Les données financières d’une vente historique

L’annonce de la vente du film « Brutus VS César » à Amazon Prime a éclaté comme une bombe dans l’industrie du cinéma français. A commencer parmi les exploitants. Certes, il y avait déjà eu deux ventes de longs métrages à Amazon Prime :

Forte https://siritz.com/category/cinescoop/page/5/ et Pinocchio https://siritz.com/financine/les-donnees-financieres-de-la-vente-de-pinocchio-a-amazon-prime/

Mais c’était pendant le confinement, quand toutes les salles étaient fermées et que l’on ne savait pas quand elles rouvriraient. En outre, il s’agissait de deux films dont la campagne de promotion était largement engagée, mais dont la sortie avait été brusquement rendue impossible par le confinement. Il fallait donc assumer à la fois le coût du film et des frais d’édition. Voir de nouveaux frais d’édition quand le film sortirait enfin.

Alors que, cette fois-ci, les salles ont ré-ouvert. Le distributeur envisageait une sortie le 12 août et n’avait engagé que peu de frais d’édition. Au pire il aurait pu retarder le sortie dans l’attente de jours meilleurs pour celle-ci. Or, apparemment,  le producteur comme le distributeur ont estimé qu’il était financièrement plus judicieux de ne pas sortir le film en salle et de le vendre directement à Amazon Prime. Pourtant il s’agit d’une comédie, avec, sur le papier du moins, un véritable potentiel commercial, sur lequel les exploitants comptaient : sujet original se passant dans la Rome antique et fort casting. En outre, le 12 août le distributeur comme le producteur du film auraient bénéficié du fort bonus de soutien financier accordé aux films français qui sortent jusqu’à fin août.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Brutus_vs_César

Cinéfinances.info*  a fourni les données financières de cet article.

Le nécessaire accord de tous les partenaires financiers

Tous les partenaires financiers ont dû donner leur accord

Pour que le producteur puisse réaliser cette vente à Amazon prime il faut que ses partenaires dans le financement du film aient donné leur accord et  que, donc, ils y trouvent un intérêt.   Certains doivent  être impérativement au moins remboursés de leur investissement. On sait que Canal+ se refuse désormais à donner son accord à toute vente d’un film à une plate-forme S-Vod, estimant que ce sont ses concurrents directs.

Apparemment, ce n’est pas le cas d’OCS, qui appartient au groupe Orange. Ce dernier est également coproducteur et distributeur du film à travers sa filiale Orange studio. La chaîne à péage s’est forcément fait rembourser  son pré-achat de  deux passages pour 1 850 000 €.  En est-il de même de l’investissement de 475 000 € d’Orange studio en coproduction et de son minimum garanti de 2 millions € ? Il est possible que, compte tenu de ces investissements élevés, Orange studio, ait préféré limiter sa perte.  UGC devait assurer la distribution physique du film, en avançant les frais d’édition et en échange d’une commission réduite. Il a lui aussi dû donner son accord. Rappelons qu’Orange studio est son partenaire habituel dans ce type d’accord, comme l’est TF1 DA. Il lui est donc difficile de s’opposer à une demande de ce partenaire. Même si, en tant qu’exploitant, cette opération doit sonner comme une sorte de glas à ses oreilles.

L’investissement de 650 000 € de France 2 cinéma en coproduction, tout comme son pré-achat de 650 000 € d’un passage doivent également être remboursés. En effet, ces sommes ne sont plus prises en compte pour le calcul des investissements obligatoires de la chaîne dans les films de cinéma. 

Mais la question est de savoir si, en échange de cet accord, tous ces partenaires  ou une partie d’entre eux ont réclamé un bénéfice.

Comme le film ne sortira pas en salle Païva et Adama, qui appartiennent tous les deux  à Simon Istolainen devront obligatoirement rembourser le soutien automatique investi soit 403 000 €. En revanche Umédia n’a peut-être pas à rembourser le tax shelter qui a dû être justifié par des dépenses effectivement réalisées en Belgique. Il en est de même du crédit d’impôt de 300 000 € accordé à Païva Maroc.

Une opération qui souligne que cinéma et audiovisuel sont des nains face aux plates-formes de S-Vod

Le total des sommes à rembourser s’élève donc en principe à 5,625 millions €. 

Par ailleurs, les investissements en participation du producteur délégué sont de 865 000 €.  S’il a effectué cette opération c’est que le prix de vente inclus une partie de cette somme. Car le montage d’un film représente du travail et génère des frais. En outre, même si le distributeur Orange studio ne lui aurait versé aucun supplément sur la sortie en salle, la vidéo et les ventes à l’étranger, il aurait sans doute touché au minimum les premiers 150 000 € de soutien financier automatique  réservés au producteur délégué, et  sans doute sensiblement plus. Surtout avec le bonus actuel.

Le prix d’achat d’Amazon Prime doit donc être probablement supérieur à 5,625 millions et approcher, voir dépasser 6,5 millions €.  Ce qui, en tout état de cause est considérable. Et souligne à quel point l’industrie du cinéma et de l’audiovisuel sont des nains face aux plates-formes du numérique auxquelles elle sont désormais confrontées.

*www.Cinefinances.info est un site, accessible par abonnement,  destiné aux professionnels du cinéma.  Il publie le budget, le plan de financement et la répartition des recettes de tous les films français qui sortent (hors les films « sauvages » qui ne déposent pas leurs contrats au registre public et ne demandent donc pas l’agrément qui leur permettrait d’accéder à l’aide du CNC). Il dispose d’un puissant moteur de recherche multicritères et de 10 ans