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Il est est évident que les très mauvais résultats de la fréquentation cinématographique tiennent en grande partie aux changements structurels des comportements dans notre société du fait de sa numérisation https://siritz.com/editorial/les-films-qui-valent-le-deplacement/
Mais ces changements structurels ne conduisent pas inévitablement â une baisse de la fréquentation. Ainsi, dans l’industrie de la musique, la percée de Spotify et de son concurrent français Deezer n’a pas empêché le boom mondial des concerts. Aux États-Unis leurs prix d’entrée atteignent même parfois des prix astronomiques. Malgré l’i-phone et, peut-être même â cause de l’i-phone, jamais le besoin d’assister à un spectacle collectivement n’a été aussi fort. On le vit également dans le sport. Car  le spectacle dans un salle comme dans un stade procure une expérience émotionnelle unique par rapport à l’offre illimitée de distractions que l’on regarde seul sur son i-phone ou son téléviseur.
La cause principale de la baisse de la fréquentation est donc à rechercher dans l’inadéquation de l’offre. Celle-ci s’explique sans doute par la rapidité de la modification des attentes du public à la suite de la crise du Covid et du confinement. N’oublions pas que le cinéma a connu de nombreuses  crises. Ainsi, lors de l’introduction du parlant, une partie de l’industrie cherchait à rester au muet et  alors que l’autre ne voyait le salut que dans des opérettes à l’image du « chanteur de Jazz ».
En fait la  baisse de la fréquentation concerne essentiellement les salles et les distributeurs. Car, depuis la crise du Covid, la taille du secteur audiovisuel, dont le cinéma n’est qu’une composante, à explosé. De nombreux producteurs de cinéma sont parmi les principaux producteurs de séries. Et les emplois dans la production ont également explosé. Les plateformes, mais aussi You tube, ont considérablement élargi l’industrie par rapport aux chaînes de télévision linéaire.
Certes, il y actuellement un tassement, car les plateformes ont ralenti leurs commandes de séries. Mais les arbres ne montent jamais au ciel.
Ce qu’il ne faut pas oublier c’est que, à la différence de la production pour le petit écran, la production cinématographique est une industrie à risque, fondée sur l’innovation : quand les producteurs et les distributeurs ont vu juste, les profits sont considérables, couvrant largement leurs pertes. Ce principe est le moteur de l’économie du cinéma.

Le monde, à commencer par le monde de la culture, de l’audiovisuel et du cinéma, est en train de changer à la vitesse grand V. Une vitesse qui ne fait que n’accélérer et bouleverser tous les modèles économiques.  De nombreux créateurs s’en rendent compte et à juste titre, veulent agir.

Ainsi, la semaine dernière, 206 réalisatrices, réalisateurs et scénaristes ont signé une lettre ouverte pour encourager la création d’une plate-forme dédiée aux œuvres de télévision. Ils rappellent que depuis 2016 un accord interprofessionnel à été instauré pour obliger les producteurs à fournir leurs meilleurs efforts pour favoriser les diffusion de ces milliers d’oeuvre. Mais ils regrettent que les moyens matériels pour remplir cette obligation aujourd’hui.

La leçon  de Kaizen

Ce n’est pas tout à fait exact parce que L’INA a créé le site Madelen qui permet de regarder gratuitement 7 366 contenus, dont 1048 fictions et 298 épisodes de fiction. Ces diffusions sont financées par un abonnement de 2,99€ par mois. Mais elles sont consultables surtout sur ordinateur, tablette ou téléphone et quelques téléviseurs Samsung. Et il ne s’agit que d’œuvres dont l’INA a hérité des droits.

Bien évidemment, ces chiffres sont dérisoires comparés à ceux de Youtube qui est, du point de vue de la diffusion, de loin, la première chaîne en France et dans le monde (un milliard d’heures vidéos diffusées par jour dans le monde). Les programmes « vus » sont financés par de la publicité : en moyenne 18 € par 1 000 « vus », dont 68 % sont reversės au producteur ou à la chaîne. Ainsi ces derniers reçoivent entre 3 et 5 € pour 1000 « vus ». Rappelez-vous que le documentaire Kaizen a réalisé 22 millions de vus sur You tube. https://siritz.com/editorial/les-lecons-du-triomphe-de-kaizen/Donc le producteur de Kaizen a reçu entre 66 000 € et 110 000 € de Youtube.

