Archive d’étiquettes pour : Un grand raccourci

L’une des forces du cinéma français c’est que ses films ont une grande variété de genres et de budgets. Et, à tous les niveaux de budget des producteurs réussissent à trouver les financements et limiter les risques. C’est ce que permet de voir Cinéfinances.info. Notamment, la rubrique Classement de son offre Premium permet de classer les films français de chaque année par niveau de devis en distinguant la fiction de l’animation et du documentaire.

Le financement de 37,5 millions €

Ainsi, pour les films de fiction sortis depuis le début de l’année on voit que le devis le plus élevé est celui de chacun des deux « De la bataille de Gaulle » qui s’élève à plus de 37,7 millions €. https://siritz.com/cinescoop/un-monumental-thriller-historique-et-geopolitique/ et https://siritz.com/cinescoop/la-petite-france-resiste-a-la-grande-amerique/

Comme on le sait, ils vont chacun dépasser les 3 millions d’entrées et sont devenus une référence pour les Français de tout bord. Pour son producteur, Pathé, qui est le premier exploitant de France, c’est déjà une réussite, car ils contribuent à la remontée de la fréquentation.

Mais, l’analyse du plan de financement montre clairement que Pathé a dû procéder à un investissement qui ne pourra s’amortir que s’il a des ventes à l’étranger record. Pathé a pris un risque comme il en prend chaque année avec des films à gros budget, mais c’est un risque que sa taille lui permet d’assumer.

Le financement de 6 millions €

Autre exemple, selon Cinéfiances.info, le devis moyen des films français de fiction sortis depuis le début de l’année est 6 millions €, soit 16% du budget le plus élevé. Il correspond au devis de « Fjord » qui a obtenu la Palme d’or au dernier Festival de Cannes. https://siritz.com/cinescoop/de-nouveau-une-palme-dor-tres-rentable/. Avec  plus de 450 000 entrées dès sa 4ème semaine il va être une très bonne affaire pour son producteur et son distributeur français. Car c’est une coproduction internationale entre 4 pays et le financement français n’est que de 1,2 millions €.

Mais avec un devis à peu près équivalent et un financement entièrement français,  « Ceux qui comptent » a rassemblé 324 000 spectateurs.https://siritz.com/cinescoop/une-comedie-imprevisible-sur-une-rencontre/. Son distributeur UGC y trouve son compte. En apparence le producteur délégué, Les films du 24, filiale du groupe UGC, a financé le tiers du budget. Mais, en tenant compte du crédit d’impôt, de son salaire de producteur et de ses frais généraux il n’a pas fait d’apport en numéraire et sa franchise de soutien financier lui procure déjà un bénéfice.

Le financement de 3,9 millions €

Si l’on prend le devis médian (autant de devis plus élevés que de moins élevés), il est de 3 951 000 €.  C’est celui de la comédie « Tout va super ». https://siritz.com/cinescoop/comedie-sur-les-contradictions-dune-mere-juive/ Le film n’a rassemblé que 51 000 spectateurs. Le distributeur Zinc ne pourra toucher sa commission ni amortir son minimum garanti ni ses frais d’édition. Ce qui confirme que le  cinéma est une industrie de prototype risquée.

Le producteur délégué, Atelier Production, a investi un peu de soutien financier en production, mais, compte tenu du crédit d’impôt il n’a pas investi de numéraire. Et il va toucher une grande partie de son salaire et de ses frais généraux.

Le financement de 150 000 €

A l’autre bout du tableau, « Comète » a un budget de 150 00 €, entièrement financé par les 2 producteurs délégués, KTP production et Why not, ainsi que par un petit minimum garanti du distributeur, Dulac Distribution. https://fr.wikipedia.org/wiki/Comète_(film)

Sorti dans 51 salles le film n’a rassemblé que 7 300 spectateurs. Ces investissements n’ont pas été amortis, mais le risque est limité à quelques dizaines de milliers d’euros pour chacun des investisseurs.

