A deux semaines de la fin de l’année il est clair que la fréquentation cinématographique française de 2025 est catastrophique. Elle se situera à plus de au-dessous de 15% de celle de 2024 qui, avec 181 millions d’entrées, était déjà à 10% en-dessous du niveau d’équilibre moyen de l’exploitation avant la crise du Covid.
L’effet sur les exploitants, les producteurs et les distributeurs.
La situation est avant tout catastrophique pour notre réseau de salles qui était le plus puissant d’Europe et l’un des plus performants au monde. Avec 25% de chiffre d’affaires en moins il est très en-dessous de son point d’équilibre. Pour les producteurs l’impact est moins important car le financement par les salles, à travers les minima garantis, ne représente qu’une part limitée, sinon marginale de leur financement. Et plusieurs d’entre eux, notamment parmi les plus importants, ont développé une activité de production de série qui à priori rentable.
En ce qui concerne les distributeurs le pourcentage de films qui ne couvrent pas leur minimum garanti et leurs frais a fortement augmenté. Les plus importants sont également producteurs, notamment de série, ce qui constitue un filet de sécurité. Mais ils devront réduire leurs minima garantis à venir, ce qui aura une influence sur la production de films. En tout cas, si le niveau de fréquentation devait rester à ce niveau , une partie des salles risque de disparaître, ce qui aura pour effet de consolider la baisse de la fréquentation.
Les deux causes de cette chute de la fréquentation
En fait, comme on le sait, cette baisse de la fréquentation est mondiale. Elle est due à deux facteurs. En premier lieu le développement de l’audience des plateformes et des réseaux sociaux depuis le confinement de la crise du Covid. Ces deux nouvelles source d’images occupe une part importante de l’attention des citoyens. Face à une offre d’images qui a explosé les spectateurs sont beaucoup plus exigeants par rapport à la qualité des films de cinéma qui méritent leur déplacement. Le second facteur est le recul du cinéma américain qui générait la très grande majorité de la fréquentation mondiale avant le Covid.
Ce recul a été masqué par la grève des comédiens et des réalisateurs américains ainsi que la fermeture des salles pendant le Covid. En effet, ces deux évènements ont retardé la sortie de blocbusters conçus avant eux. Ils ont été fabriqués et sont sortis après le Covid. Mais après la crise du covid la plupart des majors ont changé de stratégie. Ils ont privilégié le développement de leur propre plateforme, au point de ne protéger que mollement la vitale fenêtre d’exclusivité de la diffusion en salle. Et ils ont massivement investi dans la production et la promotion de séries, moteurs de l’audience et de l’abonnement de leurs plateformes. Bien plus, ils ont confier les scénarios, la réalisation et l’interprétation de ces séries à certaines des plus brillantes stars de leurs films de cinéma.
Beaucoup dépend beaucoup de l’avenir de Warner
Est-ce que les majors américaines vont faire évoluer leur stratégie et redonner au cinéma, c’est à dire aux films destinés aux salles, la place qui était la sienne avant la crise du Covid ? C’est possible si c’est Netflix qui réussit à prendre le contrôle de Warner. Possible, car, désormais le développement de l’attrait de sa plateforme va reposer essentiellement sur l’acquisition des droits sportifs, mais aussi sur la création de variétés et de jeux. Beaucoup plus que sur les superproductions unitaires de fiction. Ses concurrents sont désormais les chaînes de télévision et, surtout YouTube. Si Netflix décidait de tout faire pour amortir le réseau de distribution de Warner et opérait ce retournement, il est probable que les autres majors suivraient. Mais rien ne garantit que Netflix opérera ce retournement.
Donc, pour sa survie, il est clair que l’industrie cinématographique française doit apprendre à ne plus se reposer sur le cinéma américain. Comme les pays de l’Union européenne sont en train de l’apprendre pour leur défense à propos des États-Unis. Il se trouve que, à la différence du reste de son système économique, le système économique du cinéma français est l’un des plus remarquables d’Europe et du monde. Si les Français trouvent le moyen de compenser le recul du cinéma américain, il y a des chances que les autres pays de l’Union européennes les suivent.
À la profession de prendre l »initiative
Il est donc urgent de remettre à plat notre système pour l’adapter à la nouvelle situation. Il est vrai qu’aujourd’hui il ne faut pas compter sur le pouvoir politique pour en prendre l’initiative. Bien plus, la totale incompétence de l’extrême droite et d’une partie de la droite en la matière a de quoi inquiéter. A la profession donc de prendre l’initiative de cette réflexion. Comme dans le domaine des nouvelles technologiques les pistes existent. Elles nécessitent audace et volonté. En tout cas, nous avons la chance d’avoir à sa disposition le CNC qui, dans le domaine du cinéma et de l’audiovisuel, est une administrations particulièrement compétente.
UNE OFFRE TROP LARGE EST UN HANDICAP
ÉditorialL’année 2025 s’est terminée en France avec une fréquentation de 157 millions d’entrées. Peut-on modifier le système économique du cinéma français pour lui permettre de retrouver une la fréquentation annuelle qui se situe au-dessus de 200 millions d’entrées, niveau indispensable pour maintenir son réseau de salles et ses emplois?
