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L'édito de Serge
Serge Siritzki

LA FRANCE EST DROGUÉE AUX ASSIGNATS

Par Serge Siritzky

Il est à craindre que, pour le cinéma français et le cinéma en France, l’année ne se termine pas aussi bien qu’on était en droit de l’espérer.

Certes, l’offre de films reste toujours de haut niveau. Mais, entre ceux qui sont mobilisés dans les défilés, ceux qui craignent de tomber sur des casseurs ou des pilleurs et ceux qui sont collés sur les chaînes d’information ou les réseaux sociaux, les raisons de ne pas aller au cinéma sont multiples.

Et la situation a de fortes chances de s’aggraver. Car, faute du minimum de soutien au Parlement le gouvernement n’est pas en mesure de satisfaire les revendications de ceux qui manifestent.  Plus grave encore, sur l’ensemble de l’échiquier politique, aucune formation  pas plus que ceux qui manifestent ne donne l’impression d’avoir la moindre idées des réformes profondes qui pourraient véritablement résoudre les problèmes de notre pays.

Prenons un exemple qui illustre ce diagnostic.  Il y a encore quelques mois, alors qu’il n’était qu’un haut fonctionnaire, l’actuel ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray,  avait impressionné les exploitants de cinéma par la compétence avec laquelle il avait traité le dossier L’École au cinéma https://siritz.com/editorial/nouvelle-frontiere-pour-le-cinema/

Mais, aujourd’hui, en tant que ministre, comment peut-il mettre fin à l’usine à gaz qu’est effectivement Parcoursup ? Car le fait que des milliers de bacheliers ne sont affectés à un établissement d’enseignement supérieur qu’avec plusieurs mois de retard n’est qu’un scandale mineur comparé au fait que, chaque année,  la moitié des bacheliers issus de  Parcoursup  échoue à accéder à la seconde année. Or cette moitié est condamnée à échouer parce que la France a proclamé le dogme selon lequel 80% de chaque classe d’âge doit impérativement obtenir le bac. Et ils l’obtiennent, non pas parce qu’ils ont acquis le niveau nécessaire au suivi de l’enseignement supérieur, mais parce que le niveau du bac a été abaissé afin qu’ils soient presque certains de l’obtenir. 

Ainsi, fidèle à une vieille tradition française, depuis des dizaines d’années notre Éducation Nationale a fabriqué des Assignats. Des Assignats éducatifs.

Or, quel responsable politique français, pas plus que ceux qui manifestent d’ailleurs, ose rappeler cette évidence et proposer de modifier en conséquence l’ensemble de notre système éducatif afin qu’il se fixe comme objectif de donner à chaque enfant les moyen de réussir sa vie.

Et, malheureusement, cette mission fondamentale de l’État n’est pas la seule qu’il a choisi d’accomplir en fabriquant des Assignats, c’est à dire des monnaies de singe.

Donc, il est â craindre que , dans les semaines, voire les mois qui viennent, de plus en plus de Français vont continuer à revendiquer et à manifester puisque l’État sera incapable d’améliorer leur situation, non seulement parce qu’il n’en n’a pas les moyens mais parce qu’on ne parlera que des effets sans s’interroger sur les causes.

L’ensemble des activités économiques va donc de continuer à se détériorer et, malheureusement, le cinéma a toutes les chances de voir sa frèquentation se tasser.

À moins que la réalité ne finisse par être si déprimante que les Français choisissent de l’oublier en regardant de bons films. N’oublions pas que le cinéma n’a jamais aussi bien marché que sous l’occupation…

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