Rappelons que, dans la même catégorie de budget,  la comédie «  Un grand raccourci », dont le devis est 153 000 € est sorti dans 103 salles. En 5 ème semaine il a déjà dépassé les 70 000 entrées et c’est une excellente affaire pour son producteur et son distributeur.https://siritz.com/cinescoop/instagram-fait-triompher-un-microbudget/

D’une manière générale les producteurs constatent que des sources de financement importantes (chaînes et régions) sont en chute et que la grande majorité des films (plus des deux tiers) n’atteignent pas leurs objectifs. Si la fréquentation a retrouvé ses niveaux d’avant Covid, le métier de producteur et de distributeur est donc devenu plus difficile qu’avant. Mais l’analyse de tous les devis et plans de financement présentés par  Cinéfinances.info fournit de multiples exemples de producteurs qui ont su trouver les financements et limiter les risques.

Chaque semaine, Cinefinances.info publie le plan de financement et la répartition des recettes entre les partenaires de tous les films français qui sortent.

Vous pouvez aussi rechercher les interventions d’une chaîne, d’un distributeur, d’une SOFICA ou d’un vendeur international et voir quels films ils ont financés et à quelles conditions.

Avec Cinefinances Premium, vous retrouvez les films de budget comparable à celui de votre projet : qui les a financés, pour quels montants et avec quelles contreparties.

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Comme on l’a vu, globalement, le cinéma a retrouvé son niveau d’avant Covid. Mais ça ne veut pas dire qu’il n’a pas changé.

Un public plus exigeant

D’une part, compte tenu de la multiplication des offres d’images et de contenus sur d’autres médias (plateformes, Youtube et réseaux sociaux) le public est devenu plus exigeant : pour qu’il se déplace pour le voir, le film vu en cinéma doit apporter une expérience unique que les autres médias ne peuvent apporter. Cela a un impact sur les distributeurs qui, à la suite de nombreux échecs cuisants sont devenus plus sélectifs.

La réussite de films à petit budget

Mais cela ne réduit pas la diversité des films possibles. Ainsi, un premier film de 2 réalisateurs , « De la comédie française », parce que son scénario et ses dialogues sont très drôles, parce que sa mise en scène et le jeu de ses acteurs sont époustouflants, est un véritable blockbusters avec un budget inférieur à 2,5 millions €. https://fr.wikipedia.org/wiki/De_la_Comédie-Française

De même, « Un grand raccourci », un premier long métrage de fiction, dont le budget est inférieur à …. 150 000€, a rassemblé des dizaines de milliers de spectateurs et s’avère une très bonne affaire pour son producteur et son distributeur, notamment parce que sa promotion a été innovante. https://siritz.com/cinescoop/instagram-fait-triompher-un-microbudget/

La baisse des financements

Mais il est clair que les sources de financement se sont taries pour les producteurs. Le chiffre d’affaire des chaînes en clair et les revenus des collectivités locales ont en effet diminué. Donc leurs investissements dans le cinéma. Quant aux ventes à l’étranger, la fréquentation cinématographique de la plupart des autres pays dépend avant tout des films américains. Or ceux-ci, jusqu’à cette année, ont fortement chuté. Seules les plateformes investissent un peu plus. Mais c’est marginal et leur programmation est moins diversifiée que celle des chaînes françaises.

D’autres sources de financement

Mais Cinefinances.info montre que des producteurs ont commencé à réagir en développant d’autres sources de financement. Car le prestige du cinéma, c’est à dire des films destinés aux salles de cinéma, est énorme. Le placement de produits est la plus traditionnelle de ces autres sources de revenu. Mais aujourd’hui sa force peut être décuplée par les réseaux sociaux. Et d’autres sources de financement apparaissent parce que le cinéma est une carte de visite de grande valeur pour les entreprises et les institutions.

La production de grands films étrangers

De même, la coproduction a toujours été une source de financement importante pour les producteurs français. Mais certains de nos producteurs ne se contentent pas d’être des coproducteurs. Ainsi, c’est un producteur français qui a produit en apportant 80% du financement le film « Un simple accident », tourné en Iran par un réalisateur iranien, Palme d’or du Festival de Cannes et lauréat des Oscars et des Golden Globes en 2025.https://fr.wikipedia.org/wiki/Un_simple_accident

Cette année, c’est un producteur français qui est le principal co-producteur du producteur délégué roumain de la Palme d’or, « Fjord », tourné en Norvège par un réalisateur roumain et qui vient de très bien démarrer en France.https://fr.wikipedia.org/wiki/Fjord_(film)

Donc, comme l’ensemble de l’économie à l’âge du numérique, le marché du cinéma change. Mais le cinéma français reste une industrie puissante. Il y a d’autres sources de financement pour les films . Et ils disposent de puissants moyens de promotion que l’on commence seulement à savoir utiliser.