La réduction du nombre de films « populaires » de 1 à 5 millions d’entrées
Bien entendu cet objectif dépend en grande partie du cinéma américain qui assurait avant la crise du Covid au moins 50% des entrées, c’est à dire au moins 100 millions d’entrées. Mais il serait suicidaire de continuer à assoir l’économie du cinéma français sur le cinéma américain.https://siritz.com/editorial/ne-plus-se-reposer-sur-le-cinema-americain/ Comme on l’a vu, le principal responsable de la baisse de la fréquentation depuis la crise du Covid est la forte diminution des films réalisant en 1 et 5 millions d’entrées. Des films dont on se disait avant : ça à l’air pas mal, allons le voir. Ce sont ce que l’on appelle des films « populaires », par oppositions aux films « d’auteurs » qui sont des succès avec moins, et parfois beaucoup moins, que 1 million de spectateurs. Ce ne sont pas les films « évènement » à plus de 5 millions d’entrées qui font la différence. Ainsi, en 1981, avec 2 films français réalisant l’un plus de 9 millions d’entrées et l’autre plus de 10 millions d’entrées, mais aussi 3 films américains se situant à 5,3 millions, 8,1 millions et 9,4 millions d’entrées, la fréquentation annuelle a été 10% en-dessous du plancher de 200 millions d’entrées.
Une vraie différence avec les année à 200 millions d’entrées d’avant la crise du Covid c’est que cette année 6 films français ont réalisé entre 1 et 5 millions d’entrées contre une vingtaine en moyenne avant. On constate la même chute pour les films américains. Or ce sont ces films « populaires » qui sont indispensables pour assurer l’équilibre économique du cinéma en France.
Le grand nombre de films est devenu un handicap pour le cinéma
Autre constatation importante : nous continuons à sortir en moyenne 700 films par an, soit 14 par semaine, comme avant le Covid. Et la moitié de ces films réalisent moins de 20 000 entrées. Cette moitié de films totalise ainsi moins de 4 millions d’entrées. Et certaines stars apparaissent souvent dans deux films en un mois. Car les producteurs savent que la présence de ces stars augmente les chances d’avoir un préfinancement télévisuel. Or, aujourd’hui, « le public ne plus au cinéma mais va voir un film » ! Avant, le spectateur décidait d’aller au cinéma et se renseignait sur les films offerts. Cette variété était l’une des forces du cinéma. Aujourd’hui le spectateur va voir un film d’abord parce qu’il en a entendu parlé Dans ces conditions au milieu de ce flot de propositions, de publicités et de critiques, beaucoup moins de films ont la capacité d’attirer l’attention des spectateurs. D’autant plus que s’ils ne réalisent pas dès leur démarrage un nombre suffisant d’entrées par écran, leur nombre de séances sont immédiatement réduits et ils disparaissent très vite des écrans.Notre système économique qui favorise la production et la sortie d’un grand nombre de film, dont la moitié réalise moins de 20 000 entrées, n’est donc plus en adéquation avec les nouvelles réalités du marché. La diversité de l’offre était un atout de l’économie du cinéma français. Aujourd’hui une offre trop large est un handicap pour le cinéma.
Mais aujourd’hui il ne suffit pas qu’un spectateurs ait identifié un film pour qu’il décide qu’il vaut le déplacement. Il faut en plus que quelqu’un ou un média auquel on fait confiance lui ait chaudement recommandé. Pas mal ne suffit plus. Donc, bien entendu, réduire le nombre de films qui sortent ne suffira pas à multiplier les films « populaires » français que le public décidera d’aller voir.
À LA RECHERCHE DES MORTS DE LA GUERRE
CinéscoopLa coproduction franco-arménienne « Le pays d’Arto » https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Pays_d%27Arto est le premier long métrage de la réalisatrice arménienne Tamara Stepanyan https://fr.wikipedia.org/wiki/Tamara_Stepanian. Une femme y part à la recherche des morts de la guerre arménienne.
Cinéfinances.info* a fourni les données financières de cet article.
Tamara Stepanyan
Le budget prévisionnel entre la France (80%) et l’Arménie (20%) est de 2,6 millions €, soit les deux tiers du budget prévisionnel médian des films de fiction de notre dernier baromètre. https://siritz.com/financine/barometre-des-budgets-previsionnels/ Pour la préparation, 35 jours de tournage (dont 34 en Arménie)et la post-production la rémunération de la réalisatrice est de 75 000 €, dont 35 000 € d’à-valoir sur droits d’auteur et 40 000 € de salaire de technicien. C’est 90% de la rémunération médiane des réalisateurs. https://siritz.com/financine/le-barometre-de-la-remuneration-des-realisateurs-2/.Elle a écrit le scénario avec Jean Breschand, Jean-Christophe Ferrari, Romy Coccia Di Ferro, Jihane Chouaib pour 110 000 €, soit deux tiers du budget médian des scénarios. https://siritz.com/financine/budget-des-scenarios-en-2025-et-2024/
La musique a été confié à Marc Ribot pour 30 000 €, soit les trois quarts du budget médian de la musique de films. Enfin la rémunération des rôles principaux est de 186 000 €. https://siritz.com/financine/remuneration-des-compositeurs-de-musique/C’est 70% de plus que la rémunération médiane des rôles principaux. https://siritz.com/financine/la-remuneration-des-roles-principaux-en-2025/
Pour bien illustrer la part du budget que la production de « Le pays d’Arto » a consacré aux quatre principaux postes de l’affiche par rapport à ce qui leur est consacré dans la moyenne des films le tableau ci-dessous est éclairant :
Comme on le voit la production consacre une part du budget à la rémunération de la réalisatrice, à celle des scénaristes, au budget de la musique et surtout à la rémunération des rôles principaux bien supérieure à la moyenne des films.
Les producteurs délégués sont Pan Cinéma (Philippe Godeau) et La Huit (Stéphane Jourdain). Le film a bénéficié de 450 000 € d’avance sur recettes et du soutien d’Eurimages. Canal+ et Ciné+ l’ont préacheté. Pan distribution a donné un minimum garanti pour tous les mandats.
