FLUIDIFIER LE SUIVI ET LE PARTAGE DES RECETTES
La comptabilité de la production devient de plus en plus complexe à mesure que se multiplient les sources de revenus qu’il faut suivre et les partenaires à qui il faut rendre des comptes. La plateforme Baknd permet de rendre la remontée de recettes plus transparente, plus rapide et beaucoup moins chronophage.

Serge Siritzky : La comptabilité de la production devient de plus en plus complexe à mesure que se multiplient les sources de revenus qu’il faut suivre et les partenaires à qui il faut rendre des comptes. Vous avez créé une plate-forme, BAKND, destinée à faciliter cette part de l’activité des producteurs. Qu’est-ce qu’elle apporte de plus à un producteur qui a déjà une comptabilité ?
Guillaume Offroy : BAKND (www.baknd.fr) est une plateforme conçue pour centraliser l’ensemble des données juridiques, financières et contractuelles liées à une œuvre audiovisuelle, afin de fluidifier le suivi et le partage des recettes.
Aujourd’hui, les producteurs font face à une multiplication des sources de revenus (chaînes, plateformes, ventes internationales, exploitation secondaire) mais aussi à une fragmentation croissante des droits et du nombre d’ayants droit. Les informations arrivent dans des formats très différents, souvent via des fichiers hétérogènes, difficiles à consolider.
Une comptabilité classique répond avant tout à des obligations fiscales et comptables. BAKND intervient en complément : nous structurons les données d’exploitation d’une œuvre pour permettre un suivi précis des recettes, des contrats et des répartitions entre partenaires. L’objectif est de rendre la remontée de recettes plus transparente, plus rapide et beaucoup moins chronophage.
SS : Si je suis producteur et que j’ai confié à un distributeur la vente à l’étranger d’un film, ce distributeur va m’envoyer un mail avec en pièce jointe un fichier Excel regroupant les recettes du mois. Pour un autre film, un autre distributeur va m’envoyer un autre fichier Excel en pièce jointe, mais pas présenté de la même façon. La saisie dans la comptabilité de ces différentes présentations prend du temps. Qu’est-ce que BAKND change ?
GO : L’idée est précisément de sortir de cette logique d’échanges fragmentés par e-mails et pièces jointes. Avec BAKND, les distributeurs et partenaires saisissent directement leurs informations sur la plateforme, dans un format standardisé commun à l’ensemble des intervenants d’une œuvre.
On évite ainsi les multiples retraitements manuels, les risques d’erreur et les pertes de temps liées à l’hétérogénéité des fichiers. Toutes les données sont structurées dès l’origine de manière homogène, ce qui permet au producteur d’avoir une vision consolidée, actualisée et immédiatement exploitable des recettes et des répartitions.

SS : Mais les contrats sont différents les uns des autres : les pourcentages changent en fonction des médias et des niveaux de revenu. Ce qui est compliqué c’est de transformer un contrat d’une quinzaine de pages en un document Excel avec des lignes et des colonnes. Est-ce que Baknd peut faire ou, en tout cas, faciliter ce travail ?
GO : Oui, c’est précisément l’un des enjeux sur lesquels nous travaillons. Nous avons développé un outil fondé sur l’IA capable d’analyser un contrat complexe et d’en extraire automatiquement les principales données financières : clés de répartition, seuils de revenus, pourcentages selon les médias ou les territoires, minimums garantis, etc.
Concrètement, à partir d’un contrat d’une quinzaine de pages, l’outil peut produire une synthèse structurée en une page, directement exploitable par les équipes financières et de production. Cela représente un gain de temps considérable et réduit aussi les risques d’interprétation ou d’erreur.
À terme — même si nous n’en sommes pas encore là — l’objectif est d’aller plus loin et de pouvoir transformer automatiquement ces informations contractuelles en règles comptables et en workflows directement intégrés à la plateforme.
SS : Donc, votre plate-forme fait un peu ce que fait la Commission d’agrément du CNC en amenant pour tous les films, à présenter de la même façon le devis, le plan de financement et la répartition des recettes.
GO : Il ne s’agit pas de se substituer au CNC ni d’entrer dans une logique réglementaire. Ce que nous cherchons à faire, c’est simplement créer un langage commun entre les différents partenaires d’une œuvre.
Aujourd’hui, chacun travaille avec ses propres formats, ses propres tableaux et ses propres méthodes, ce qui complique énormément les échanges et le suivi des recettes. BAKND apporte surtout une standardisation technique et opérationnelle des données, afin de fluidifier le travail de tous les acteurs.L’idée est moins de normaliser les œuvres que de simplifier la circulation de l’information financière.
SS : Pour rentrer ses données dans votre plate-forme j’imagine que chaque partenaire, les sources de revenus comme les ayants-droits, a un code que lui donne le producteur pour pouvoir accéder à votre plate-forme.
