiction sortis depuis le début de l’année.

Vertigo Productions, dirigée par Farid Lahouassa, en est le producteur délégué. C’est un producteurs qui n’hésite pas à investir dans sommes non négligeables dans des films auxquels il croit. C’est le cas de la comédie sociale « La traversée », sorti en 2022, dont le budget était d’un peu moins de 6 millions € et qui avait rassemblé 500 000 spectateurs https://siritz.com/cinescoop/la-remuneration-de-varante-soudjian/

 

Farid Lahoussa (Vertigo productions), un producteur qui prend des risques

SND et France 2 Cinéma sont coproducteurs, tandis que SND assure également la distribution.

Le financement repose en partie sur les préachats des diffuseurs. Ciné+/OCS est le premier diffuseur du film, avec un préachat supérieur à un million d’euros. Netflix et France Télévisions ont également préacheté le film. Au total, ces préachats représentent un peu moins de 30 % du financement. Le minimum garanti versé par SND est, quant à lui, inférieur à 10 % du budget.

Le producteur belge Scope Pictures apporte un peu moins de 20 % du financement depuis la Belgique. Fait plus inhabituel pour un film de cette importance, aucune région ne lui a accordé son soutien.

Dans ces conditions, l’apport de Vertigo Productions est substantiel. Le producteur a mis son salaire et ses frais généraux en participation. Il a également investi du soutien financier à la production et, au-delà du crédit d’impôt, un montant important en numéraire.

Cet engagement est d’autant plus significatif que Vertigo Productions avait déjà produit le précédent film d’Éric Barbier, « Zodi et Téhu, frères du désert »https://fr.wikipedia.org/wiki/Zodi_et_Téhu,_frères_du_désert. Selon Cinéfinances.info, son budget prévisionnel s’élevait à 11 millions d’euros, soit presque le double du budget moyen des films français de fiction sortis cette  année-là. Distribué par SND, le film n’avait toutefois rassemblé qu’environ 200 000 spectateurs.

Malgré cet échec commercial, Vertigo Productions et SND sont de nouveau respectivement producteur et distributeur du nouveau film d’Éric Barbier. Vertigo prend donc un véritable risque financier sur « Justin le juste ». Ce nouvel engagement témoigne d’une confiance intacte dans le réalisateur et dans le potentiel de son film. Éric Barbier a donc bénéficié de partenaires qui n’hésitent pas à accorder une confiance renouvelée malgré l’échec.

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Le quatrième film de la réalisatrice Jeanne Herry, https://fr.wikipedia.org/wiki/Jeanne_Herry « Garance » est remarquable à plus d’un titre. https://fr.wikipedia.org/wiki/Garance_(film)

Comme de nombreux réalisateurs aujourd’hui, Jeanne Herry est une comédienne qui s’est lancée dans la réalisation. Elle est même née dans le monde du cinéma puisqu’elle est la fille de la comédienne Miou-Miou. Elle est également scénariste, y compris de films qu’elle ne réalise pas.

Jeanne Herry

Dès sa première réalisation, elle a connu le succès : « Elle l’adore », sorti en 2014, a rassemblé près de 500 000 spectateurs.https://fr.wikipedia.org/wiki/Elle_l%27adore. Son dernier film, « Je verrai toujours vos visages », consacré à la justice restaurative, a obtenu son plus grand succès. https://siritz.com/cinescoop/la-remuneration-de-jeanne-henry/Sorti en 2023, il a rassemblé 1,165 million de spectateurs.

Dans ces conditions, on comprend que les producteurs délégués de son premier film, Trésor Films (Alain Attal) et Chi-Fou-Mi Productions (Arnaud Sélignac), ainsi que son distributeur, StudioCanal, lui soient restés fidèles pour tous ses films. Jeanne Herry est une réalisatrice qui fidélise ses partenaires.

Alain Attal (Trésor Films) et..

… Arnaud Selignac (CHI-FOU-MI) sont fidèles à Jeanne Herry depuis son premier film

Cette fois-ci, Jeanne Herry aborde plusieurs sujets de société : l’alcoolisme féminin, la situation des intermittents du spectacle, l’homosexualité et l’accompagnement d’une personne atteinte d’une maladie incurable. Le film repose en outre sur deux comédiennes devenues star, Adèle Exarchopoulos et Sara Giraudeau.

Les producteurs délégués ont de nombreux succès à leur palmarès, dont plusieurs qu’ils ont coproduits ensemble. Ils n’ont donc pas eu de mal à monter le financement de ce film, malgré un budget élevé : selon Cinéfinances.info, il est de 12,8 millions €, soit le 11ème budget le plus élevé des films sortis depuis le début de l’année.

Ainsi, StudioCanal et France 3 Cinéma sont coproducteurs. Les préachats de Canal+, Netflix et France Télévisions couvrent à eux seuls la moitié du budget. Le minimum garanti accordé par StudioCanal dépasse largement 10 % du budget. Enfin, une région a apporté son soutien et le film bénéficie également d’une coproduction belge.

Les producteurs ont mis leurs rémunérations et leurs frais généraux en participation. Mais, compte tenu du crédit d’impôt, ceux-ci sont en partie couverts et les producteurs n’ont finalement pas de numéraire à investir.

« Garance » illustre ainsi la situation privilégiée d’une réalisatrice qui, film après film, a su conserver la confiance des mêmes producteurs et du même distributeur. Jeannne Herry est une réalisatrice qui fidélise ses partenaires. Une fidélité qui facilite considérablement le financement d’un projet ambitieux.

Chaque semaine, Cinefinances.info public le devis, le plan de financement et la répartition des recettes entre les partenaires de tous les films français qui sortent.

Vous pouvez aussi rechercher les interventions d’une chaîne, d’un distributeur, d’une SOFICA ou d’un vendeur international et voir quels films ils ont financés et à quelles conditions.

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