Le producteur arménien est Visan (Tamara Stepanyan). Il a bénéficié d’une aide nationale et d’un crédit d’impôt. La télévision publique l’a coproduit et préacheté.
Le précédent film distribué par Pan Distribution était « Les rêveurs », réalisé et interprété par Isabelle Carré. Il était produit par Pan Cinéma et était sorti le 12 novembre 2025. Son budget prévisionnel était 4,8 millions € et il a rassemblé 87 000 spectateurs. https://siritz.com/cinescoop/plongee-dans-la-sante-mentale-dune-jeune/
www.Cinefinances.info est un site, accessible par abonnement, destiné aux professionnels du cinéma. Il publie budget, le plan de financement et la répartition des recettes prévisionnels de tous les films français qui sortent (hors les films « sauvages » qui ne déposent pas leurs contrats au registre public et ne demandent donc pas l’agrément qui leur permettrait d’accéder à l’aide du CNC). Il s’agit des chiffres de l’agrément d’investissement sur la base duquel le producteur a monté son financement. Il dispose de nombreuses archives et d’un puissant moteur de recherche. Il dispose d’archives des films sortis depuis 2010 et d’un puissant moteur de recherche, avec de multiples critères.
LE HANDICAP AU COEUR DE LA FRATRIE
CinéscoopLa comédienne Joséphine Japy https://fr.wikipedia.org/wiki/Joséphine_Japy réalise son premier long métrage, «Qui brille au combat», un film dramatique sur le handicap au cœur de la fratrie https://fr.wikipedia.org/wiki/Qui_brille_au_combat
Cinéfinances.info* a fourni les données financières de cet article.
Joséphine Japy
Son budget prévisionnel est 3,3 millions €, soit 90% du budget prévisionnel médian des films de fiction français de notre dernier baromètre. https://siritz.com/financine/barometre-des-budgets-previsionnels/ Pour la préparation, 30 jours de tournage et la post-production la rémunération de la réalisatrice est de 62 000 €, dont 35 000 € d’à valoir sur droits d’auteur et 27000 € de salaire de technicien. C’est 85% de la rémunération médiane des réalisateurs. https://siritz.com/financine/le-barometre-de-la-remuneration-des-realisateurs-2/Elle a écrit le scénario avec Olivier Torres pour 124 000 €, soit 80% du budget médian des scénarios. https://siritz.com/financine/budget-des-scenarios-en-2025-et-2024/
La musique a été confiée à Odezenne pour 30 000 €, ce qui correspond aux trois quarts du budget médian de la musique de film.https://siritz.com/financine/remuneration-des-compositeurs-de-musique/ Enfin la rémunération des rôles principaux est 193 000 €, soit trois quart de plus que la rémunération médiane des rôles principaux.
Pour bien illustrer la part du budget que la production de « Qui brille au combat » a consacré aux quatre principaux postes de l’affiche par rapport à ce qui leur est consacré dans la moyenne des films le tableau ci-dessous est éclairant :
Comme on le voit la production consacre à la rémunération des rôles principaux une part beaucoup plus importante que la moyenne des films. Il consacre au scénario une part un peu plus importante et à la rémunération de la réalisatrice comme au budget de la musique une part moins importante.
Le producteur délégué est Cowboys films (Antoine Playoust). Cowboys films invest, France 3 cinéma et The man sont coproducteurs. Le film a bénéficié du CNC de l’aide « Les uns et les autres ». Il s’agit d’un soutien à l’insertion des professionnels du cinéma et de l’audiovisuel en situation de handicap. Il a également bénéficié des aides non remboursables du département des Alpes maritime et de la Ville de Nice. Deux sofica non garanties y ont investi.
Canal+, Ciné+ et France télévisions l’ont pré-acheté. Apollo France a les mandats de distribution France sans minimum garanti. Pulsar a donné un minimum garanti pour les ventes à l’étranger.
Le dernier film distribué par Apollo, était « Louise », réalisé par Nicolas Keitel et sorti le 10 décembre dernier. Il était produit par Gabman et son budget prévisionnel était 3,7 millions €. Apollo n’avait pas donné de minimum garanti et le film devrait rassembler 30 000 spectateurs. https://fr.wikipedia.org/wiki/Louise_(film,_2025)
www.Cinefinances.info est un site, accessible par abonnement, destiné aux professionnels du cinéma. Il publie budget, le plan de financement et la répartition des recettes prévisionnels de tous les films français qui sortent (hors les films « sauvages » qui ne déposent pas leurs contrats au registre public et ne demandent donc pas l’agrément qui leur permettrait d’accéder à l’aide du CNC). Il s’agit des chiffres de l’agrément d’investissement sur la base duquel le producteur a monté son financement. Il dispose de nombreuses archives et d’un puissant moteur de recherche. Il dispose d’archives des films sortis depuis 2010 et d’un puissant moteur de recherche, avec de multiples critères.
UNE INSTITUTRICE COMBAT LES PRÉJUGÉS
CinéscoopLe premier film réalisé par Louise Hémon https://fr.wikipedia.org/wiki/Louise_Hémon est « L’engloutie », https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Engloutie dans lequel une jeune institutrice combat les préjugés.
Cinéfinances.info* a fourni les données financières de cet article.