Or, 2 jours avant le démarrage sur Youtube,  il avait ėté organisé 800 séances payantes  dans des salles de cinéma française, car voir l’ascension de l’Everest sur un grand écran au cinéma, même en payant, est autre chose que le voir même gratuitement chez soi sur son ordinateur ou téléviseur. Et ces séances avaient générées 310 000 entrées. Au prix moyen du billet, le distributeur avait donc dû facturer aux salles de cinéma aux   alentours d’un millions d’entrées…

Les enjeux de l’avenir

On voit que les médias traditionnels (cinéma et télévision) offrent encore des rentabilités sans commune mesure avec internet.Mais, compte tenu de la puissance de Youtube, il est certain qu’il sera très bientôt possible de regarder la plateforme sur tous les téléviseurs. Ce sera évidemment une énorme concurrence pour les chaînes. Mais aussi la possibilité pour les producteurs de diffuser directement leur production ou d’utiliser Youtube et les réseaux sociaux pour la promotion de leurs œuvres auprès des média traditionnels que sont la télévision et le cinéma. La qualification de chaîne TNT perdra de sa signification puisque n’importe qui pourra accéder à votre écran de télévision. L’Arcom va devoir élargir sa réglementation à tous les diffuseurs qui accèdent à votre téléviseur et le CNC leur ėtendre la taxe sur les services de télévision, actuellement payée seulement par les chaînes.

Les auteurs de fiction de télévision ont donc bien perçu en quoi ces enjeux sont en train de bouleverser le secteur audiovisuel. Mais les européens sont loin de posséder des plateformes qui soient autre chose que des nains  par rapport au géants américains.

Il est clair que, pour le cinéma, il y a la période avant covid et la période après covid. Et, partout dans le monde, la fréquentation de la deuxième n’a pas retrouvé celle de la première.

C’est dû principalement a une insuffisance de l’offre. Principalement celle des films américains, du fait de l’arrêt de la production pendant le covid puis du report de la sortie de films due à la grève des comédiens. C’est pourquoi le film américain qui, en France, faisait 55% de part de marché avant le Covid est tombée à 45%. Cette chute de 10% représente au moins 20 millions d’entrées sur une année pleine à plus de 200 millions d’entrées. À elle seule elle expliquerait pourquoi la fréquentation de 2023 se situera entre 180 et 190 millions d’entrées, en-deçà des 200 millions au minimum d’avant la crise sanitaire.

Mais la cause du recul semble plus profonde. Pendant le confinement les Français et les habitants du monde ont trouvé d’autres distractions que la sortie cinéma. Et, de ce fait, maintenant qu’elle est redevenue possible, ils sont plus exigeants. Les franchises qui reprennent les mêmes formules ont perdu leur attrait sauf à offrir beaucoup, beaucoup mieux. Et il n’y a plus de star qui garantisse un minimum d’entrées à un film.

En somme, une nouvelle fois, comme au cours de toute son histoire, le cinéma doit se réinventer.

En tous cas, il y a un point positif, c’est le poids que représente l’internet dans la promotion des films. C’est un peu comme quand le numérique a remplacé la copie pellicule pour la diffusion des films en salle. Ainsi le rôle qu’a joué TikTok dans le spectaculaire succès auprès des jeunes du film « Le consentement » , est impressionnant puisqu’il s’agit d’une promotion gratuite. De même, sur la chaîne You tube de Box office, la directrice générale de You tube France, Justine Ryst, donne des chiffres impressionnants : selon une étude Ipsos, 65% des moins de 35 ans regardent les bandes-annonces sur You tube et c’est ce qui leur donne envie d’aller voir des films en salle. Or, comme on le sait, le cinéma en France est de plus en plus un média de vieux et il est impératif de regagner les plus jeunes.

La vision de ces bandes-annonces de longs métrages est mesurée par Médiamétrie sur i-phone, tablette et ordinateurs. Sur téléviseurs connectés elle est mesurée par Comcast et c’est le deuxième média, derrière l’iPhone avec 20 millions de téléspectateurs par mois. Alors qu’il il a 41 millions de spectateurs qui regardent You tube chaque mois sur internet, la bande-annonce y étant l’un des contenus les plus regardes. À noter que ceux qui regardent les bandes-annonces sur leur téléviseur y passent deux fois plus de temps que sur internet. Et les bandes-annonces sur les documentaires sur le climat et les sujets de société cartonnent à la télévision.

En outre, les contenus complémentaires des bandes-annonces, tels les extraits de films, les interviews ou les castings sont également très regardés.

Or internet est gratuit. C’est donc un média qui peut être extrêmement puissant et gratuit. Quelle révolution encourageante pour le cinéma.

Bien entendu, il faut savoir l’utiliser. Et on ne peut vendre un film que les spectateurs n’ont pas envie d’aller voir. Mais qu’est-ce que les spectateurs ou des spectateurs ont envie d’aller voir ? C’est l’enjeu fondamental de chaque  film et du cinéma depuis qu’il existe.