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Un bilan positif même pour les finances publiques

Hier, Philippe Reynaert, son directeur général répondait aux questions de Siritz.com sur l’action de Wallimage, depuis sa création, il y a 20 ans.  Ces questions portaient surtout sur les objectifs et la stratégie de l’institution.  Voici le bilan chiffré  qu’il nous a fourni et qui expliquent comment cette région a bâti une véritable industrie du cinéma et de l’audiovisuel. Qu’elle est le devenu le principal partenaire de la France. Et que la qualité de ses productions est reconnue.

Sur 20 ans

Le premier Conseil d’administration d’investissement s’est tenu en mars 2000. Et, en Juin 2020, s’est tenu le 100ème CA d’investissements.

– Nombre de dossiers reçus :  plus de 1000

– L’équipe en a analysés   977

– Le Conseil d’administration en a retenu   486 (soit 49,74 %, donc presque un sur deux)

– 453 conventions ont été signées

– L’investissement global : 86.088.770 €

– Retombées en activité wallonne : 374.501.921 €

– Soit un taux sur 20 ans de  435 %

A noter que le taux de retombées entre 2015 et 2020 est de 537 %.

Bien entendu ces résultats sont positifs pour l’activité économique, l’emploi et pour le rayonnement culturel de la wallonie.

Mais, les études montrent qu’à parti d’une retombée d’activité de 300% en Wallonie, les recettes fiscales générées localement sont supérieures aux investissements de Wallimage.

Un tableau très parlant

Dans quelles types de production ?

–  303 longs métrages en prise de vue réelle dont  76 % fiction en prise de vue réelle

–   41 séries en prise de vue réelle

–   30 longs métrages d’animation  15% animation

–   36 séries d’animation

–   29 longs métrages documentaires     9% documentaire

–   14 séries documentaires

Avec quel rendement ?

– Animation 461 %. Investissement : 13.331.381 € Retombées:   61.449.011 €

– Fiction live 417 %.  Investissement : 55.693.743 € Retombées :  232.072.774 €

– Documentaire 376 %. Investissement :   2.096.920 € Retombées :     7.881.771 €

Et les Belges dans tout ça ?

– 192 productions d’initiative belge , soit  49,1 %.  Investissement : 31.501.029 €, soit 44,3 % ;  Retombées 120.019.282 €  soit 39,8 %

Les frères Dardenne symbolisent le cinéma wallon. Leur société de production Les films du Fleuve a un long partenariat avec Archipel 35 (Denis Freyd). Mais la difficulté croissante rencontrée en France pour financer « les films moyens » est un handicap pour ce partenariat si fertile.

– 199 productions internationales, soit 50,9 % Investis. Investissement  39.621.015 €, soit  55,7 % Retombées : 181.384.275 €, soit   60,2 %

Siritz.com : On arrive au 20ème anniversaire de la création de Wallimage et vous allez en quitter la direction. C’est le moment de faire le bilan de cette institution. Et, pour bien l’analyser, qu’est ce qui a amené les dirigeants de la région wallonne à la créer en 2000 ?

https://fr.wikipedia.org/wiki/Wallimage

Philippe Reynaert : Cela a été d’abord une longue maturation suivie d’un coup d’accélérateur. Cela a démarré, à la fin des années 80, avec « Le maitre de musique », de Gérard Corbiau. A l’origine c’était un téléfilm destiné à la RTBF. Mais il est sorti en salle  et a trouvé le chemin de grand public, au niveau mondial. Puis, dans les années 90, on a  eu chez nous une incroyable effervescence du secteur cinéma.  Presque chaque année on a eu des prix dans des festivals, comme « Toto le héros » de Jaco Van Dormael, caméra d’or à Cannes. Et toute la bande de Benoit Poelvoorde. Tous ces gens étaient basés en Wallonie. Un mouvement  s’est structuré autour du « Manifeste pour la culture Wallonne » qui comprenait aussi des gens de théâtre et qui demandait que la Wallonie apporte son soutien aux activités culturelles implantées dans  sa région.

Siritz.com : Mais quel a été le déclencheur.

PHR : C’est vraiment la Palme d’or que les frères Dardenne ont décroché au Festival de Cannes en mai 1999. Cela a eu un très fort impact sur tous les responsables politiques. Figurez-vous qu’il y a même eu une loi sur l’emploi des jeunes qui s’est appelé le « Plan Rosetta » ! Le ministre de l’économie wallonne de l’époque, Serge Kubla a alors décidé de créer Wallimage en janvier 2000. Sous forme de société anonyme de droit public, détenue par la région. Donc ça n’a pas trainé.