Louise Hémon
Son budget prévisionnel est 3,2 millions €, soit 90% du budget prévisionnel médian des films français de fiction de notre dernier baromètre. https://siritz.com/financine/barometre-des-budgets-previsionnels/ Pour la préparation, 38 jours de tournage et la post-production la rémunération de la réalisatrice est de 40 000 €, répartie en part égale entre à valoir sur droits d’auteur et salaire de technicien. C’est la moitié de la rémunération médiane des réalisateurs. https://siritz.com/financine/le-barometre-de-la-remuneration-des-realisateurs-2/ Elle a écrit le scénario avec Anaïs Tellenne et Maxence Stamatiadis pour 57 000, soit un peu plus du tiers du budget médian des scénarios . https://siritz.com/financine/budget-des-scenarios-en-2025-et-2024/
La musique a été confiée à Émile Sornin pour 30 000 €, ce qui correspond à 650 000, soit 75% du budget médian de la musique de film. Enfin les rôles principaux ont reçu 30 000 €, soit à peine 30% de la rémunération médian des rôles principaux. https://siritz.com/financine/la-remuneration-des-roles-principaux-en-2025/
Pour bien illustrer la part du budget que la production de « L’engloutie » a consacré aux quatre principaux postes de l’affiche par rapport à ce qui leur est consacré dans la moyenne des films le tableau ci-dessous est éclairant :
Comme on le voit la part du budget qu’il consacre à la rémunération de la du scénario, au budget de la musique et à la rémunération des rôles principaux est très inférieure à celle de la moyenne des films.
Le producteur délégué est Take shelter (Corentin Bleuze et Clémence Juvenal) tandis que France 3 cinéma est coproducteur. Le film a bénéficié de 650 000 € d’avance sur recettes. Le CNC lui a accordé une aide aux effets sonores et visuels ainsi qu’une aide à la musique. La région Paca lui a accordé une aide non remboursable. 2 sofica y ont investi. Canal+, Ciné+ et Arte l’ont préacheté. Tandem lui a accordé un minimum garanti pour les mandats de distribution en France et Kinology pour le mandat de distribution à l’étranger.
Le précédent film distribué par Tandem était « Love me tender », sorti le 10 décembre dernier. Il était réalisé par Anne Cazenave Cambet. Produit par Novoprod cinéma son budget prévisionnel était 3,4 millions €. En 2 semaines il avait rassemblé 30 000 spectateurs. https://siritz.com/cinescoop/une-eprouvante-bataille-judiciaire-familiale/
www.Cinefinances.info est un site, accessible par abonnement, destiné aux professionnels du cinéma. Il publie budget, le plan de financement et la répartition des recettes prévisionnels de tous les films français qui sortent (hors les films « sauvages » qui ne déposent pas leurs contrats au registre public et ne demandent donc pas l’agrément qui leur permettrait d’accéder à l’aide du CNC). Il s’agit des chiffres de l’agrément d’investissement sur la base duquel le producteur a monté son financement. Il dispose de nombreuses archives et d’un puissant moteur de recherche. Il dispose d’archives des films sortis depuis 2010 et d’un puissant moteur de recherche, avec de multiples critères.
DES RAISONS D’ÊTRE OPTIMISTE POUR LE CINÉMA
ÉditorialL’année 2025 qui est bien une année de crise du cinéma, en France et un peu partout dans le monde. Et pourtant elle se termine par deux semaines avec une fréquentation très supérieure à celle de l’année dernière et semblable à celle des années pré-covid. C’est dû à « Avatar 3 » qui, avec plus de 2,5 millions d’entrées la première semaine réalise un score proche des opus 1 et 2 qui avaient totalisé plus de 15 et 14 millions d’entrées en fin de carrière. C’est dû aussi à un autre film distribué par Disney, le dessin animé « Zootopie 2 » qui, avec déjà plus de 6 millions d’entrées est le champion de l’année et atteindra sans doute 7, voire 8 millions d’entrées au total.
Le triomphe du Disney de Bob Iger
A noter que le troisième film à dépasser les 5 millions d’entrées cette année est un autre Disney, « Lilo et Stich ». Or Disney est dirigé par Bob Iger aux capacités qui s’apparentent â celles des fondateurs et patrons légendaires des grands studios américains. Il avait été rappelé pour remplacer son successeur qui était en train de couler le groupe par une politique éditoriale woke de son cinéma et de es parcs d’attraction. Mais Bob Iger repart à la fin de l’année. Son successeur aura-t’il le même calibre ?
Car le cinéma est un marché d’offre. Et, comme on n’a cessé de le rappeler, il l’est plus que jamais : les spectateurs ne vont plus au cinéma, ils vont voir des films. Tout dépend donc de la capacité des producteurs, des distributeurs et des réalisateurs à proposer des films pour lesquels le spectateur est prêt à se déplacer, alors qu’avec les plateformes et son téléphone il est sollicité par une multitude d’offres d’images et de distractions. L’année dénière un film français « Le comte de Monte-Christo » a dépassé les 9 millions d’entrées et un autre, « Un p’tit truc en plus », les 10 millions d’entrées. Mais l’année 2024 n’a atteint que 181 millions d’entrées, c’est à dire 10% en dessous des plus mauvaises années pré-covid.