« Un grand raccourci », qui vient de sortir, bouscule les méthodes traditionnelles de promotion des films et réalise des performances étonnantes.

Il fait partie de ces films français de fiction dont le budget est inférieur à 200 000 €. Il y en a chaque année https://siritz.com/financine/le-barometre-des-budgets-previsionnels-2025-24-23/

En règle générale, ces productions ne rassemblent au mieux que quelques milliers de spectateurs.

Cette année, selon la rubrique Classements de Cinéfinances.info, il y en avait déjà deux : « La petite graine », sorti le 15 avril dans 12 salles, a rassemblé moins de 2 000 spectateurs. « Comète », sorti le 15 juillet dans 51 salles, en a réuni moins de 7 000. L’année dernière, un film de cette catégorie n’avait attiré que 1 500 spectateurs.

Mais « Un grand raccourci » est sorti dans 100 salles et, dès sa première semaine, a dépassé les 27 000 entrées. Mieux encore : parmi les dix nouveaux films sortis cette semaine-là, il a réalisé le 6e meilleur nombre d’entrées par salle.

Cette comédie dramatique, qui bénéficie de bonnes critiques, est le premier long métrage d’Armand Foëx et Clément Devillers, qui avaient déjà réalisé ensemble deux courts métrages.

C’est également le premier film produit par Hector Belgodère-Soria, qui a créé sa société, Andromaque Films, en juillet 2025. Il a entièrement financé le film et a complété son investissement en prospectant le public potentiel de la région où le film a été tournée en lui proposant d’acheter des parts du film. Le distributeur UFO n’a versé aucun minimum garanti.

Hector Belgodère-Soria entre dans la production par la grande porte 

Compte tenu du très faible budget du film et de ses premières entrées, l’opération s’annonce donc déjà particulièrement favorable pour le producteur comme pour le distributeur.

Mais ce qui fait surtout de « Un grand raccourci » un véritable événement, c’est sa promotion : le film a été lancé essentiellement grâce à Instagram. Certes, Instagram est systématiquement utilisé pour la promotion de la plupart des films. Mais pour « Un grand raccourci » il a été utilisé de manière particulièrement novatrice.

Des vidéos devenues virales sur la fabrication d’un film

À travers des vidéos publiées au fil des mois, les deux réalisateurs ont raconté avec humour leurs pérégrinations pour parvenir à réaliser puis à sortir leur film. Ils expliquent notamment les difficultés rencontrées pour obtenir l’agrément, trouver un distributeur et accéder aux salles, tout en racontant de l’intérieur les règles et les contraintes de la production cinématographique française.

Ces vidéos sont devenues elles-mêmes une démonstration de leur talent. Elles ont mobilisé un public jeune qui s’est identifié aux réalisateurs, mais aussi au producteur, au distributeur et aux comédiens, tous réunis autour d’un même amour du cinéma. D’autant plus que la moyenne d’âge de tous ceux qui ont participé à la fabrication du film est de 24 ans. Ainsi, Instagram a fait triompher un microbudget.

Certes, 25 000 entrées la première semaine peut paraître peu. Mais c’est de plus 10 fois plus que tous les autres microbudgets. Pour la production l’investissement pourrait être rentable avec les seules recettes salles. Et, surtout, il est très possible que plateformes et chaînes vont vouloir acheter ce film qui plait aux jeunes.

« Un grand raccourci » montre ainsi qu’un film disposant de très peu de moyens peut aujourd’hui construire son propre public avant même sa sortie en salles. Et peut-être inventer, au passage, une nouvelle façon de promouvoir les films. Instagram a fait triompher un microbudget. Bien utilisé il peut faire triompher toutes sortes de films.

Chaque semaine, Cinefinances.info (https://cinefinances.info) le plan de financement et la répartition des recettes entre les partenaires de tous les films français qui sortent.

Vous pouvez aussi rechercher les interventions d’une chaîne, d’un distributeur, d’une SOFICA ou d’un vendeur international et voir quels films ils ont financé et à quelles conditions.

Avec Cinefinances Premium, vous retrouvez les films de budget comparable à celui de votre projet : qui les a financés, pour quels montants et avec quelles contreparties.

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