Siritz.com : Et  Wallimage a tout de suite commencé à fonctionner ?

PHR : Non. Il fallait encore faire des choix, comme, par exemple, le lieu du siège. Finalement c’est Mons qui a été choisi. Moi j’ai été engagé en novembre 2000. Le premier appel à projet a été lancé en février 2001.

Siritz.com : Les soutiens de Wallimage au cinéma devaient être sous forme de subvention ou en coproduction avec une part des recettes ?

PHR : C’est une SA. Donc elle a toujours agi en tant qu’investisseur avec un accès aux recettes. J’ai réussi à faire admettre par le fisc un tableau d’amortissement sur 7 ans. On fait les comptes film par film, année par année en comparant nos recettes à ce tableau. Et, dans la très grande majorité des cas la région nous fait chaque année un abandon de créance équivalent aux pertes actées.

Siritz.com : Depuis la création, combien la région a apporté ?

PHR : En 20 ans 85 millions €. Notre taux de remontée de recettes est plutôt bon par rapport à des organismes équivalents mais n’excède jamais 7à 8% par an. Mais, si la région continue à nous soutenir, c’est que  notre soutien, qui  a entrainé cette perte directe de 80 millions €, génère une activité audiovisuelle en Wallonie avec un taux de retombées sur 20 ans de 435%. C’est à dire que les 85 millions ont enclenché 375 millions € de dépenses en Wallonie. Et ces activités génèrent des impôts. Or, au-delà de 300% d’activité générées, les impôts prélevés sont supérieurs aux pertes de Wallimage.

Sur un plan macro-économique, nous sommes un mécanisme bénéficiaire pour la région.

Siritz.com : Est-ce que, tout de suite, des producteurs français sont venus en Wallonie pour y trouver un complément de financement ?

PHR : Non. J’ai fait le tour des maisons de production en France et, j’avoue que l’on m’a accueilli avec des sourires un peu ironiques.  Le premier film français qui a sollicité notre financement, c’est « Gangsters », le premier long métrage d’Olivier Marchal. Je le dis avec un peu d’émotion car Cyril Colbeau-Justin qui vient de disparaître a donc été le premier à croire en nous. J’ai un autre souvenir très fort de ces débuts difficiles, c’est ma première rencontre avec le liégeois Jacques-Henri Bronckart dont la société de production, Versus, n’avait encore produit que du court-métrage. Il vient me voir et m’annonce qu’ils veulent produire le premier long de Bouli Lanners. Comme j’avais peur de leur manque d’expérience, j’ai conseillé à Jacques-Henri de commencer par se positionner comme co-producteur sur un film français question d’« apprendre le métier ». Il s’est ainsi associé avec Euripide Productions pour « En Territoire Indien » qui s’est tourné dans la région de Spa et sur lequel ils ont rencontré toutes les difficultés possibles et imaginables, y compris le décès en cours de post-production de Daniel Toscan du Plantier ! Bref quand Jacques-Henri est revenu vers Wallimage avec le dossier de « Ultranova », le premier de Bouli Lanners, c’est avec un grand sourire qu’il m’a remercié pour « l’expérience formatrice »…

Siritz.com : Quand on regarde sur le site de Wallimage on voit que la société aide  spécifiquement les films d’animation et les films de genre. Qu’est ce qui vous a amené à cette stratégie ?

PHR : Ce sont des raisons différentes. Pour l’animation c’est parce que très vite on s’est rendu compte c’est un secteur fortement créateur d’emploi. L’animation fait appel à beaucoup de main d’œuvre et nécessite un travail long, en durée par jour et en nombre de jours. On a donc intensément formé des jeunes aux différents métiers de l’animation.

Siritz.com : Et les films de genre ?

PHR : Là, c’est parce qu’on s’est rendu compte qu’il y avait une demande des plates-formes et que celles-ci allaient représenter un gros marché. Le cinéma et, encore plus les chaînes de télévision, sont réticents à diffuser des films de genre. Les plates-formes, même si cela représente pour elle un marché de niche, il est mondial. Nous avons décidé de parrainer le marché international Frontière.

https://frontieresmarket.com/fr/

Et nous sommes devenus un acteur reconnu mondialement grâce au film qui est devenu culte et a eu un succès mondial,  « Grave ». 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Grave_(film,_2016)

Réalisé par la réalisatrice française Julia Ducourneau et coproduit par la société Belge Frakas, il a été tourné à Liège et a fait appel à de nombreux prestataires de notre région. Il faut dire qu’aujourd’hui le CNC a lui aussi un fonds pour soutenir les films de genre.