Ce sont les films de 1 à 5 millions d’entrées qui font la différence
En fait, depuis de nombreuses années, de 700 à 750 films sont distribués chaque année en France. Mais ce qui explique le chute de la fréquentation, ce n’est pas l’absence de film à plus de 5, voir plus de 10 millions d’entrées. C’est la forte réduction due nombre de films réalisant de 1 à 5 millions d’entrées. Ainsi, cette année 28 films ont réalisé de 1 à 5 millions d’entrées. Il y en avait autant en 2024. Avant le Covid, en 2019 (213 millions d’entrées) il y en avait 41, soit près de 50% en plus. Et en 2010 (207 millions d’entrées) il y en avait 50. En 2025 les 28 films réalisant entre 1 et 5 millions d’entrées ont rassemblé 48 millions de spectateurs. En 2024 ils avaient rassemblé 54 millions d’entrées. En 2019 cette catégorie de films avait rassemblé 88 millions de spectateurs, soit 40 millions de plus qu’en 2025 et 34 millions de plus qu’en 2024. En 2010 ils en avaient rassemblé 100 millions, soit 52 millions de plus qu’en 2025 et 46 millions de plus qu’en 2024. Et en 2010 un seul film avait rassemblé 5,4 millions de spectateurs et seul un autre 6 millions de spectateurs.
Si l’on regarde en détail les offres de films on se rend compte avant tout que certaines stars qui « avant » garantissaient le succès, soudain, sont rejetées par les spectateurs. Ce sont souvent des films à budget relativement élevé, parce que le succès semblait assuré. C’est aussi le cas de films américains de super héros, qui ont encore du succès aux États-Unis, mais plus chez nous. C’est le signe que les goûts du public ont brusquement changé. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’est pas près à aller au cinéma s’il estime que les films en valent la peine. Ainsi, pendant les actuelles fêtes de Noël il se déplace en masse pour aller à la fois « Avatar 3 », « Zootopie 2 » et « La femme de ménage », mais aussi le documentaire « Le chant des forêts » qui est une ode au monde animalier et à la nature ainsi que l’incroyable comédie noire brésilienne « L’agent secret ».
Des raisons d’être optimiste pour le cinéma
Il y a donc des raisons d’être optimiste. C’est aux producteurs, distributeurs et réalisateurs d’imaginer les films pour lesquels les spectateurs sont prêts à se déplacer. C’est leur métier. Bien entendu la problématique aux États-Unis est différente, car les dirigeants des studios sont souvent accaparés par d’autres enjeux, notamment le développement de leur plateforme. C’est pourquoi, beaucoup plus qu’avant, pour compenser les recul des films américains, la France doit donner la priorité à la recherche de ce qu’attend le public https://siritz.com/editorial/ne-plus-se-reposer-sur-le-cinema-americain/
Or rappelons la leçon des grands économistes et, notamment, des prix Nobel français : ils expliquent la formidable avance économique des États-Unis par la capacité des entrepreneurs à y lever des capitaux pour investir dans la recherche et les nouvelles technologie. Et à réaliser des investissements à risque pour mettre au point des produits ou des services innovants qui vont devenir irremplaçables. Or la France dispose du meilleur système économique mondial pour lever des capitaux à investir dans les films. Sachons le rendre plus performant.
UN FILM NOIR DANS UN UNIVERS CHRÉTIEN
CinéscoopLa scénariste Camille Lugan https://scenaristesdecinemaassocies.fr/annuaire/camille-luganréalise son premier long métrage, “Selon Joy », https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=324994.htmlun film noir dans un univers chrétien .
Cinéfinances.info* a fourni les données financières de cet article.
Camille Lugan
Son budget prévisionnel est 712 000 €, soit à peine 20% du budget prévisionnel des films de fiction de notre dernier baromètre. C’est un peu plus que le budget prévisionnel d’un autre film « chrétien », « Sacré cœur », sorti le 10 octobre dernier dont le budget prévisionnel était 689 000 € et qui a rassemblé plus de 462 000 € de spectateurs.https://siritz.com/financine/barometre-des-budgets-previsionnels/ Pour la préparation, 22 jours de tournage et la post-production la rémunération de la réalisatrice est de 20 000 €, répartie en part égale entre à valoir sur droits d’auteur et salaire de technicien. C’est moins du quart de la rémunération médiane des réalisateurs. https://siritz.com/financine/le-barometre-de-la-remuneration-des-realisateurs-2/
Elle a écrit le scénario avec Salvatore Lista pour 15 000 €, soit moins de 10% du budget médian des scénarios. https://siritz.com/financine/budget-des-scenarios-en-2025-et-2024/ La musique a été confiée à Rémi Boubal pour 12 000 €. C’est le tiers du budget médian de la musique de films. https://siritz.com/financine/remuneration-des-compositeurs-de-musique/.Enfin les rôles principaux ont reçu 17 000 €, soit 15% de la rémunération médiane des rôles principaux.
Pour bien illustrer la part du budget que la production de «Selon Joy » a consacré aux quatre principaux postes de l’affiche par rapport à ce qui leur est consacré dans la moyenne des films le tableau ci-dessous est éclairant :
Comme on le voit le pourcentage du budget consacré à la rémunération de la réalisatrice et au budget de la musique est supérieur à la moyenen des films. Celle consacré au scénario et à la rémunération des rôles principaux est inférieure.
Le producteur délégué est Barney production (Saïd Hamich Benlarbi). La Ruche est coproducteur par un apport en industrie. Le CNC lui a accordé une aide à la musique de film et il a bénéficié d’une aide non remboursable de la région Normandie. The Jokers films a donné un minimum garanti pour les mandats France et Split Screen pour le mandats de vente à l’étranger.
Le précédent film français distribué par The Jokers films était « La Casa », réalisé par Caroline Bernarrosh et sorti le 3 septembre de cette année. Ce documentaire a rassemblé 350 spectateurs.
www.Cinefinances.info est un site, accessible par abonnement, destiné aux professionnels du cinéma. Il publie budget, le plan de financement et la répartition des recettes prévisionnels de tous les films français qui sortent (hors les films « sauvages » qui ne déposent pas leurs contrats au registre public et ne demandent donc pas l’agrément qui leur permettrait d’accéder à l’aide du CNC). Il s’agit des chiffres de l’agrément d’investissement sur la base duquel le producteur a monté son financement. Il dispose de nombreuses archives et d’un puissant moteur de recherche. Il dispose d’archives des films sortis depuis 2010 et d’un puissant moteur de recherche, avec de multiples critères.
