RÉDUIRE LES INVESTISSEMENTS DU CINÉMA
Par Serge Siritzky
Est-ce que, malgré son incontestable renouveau, le cinéma français pourra échapper à la catastrophe qui est en train de s’abattre sur l’économie française ? Car le projet de budget que vient de déposer le gouvernementvise à sauver les apparences d’une volonté de redressement de nos comptes publics, mais aggravera notre situation économique et, donc, le déficit de nos comptes publics, à moyen terme.
Faute d’avoir une majorité pour engager les réformes structurelles qui s’imposent il en est réduit â racler les fonds de tiroir pour présenter un projet de budget qui vise à stabiliser-pas à réduire-un déficit inacceptable. Son but est d’éviter, quoi qu’il en coûte, le défaut de paiement de la France.
Les Français sont bien conscients qu’il faut des réformes radicales. Mais ils ne veulent que des réformes immédiates qui ne feraient en réalité qu’aggraver la situation. Ainsi, la Cour des comptes vient de rappeler, en des termes suffisamment techniques pour que seuls les experts puissent les comprendre, que, sur ce déficit, qui est d’au moins 160 milliards €, 85 milliards € proviennent de l’insuffisance des cotisations pour couvrir les retraites des salariés et des fonctionnaires. Or il n’y a qu’une seule façon de réduire sinon de supprimer cette insuffisance de financement c’est d’augmenter le nombre de cotisants et de réduire le nombre de salariés. Mais 70 % des Français souhaitent que l’on aille dans le sens inverse. Il en est de même de toutes les mesures qui pourraient remettre en équerre nos compte s publics. Reste les expédients classiques qui s’attaquent aux effets mais pas aux causes.
Le cinéma et l’audiovisuel illustrent cette équation. Les mesures envisagées uront pour effet de réduire leurs investissements, donc la création de richesse, donc les recettes publiques. C’est le cas de l’augmentation de la TVA sur l’offre linéaire de Canal +, réduisant donc les ressources de la principale source de financement de la production cinématographique française. C’est également le cas de la réduction des ressources publiques de France Télévisions qui est le principal investisseur dans la production audiovisuelle française.
Par ailleurs, certains, au sein de l’État, envisageraient de ponctionner la trésorerie du CNC, qui, comme on le sait est en fait une épargne forcée des acteurs de l’audiovisuel qu’ils ne peuvent utiliser que s’ils investissent, donc créent de la richesse, donc génèrent des ressources publiques.
Certes l’État pourrait réduire, voire supprimer, l’abattement de 66% sur sa contribution au compte de soutien du CNC, dont bénéficient de ces deux secteurs. Mais, étonnamment, il semble que Matignon hésite à entériner cette proposition de Bercy.
Bien entendu, ses mesures, qui visent à réduire les investissements du cinéma, n’auront d’effet qu’à partir de l’année prochaine, à condition que ce budget soit voté, ce qui est loin d’être acquis.
Mais peut-être que la situation de notre pays sera si catastrophique que les Français se précipiteront dans les cinémas pour oublier leurs malheurs. Après tout, le cinéma a très bien marché sous l’Occupation.