Mais nous restons imbattables en la matière !

http://www.fantasticwallonia.com/home.php?lang=fr

Siritz.com : Vous aidez aussi les entreprises.

PHR : Oui. C’était indispensable ! On partait de rien en Wallonie ! Il n’y avait pas d’industrie du tout. Or, pour bénéficier de notre soutien, les productions devaient réaliser des dépenses en Wallonie mais ne parvenaient à les effectuer qu’en engageant des personnes physiques, ce qui est vite limité financièrement. Et, personne ne pouvait lancer une entreprise uniquement pour un seul film. Les candidats à la création d’entreprise nous demandaient de leur garantir la commande de plusieurs films, ce que nous ne pouvions faire. Et puis, il fallait faire attention aux règles européennes condamnant la concurrence déloyale. Donc, pour amener du cash flow dans ces nouvelles boites et leur donner le temps de se développer, nous avons créé Wallimage Entreprises qui agit par achat de parts dans le capital ou en concédant des prêts pouvant, si la société ne pouvait les rembourser, se convertir en capital.

Siritz.com : Comment sont prises les décisions de soutien pour les coproductions ?

PHR : Il y a une équipe chez nous qui étudie les différents aspects d’un projet. Comme il y a aujourd’hui plus de demande que de soutien possible, ils les classent par ordre de préférence. Puis, c’est le conseil d’administration, composé de représentants des élus, qui tranche.

Siritz.com : Quand on regarde dans Cinéfinances.info on voit, dans les coproductions avec la Belgique, l’importance du financement par le Tax Shelter amenés par des sociétés comme Umedia ou Scope.

PHR : C’est vrai et ce système, très avantageux, nous est envié. A tel point que les Français ont créé leur crédit d’impôt pour le contrer. Lui aussi est très efficace. Mais cela n’a pas eu d’effet sur les films à gros budget de vos grands groupes qui peuvent cumuler Tax Shelter en Wallonie et crédit d’impôt en France. Mais cela en a eu sur ce que vous appelez les « films du milieu », qui sont souvent des films d’auteurs et l’apanage de vos producteurs indépendants. Or, pour ce type de films et de producteurs, les relations à long terme entre partenaires coproducteurs sont très importantes pour la créativité. Cette évolution est dommage pour la création et le CNC devrait le comprendre. 

Siritz.com : Parmi vos soutiens il y en a un qui est plus inhabituel, c’est le soutien au développement d’émissions de flux. Ce n’est pas vraiment de la culture.

PR : Là cela vient d’un ministre wallon, Jean-Claude Marcourt, qui nous l’a suggéré. Un jour il m’a dit : « Ce que vous faites est très bien, mais pourquoi n’aidez-vous pas la télévision ». Je lui ai répondu : « Mais nous aidons les séries, l’animation, les documentaires ». « Oui, mais pas la vraie télévision. ». Alors j’ai compris ce qu’il voulait dire. Il parlait de jeux, de talk shows, d’émissions de variété. Je lui ait alors expliqué que des émissions de flux étaient extrêmement chères et que nous n’avions pas les moyens de les soutenir. « Mais Endemol  aux Pays-Bas est un des principaux producteurs mondiaux d’émissions de flux. Or les Pays-Bas est un petit pays, comme la Belgique ». J’ai donc décidé d’étudier la question. J’ai été au Mip-TV et au Mip-Com et j’ai découvert que tout commençait par le pitch de pilotes. Financer le développement de 10 pilotes de flux coûtant moins cher que financer 1 épisode de The Voice nous avons opté pour cette formule… A ce jour, le succès est toujours mitigé car plus encore que pour le cinéma, le marché intérieur belge est largement insuffisant. Mais, maintenant nous entrons dans un partenariat avec le français Philippe Chazal et sa Fabrique de Formats.

PS : La semaine prochaine nous poursuivrons cette interview. Philippe Reynaert nous fera part de son analyse de l’impact des plates-formes S-Vod sur l’audiovisuel et de son expérience de la politique de celles-ci en Wallonie qui sera particulièrement éclairante pour les producteurs français.

Demain nous publierons, dans la rubrique FinanCiné les chiffres de 20 ans d’action de Wallimage qui illustreront la réussite de cette institution.