UNIVERS DE LA JUSTICE ET CONFLITS FAMILIAUX
CinéscoopLe premier film réalisé par Pierre Mazingarbe https://www.allocine.fr/personne/fichepersonne_gen_cpersonne=578608.html est la comédie « La pire mère au monde » : univers de la justice et conflits familiaux.
Cinéfinances.info* a fourni les données financières de cet article.
Pierre Mazingarbe
Son budget prévisionnel est 4 millions €, soit 10% au-dessus du budget médian des films de fiction français de notre dernier baromètre. https://siritz.com/financine/barometre-des-budgets-previsionnels/ Pour la préparation, 48 jours de tournage et la post-production la rémunération du réalisateur est de 75 000 €, répartie en part égale entre à valoir sur droits d’auteur et salaire de technicien. C’est 90% de la rémunération médiane des réalisateurs. https://siritz.com/financine/le-barometre-de-la-remuneration-des-realisateurs-2/ Il a écrit le scénario avec Thomas Pujol pour 83 000 €, soit la moitié du budget médian des scénarios.
La musique a été confiée à Julie Roué pour 50 000 €. https://siritz.com/financine/remuneration-des-compositeurs-de-musique/.C’est 25% de plus que le budget médian de la musique de films. Enfin les rôles principaux ont reçu 225 000 €, ce qui correspond à leur rémunération moyenne et au double de leur rémunération médiane https://siritz.com/financine/la-remuneration-des-roles-principaux-en-2025/
Pour bien illustrer la part du budget que la production de « La pire mère au monde » a consacré aux quatre principaux postes de l’affiche par rapport à ce qui leur est consacré dans la moyenne des films le tableau ci-dessous est éclairant :
Comme on le voit la production a consacré une part du budget beaucoup plus importante à la rémunération des rôles principaux, légèrement supérieure au budget de la musique mais sensiblement inférieur à la rémunération du réalisateur et des scénaristes que la moyenne des films.
Les producteurs délégués sont Ballade sauvage productions (Charlotte Vande Vyvre et Francesca Betteni-Barbes) et 247 films (Marc-Antoine Robert et Xavier Rigault). TF1 films production est coproducteur. Le film a bénéficié de l’aide du CNC à l’écriture, à la musique et aux effets visuels et sonore. La Procirep-Angoa et Media lui ont également apporté leur soutien. Il a reçu des aides remboursables au développement et à la production de la Région Auvergne Rhône-Alpes et de Pictanovo. 2 sofica y ont investi. Moonlight Films Distribution a donné un minimum garanti pour les mandats de distribution salle, vidéo et vàd en France et WT films un minimum garanti pour le mandat de vente à l’étranger. Deux coproducteurs belges sont également associés, Panache Film et la Cgie Cinématographique.
Le précédent film distribué par Moonlight Film Distribution était la comédie « On aurait dû aller en Grèce », réalisé par Nicolas Benamou et sorti en 2024. Son budget prévisionnel était 3 millions € et il était produit par Witertz. Il avait rassemblé 120 000 spectateurs. https://fr.wikipedia.org/wiki/On_aurait_dû_aller_en_Grèce
www.Cinefinances.info est un site, accessible par abonnement, destiné aux professionnels du cinéma. Il publie budget, le plan de financement et la répartition des recettes prévisionnels de tous les films français qui sortent (hors les films « sauvages » qui ne déposent pas leurs contrats au registre public et ne demandent donc pas l’agrément qui leur permettrait d’accéder à l’aide du CNC). Il s’agit des chiffres de l’agrément d’investissement sur la base duquel le producteur a monté son financement. Il dispose de nombreuses archives et d’un puissant moteur de recherche. Il dispose d’archives des films sortis depuis 2010 et d’un puissant moteur de recherche, avec de multiples critères.
UNE ÉPROUVANTE BATAILLE JUDICIAIRE FAMILIALE
CinéscoopLe second film réalisé par Anne Cazenave Cambet https://fr.wikipedia.org/wiki/Anna_Cazenave_Cambetest « Love me tender », https://fr.wikipedia.org/wiki/Love_Me_Tender_(film,_2025) sur une éprouvante bataille judiciaire familiale. Il est sorti le 10 décembre dernier.
Cinéfinances.info* a fourni les données financières de cet article.
Anne Cazenave Carbet
Le budget prévisionnel de cette adaptation du roman éponyme de Constance Debré, a un budget prévisionnel de 3,4 millions €, soit une peu moins que le budget prévisionnel médian des films français de fiction de notre dernier baromètre. https://siritz.com/financine/barometre-des-budgets-previsionnels/ Pour la préparation, 37 jours de tournage et la post-production la rémunération de la réalisatrice est de 98 000 €, dont 50 000 € d’à-valoir sur droits d’auteur et 48 000 € de salaire de technicien. C’est 15% de plus que la rémunération médiane des réalisateurs. https://siritz.com/financine/le-barometre-de-la-remuneration-des-realisateurs-2/ Elle a écrit le scénario pour 67 000 € et les droits d’adaptation du roman ont été acquis pour 75 000 €. Le coût total du scénario est donc 142 000 €, soit 90% du coût médian des scénarios. https://siritz.com/financine/budget-des-scenarios-en-2025-et-2024/
La musique a été confiée à Maxence Dussere pour 36 000 € ce qui est, là encore, 90% du budget médian de la musique de films. https://siritz.com/financine/remuneration-des-compositeurs-de-musique/Enfin les rôles principaux ont reçu 155 000 €, soit 40% de plus que leur rémunération médiane. https://siritz.com/financine/la-remuneration-des-roles-principaux-en-2025/
Pour bien illustrer la part du budget que la production de « Love me tender» a consacré aux quatre principaux postes de l’affiche par rapport à ce qui leur est consacré dans la moyenne des films le tableau ci-dessous est éclairant :
Comme on le voit, en pourcentage du budget global du film, le pourcentage consacré à la rémunération de la réalisatrice, du scénario et des rôles principaux est nettement supérieure à celui de la moyenne des films. Pour le budget de la musique il est à peu près équivalent.