GO : Oui, c’est exactement le principe. Le producteur attribue des accès à chaque intervenant concerné par l’œuvre. Cela peut concerner les distributeurs, mais aussi, selon les cas, les réalisateurs, scénaristes ou comédiens lorsqu’ils disposent d’un intéressement sur les résultats du film. Chacun accède ainsi uniquement aux informations qui le concernent, dans un cadre sécurisé et maîtrisé par le producteur
SS : C’est une étape importante qui va, j’imagine, être très vite exigée par tous ces réalisateurs, scénaristes ou comédiens. Mais dans votre présentation de BAKND vous expliquez que vous allez faire gagner du temps au producteur et, donc à tous ses partenaires et ayants-droits. Mais les informations dépendent des entreprises en charge des différents revenus. Or, très souvent, elles arrivent avec retard. Est-ce que votre plate-forme prévoit d’avertir le producteur de ces retards et de relancer ceux qui sont en retard ?
GO : Oui, c’est le point clé. BAKND ne se contente pas de centraliser les données, il permet aussi de suivre leur actualisation dans le temps. Concrètement, chaque flux de revenus et chaque partenaire est identifié et horodaté. Le producteur peut donc voir en un coup d’œil ce qui a été transmis, ce qui est en attente, et ce qui est en retard par rapport au rythme prévu.
La plateforme peut également envoyer des notifications ou des rappels aux contributeurs concernés lorsqu’une donnée n’a pas été mise à jour dans les délais attendus. L’objectif n’est pas de “contrôler” les partenaires, mais de fluidifier la circulation de l’information et d’éviter les relances manuelles chronophages du producteur.
SS : Pour un producteur qui a déjà une comptabilité qui fonctionne, comment passer de cette comptabilité à cette plate-forme ou intégrer cette plate-forme dans sa comptabilité ? Y-a-t’il un mode d’emploi et sous quelle forme ? Est-ce simple ?
GO : L’objectif n’est pas de remplacer la comptabilité du producteur, mais de venir se connecter à son organisation existante. BAKND s’intègre en amont de la comptabilité classique, sur toute la partie “œuvre” : contrats, recettes, partenaires et règles de répartition.
Concrètement, l’intégration se fait progressivement. On commence généralement par un film ou un catalogue restreint, pour structurer les données existantes et les importer dans la plateforme. Ensuite, les nouveaux flux sont directement saisis dans Baknd, ce qui évite de repartir dans des retraitements lourds. Il n’y a pas un “mode d’emploi unique” au sens strict, mais un accompagnement à la mise en place, parce que chaque société de production a déjà ses propres outils et habitudes. L’idée est justement de s’adapter à l’existant pour rendre la transition la plus simple possible, sans rupture dans le fonctionnement comptable.
SS : Il y a une seule plate-forme BAKND?
GO : En fait, il existe d’abord un modèle freemium qui permet à n’importe quel utilisateur de se créer un compte, d’accéder à la plateforme et de commencer à structurer son activité, notamment en ajoutant des œuvres à son catalogue et en recevant des invitations de partenaires, sans nécessairement passer par une organisation en société.
Ensuite, bien sur, nos offres s’organisent autour d’abonnements payants avec plusieurs niveaux adapté à chaque type d’utilisateur. L’offre Essentiel s’adresse à des utilisateurs qui commencent à structurer une activité plus régulière. L’offre Pro est destinée aux producteurs ou équipes qui gèrent davantage de projets et de partenaires. Enfin, l’offre Entreprise est conçue pour les structures de production plus importantes.
La différence entre Pro et Entreprise tient principalement à la taille des équipes et au nombre de sièges : une société peut y travailler à plusieurs collaborateurs avec des droits et rôles différenciés, tandis que l’offre Pro est pensée pour des équipes plus réduites ou des structures plus légères.
SS : Votre plate-forme est déjà disponible ?
GO : BAKND est déjà accessible en ligne via l’application app.baknd.fr, actuellement en version bêta. La plateforme a un objectif simple : permettre aux producteurs et à leurs partenaires de structurer, centraliser et partager les données d’une œuvre au sein d’un environnement unique.
Dans cette dynamique, BAKND bénéficie également de l’accompagnement d’acteurs publics tels que Bpifrance et la Région Île-de-France, ce qui nous a permis d’accélérer le développement et de rester au plus près des besoins concrets des utilisateurs. Cette première version déjà en place va continuer à évoluer au fil des usages et des retours des utilisateurs. L’idée n’est pas de figer un produit trop tôt, mais de le faire grandir progressivement en restant au plus près des besoins réels des professionnels et de la profession.
SS : Quel est le prix de BAKND ?
GO : Essentiel c’est 29,99 € par mois, soit 287 € par an. Pro c’est 49,99 € par mois, soit 499 € par an. Et Premium Entreprise c’est 299,99 par mois, soit 2 879 € par an. Vous pouvez trouver tous nos prix sur notre site www.Baknd.fr.
