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L'édito de Serge
Serge Siritzki

L’ACCORD SUR LA CHRONOLOGIE DES MÉDIAS

Par Serge Siritzky

LES LEÇONS À EN TIRER

Le cinéma français a enfin obtenu l’établissement de la chronologie des médias entre l’ensemble de ses diffuseurs. Il a plusieurs raisons d’être satisfait, et d’autres d’être insatisfaits, mais devrait aussi se poser des questions essentielles.

SATISFACTIONS

Parmi les motifs de satisfaction se trouve en priorité l’exclusivité de la fenêtre salle qui est maintenue à 4 mois avec dérogation à 3 mois. En France un film est uniquement une œuvre destinée prioritairement à la salle. Cette priorité est le sous-bassement d’un loisir collectif qui joue un rôle social primordial dans notre société. Deuxième motif de satisfaction, pour Canal+, qui est le principal investisseur dans la production française et dont la fenêtre baisse à 6 mois. Troisième mesure de satisfaction, Netflix a signé cet accord. Netflix dont les dirigeants réclamaient il y a peu une diffusion « day and date », c’est à dire simultanée en salle et chez eux. Ils ont évidemment compris qu’en France c’est impossible mais aussi que, partout dans le monde, les exploitants et les distributeurs s’y opposeraient. Or, un tel combat ne serait pas bon pour leur image, d’autant plus que le film de cinéma n’est pas la locomotive des leurs programmes. Cette S-Vod accepte donc de passer bien après Canal+, quand Canal+ a effectué un achat, et de cesser son exploitation un mois avant celle d’une  chaîne en clair qui a pré-acheté.

DOUTES

Selon Le Film français Netflix indiquerait vouloir investir ses 40 millions € de ses obligations d’investissement cinéma dans une dizaine de films. Or, dans aucun des films sortis en 2021 Canal+ n’a investi une telle somme. Son maximum était 3,17 millions € pour « OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire ». Sur ce film, même Multithématiques, fililale de Canal+,  pour le 2èmepassage payant ne rajoute que 500 000 €. Est-ce que cette «confidence» laisserait entendre que Netflix serait disposée à payer une telle somme, soit plus que le groupe Canal ne payait jusqu’ici,  pour que Canal+ ne puisse acquérir aucun droit de passage sur le film ? Cela semble peu vraisemblable car, visiblement, Netflix a décidé de s’inscrire dans l’écosystème français et d’éviter les conflits avec la profession.

INSATISFACTIONS

Parmi les motifs d’insatisfaction, se situe en premier le fait que la fenêtre de la Vidéo individuelle soit réduite de moitié. C’est d’autant plus  inquiétant  que c’est très souvent une recette de complément pour les distributeurs de films dont on sait qu’ils traversent une passe très difficile. Leur syndicat n’était d’ailleurs pas à la signature. Pas plus d’ailleurs que celui des autres SMAD, à commencer par Disney Prime ou Amazon Prime. Ils passeront les films un peu plus tard que Netflix. Mais leur attitude confirme qu’on leur impose d’investir dans le pré-achat de produits-les films français- qui ne les intéressent pas. Leurs différences avec Netflix seraient plutôt des différences de politique de communication. Enfin, la SACD, qui représente les auteurs n’était pas là non plus. Contrairement à la ministre de la Culture toutes les entreprises du secteur ne pensent pas que cet accord soit « gagnant-gagnant ».

QUESTIONS

Dans ces conditions le cinéma français devrait plus que jamais se demander si la seule perspective de la production française est de continuer à renforcer ses rentes de situation et s’il ne faudrait pas réfléchir aux moyens d’augmenter sa part de marché sur le marché intérieur ainsi que ses exportations. Et aussi de se mander si l’augmentation constante du nombre de films produits est synonyme de diversité et de renouvellement.

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