Le producteur délégué est Novoprod cinéma (Raphaëlle Delauche et Nicolas Sanfaute). Il a bénéficié du soutien d’une sofica garantie. France 2 cinéma est coproducteur. La Région Ile de France lui a accordé une aide au développement remboursable. Le département Lot et Garonne lui a accordé une aide au développement puis une aide à la production toutes deux non remboursables. 3 soficas non garanties y ont investi. Le film a bénéficié d’une aide à la musique du CNC. Canal+, Ciné+ et France télévisions l’ont préacheté. Tandem a donné un minimum garanti pour les mandats de distribution France et Be for Be un minimum garanti pour les ventes à l’étranger.
Le premier film réalisé par Anne Cazenave Cambet était « De l’or pour les chiens », sorti en 2021. Son budget prévisionnel était 900 000 €. Il était produit par Partners crime et CG cinéma. Rezo films était le distributeur. Il avait rassemblé 3 000 spectateurs.
www.Cinefinances.info est un site, accessible par abonnement, destiné aux professionnels du cinéma. Il publie budget, le plan de financement et la répartition des recettes prévisionnels de tous les films français qui sortent (hors les films « sauvages » qui ne déposent pas leurs contrats au registre public et ne demandent donc pas l’agrément qui leur permettrait d’accéder à l’aide du CNC). Il s’agit des chiffres de l’agrément d’investissement sur la base duquel le producteur a monté son financement. Il dispose de nombreuses archives et d’un puissant moteur de recherche. Il dispose d’archives des films sortis depuis 2010 et d’un puissant moteur de recherche, avec de multiples critères.
NE PLUS SE REPOSER SUR LE CINÉMA AMÉRICAIN
ÉditorialA deux semaines de la fin de l’année il est clair que la fréquentation cinématographique française de 2025 est catastrophique. Elle se situera à plus de au-dessous de 15% de celle de 2024 qui, avec 181 millions d’entrées, était déjà à 10% en-dessous du niveau d’équilibre moyen de l’exploitation avant la crise du Covid.
L’effet sur les exploitants, les producteurs et les distributeurs.
La situation est avant tout catastrophique pour notre réseau de salles qui était le plus puissant d’Europe et l’un des plus performants au monde. Avec 25% de chiffre d’affaires en moins il est très en-dessous de son point d’équilibre. Pour les producteurs l’impact est moins important car le financement par les salles, à travers les minima garantis, ne représente qu’une part limitée, sinon marginale de leur financement. Et plusieurs d’entre eux, notamment parmi les plus importants, ont développé une activité de production de série qui à priori rentable.
En ce qui concerne les distributeurs le pourcentage de films qui ne couvrent pas leur minimum garanti et leurs frais a fortement augmenté. Les plus importants sont également producteurs, notamment de série, ce qui constitue un filet de sécurité. Mais ils devront réduire leurs minima garantis à venir, ce qui aura une influence sur la production de films. En tout cas, si le niveau de fréquentation devait rester à ce niveau , une partie des salles risque de disparaître, ce qui aura pour effet de consolider la baisse de la fréquentation.
Les deux causes de cette chute de la fréquentation
En fait, comme on le sait, cette baisse de la fréquentation est mondiale. Elle est due à deux facteurs. En premier lieu le développement de l’audience des plateformes et des réseaux sociaux depuis le confinement de la crise du Covid. Ces deux nouvelles source d’images occupe une part importante de l’attention des citoyens. Face à une offre d’images qui a explosé les spectateurs sont beaucoup plus exigeants par rapport à la qualité des films de cinéma qui méritent leur déplacement. Le second facteur est le recul du cinéma américain qui générait la très grande majorité de la fréquentation mondiale avant le Covid.
Ce recul a été masqué par la grève des comédiens et des réalisateurs américains ainsi que la fermeture des salles pendant le Covid. En effet, ces deux évènements ont retardé la sortie de blocbusters conçus avant eux. Ils ont été fabriqués et sont sortis après le Covid. Mais après la crise du covid la plupart des majors ont changé de stratégie. Ils ont privilégié le développement de leur propre plateforme, au point de ne protéger que mollement la vitale fenêtre d’exclusivité de la diffusion en salle. Et ils ont massivement investi dans la production et la promotion de séries, moteurs de l’audience et de l’abonnement de leurs plateformes. Bien plus, ils ont confier les scénarios, la réalisation et l’interprétation de ces séries à certaines des plus brillantes stars de leurs films de cinéma.
Beaucoup dépend beaucoup de l’avenir de Warner
Est-ce que les majors américaines vont faire évoluer leur stratégie et redonner au cinéma, c’est à dire aux films destinés aux salles, la place qui était la sienne avant la crise du Covid ? C’est possible si c’est Netflix qui réussit à prendre le contrôle de Warner. Possible, car, désormais le développement de l’attrait de sa plateforme va reposer essentiellement sur l’acquisition des droits sportifs, mais aussi sur la création de variétés et de jeux. Beaucoup plus que sur les superproductions unitaires de fiction. Ses concurrents sont désormais les chaînes de télévision et, surtout YouTube. Si Netflix décidait de tout faire pour amortir le réseau de distribution de Warner et opérait ce retournement, il est probable que les autres majors suivraient. Mais rien ne garantit que Netflix opérera ce retournement.
Donc, pour sa survie, il est clair que l’industrie cinématographique française doit apprendre à ne plus se reposer sur le cinéma américain. Comme les pays de l’Union européenne sont en train de l’apprendre pour leur défense à propos des États-Unis. Il se trouve que, à la différence du reste de son système économique, le système économique du cinéma français est l’un des plus remarquables d’Europe et du monde. Si les Français trouvent le moyen de compenser le recul du cinéma américain, il y a des chances que les autres pays de l’Union européennes les suivent.
À la profession de prendre l »initiative
Il est donc urgent de remettre à plat notre système pour l’adapter à la nouvelle situation. Il est vrai qu’aujourd’hui il ne faut pas compter sur le pouvoir politique pour en prendre l’initiative. Bien plus, la totale incompétence de l’extrême droite et d’une partie de la droite en la matière a de quoi inquiéter. A la profession donc de prendre l’initiative de cette réflexion. Comme dans le domaine des nouvelles technologiques les pistes existent. Elles nécessitent audace et volonté. En tout cas, nous avons la chance d’avoir à sa disposition le CNC qui, dans le domaine du cinéma et de l’audiovisuel, est une administrations particulièrement compétente.
LA QUÊTE D’UNE JEUNE ARCHÉOLOGUE AU PÉROU
CinéscoopLe premier long métrage réalisé par le comédien suisse Damien Dorsaz https://fr.wikipedia.org/wiki/Damien_Dorsaz est « Lady Nazca » , sorti le 10 décembre dernier, https://fr.wikipedia.org/wiki/Lady_Nazca qui raconte la quête d’une jeune archéologue au Pérou. Il a rassemblé 11 000 spectateurs la première semaine.
Cinéfinances.info* a fourni les données financières de cet article.
Fabien Dorsaz
Cette coproduction entre la France (36%) et l’Allemagne (54%) a un budget prévisionnel de 2,2 millions €, soit 60% du budget prévisionnel médian des films de fictions français de notre dernier baromètre. https://siritz.com/financine/barometre-des-budgets-previsionnels/ Pour la préparation, 27 jours de tournage et la post-production la rémunération du réalisateur est de 68 000 €, dont 43 000 € d’à-valoir sur droits d’auteur et 25 000 € de salaire de technicien. C’est 80% de la rémunération moyenne des réalisateurs. https://siritz.com/financine/le-barometre-de-la-remuneration-des-realisateurs-2/Le scénario a été écrit par Damien Dorsaz, Fadette Drouard, Aude Py, Raphaëlle Desplechin, Franck Ferriera Fenandes pour 62 000 €. Cela correspond à 40% du budget médian des scénarios. https://siritz.com/financine/budget-des-scenarios-en-2025-et-2024/ La musique a été confiée à Nacury Linares pour 15 000 €. Là encore c’est 40% du budget de la musique de films. Enfin la rémunération des rôles principaux est 25 000 €, soit 20% de la rémunération médiane des rôles principaux.
Pour bien illustrer la part du budget que la production de «Lady Nazca» a consacré aux quatre principaux postes de l’affiche par rapport à ce qui leur est consacré dans la moyenne des films le tableau ci-dessous est éclairant :
Comme on le voit, par rapport à la moyenne des films, en pourcentage du budget général, « Lady Nazca », a mieux rémunéré le réalisateur et beaucoup moins le scénarios, la musique et les rôles principaux.
Le producteur est Octopolis (Matthieu Zeller). Memento production est coproducteur. Le film a bénéficié de l’aide du mini-traité franco-allemand et du soutien d’Eurimages. Ciné+ l’a préacheté. Memento Films a donné un minimum garanti pour les mandats de distribution France et Pulsar Content un mandat de distribution pour les ventes à l’étranger.
Le producteur allemand est 27 films produktion (Olivier Damian). Il a reçu l’aide du FFA et du Medienboard Berlin-Brandebourg. Les chaînes Arte et BR l’ont préacheté. Tobis a donné un minimum garanti pour le mandat de distribution en Allemagne.
Le précédent film distribué par Memento Films était la Palme d’or du Festival de Cannes, « Un simple accident », réalisé par Jafar Panahi et sorti le 1er octobre dernier. Le budget prévisionnel de cette coproduction entre la France, le Luxembourg et l’Iran était de 1 millions €. Son producteur français était Les Films Pélléas. Il avait rassemblé 666 000 spectateurs.
www.Cinefinances.info est un site, accessible par abonnement, destiné aux professionnels du cinéma. Il publie budget, le plan de financement et la répartition des recettes prévisionnels de tous les films français qui sortent (hors les films « sauvages » qui ne déposent pas leurs contrats au registre public et ne demandent donc pas l’agrément qui leur permettrait d’accéder à l’aide du CNC). Il s’agit des chiffres de l’agrément d’investissement sur la base duquel le producteur a monté son financement. Il dispose de nombreuses archives et d’un puissant moteur de recherche. Il dispose d’archives des films sortis depuis 2010 et d’un puissant moteur de recherche, avec de multiples critères.