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A la différence de bien d’autres secteurs de notre industrie la France dispose d’un système de soutien au cinéma et â l’audiovisuel remarquable. Le problème c’est qu’un nombre croissant de responsables politiques n’ont pas la moindre idée de ses vertus. Ils affirment notamment que notre cinéma est largement financé par le contribuable, ce qui est totalement inexacte. Le pire c’est que ça n’est même pas de la mauvaise fois, mais bien de l’incompétence. N’oublions pas que notre dernier prix Nobel d’économie, Philippe Aghion, a expliqué qu’il avait été sidéré par l’incompétence économique de certains députés.
Ainsi, comme tous les professionnels du cinéma et de l’audiovisuel le savent, le compte de soutien au cinéma n’est pas financé par le budget général de l’État. C’est une partie de la recette des entreprises qu’elles ne peuvent utiliser que pour de nouveaux investissements. C’est donc une épargne forcée. Et c’est en plus, un droit de douane sur les films américains, puisque ceux-ci n’ont pas droit à cette recette. Comme ils représentent 50% de cette recette globale, cela permet de redistribuer aux entreprises françaises plus que leur recette et, donc, de gonfler leurs investissements. Et il est d’autant plus efficace qu’il n’est pas géré par l’État, mais par le CNC, qui fonctionne un peu comme la DARPA, l’agence américaine qui a permis à l’industrie des États-Unis de prendre une telle avance dans les nouvelles technologies.
Le compte de soutien un modèle pour notre économie
Ce qui est surprenant c’est que l’État n’ai jamais eu l’idée d’étendre ce mécanisme à d’autres secteurs de notre économie puisque l’économie moderne démontre que la croissance provient principalement des investissements dans de nouvelles technologies. Peut-être que si on avait créé un compte de soutien pour notre industrie automobile en obligeant les entreprises à investir leur épargne forcée dans de nouvelles technologies cette industrie de serait pas à ce point à la traine en matière de voiture électrique, au point de risquer d’être rayée de la carte.
270 000 emplois dans l’audiovisuel français
Une partie la la classe politique s’attaque par ailleurs au service public de l’audiovisuel-France télévisions et Radio France, mais aussi Arte – qui, lui est très majoritairement financé par le contribuable. Mais sa privatisation, comme certains le proposent, entraînerait la faillite des chaînes commerciales privées puisque la publicité télévisuelle, qui ne cesse de reculer au profit des réseaux sociaux et de Youtube, deviendrait alors totalement insuffisante pour les faire vivre. Et ce, bien que le compte de soutien s’applique aussi à l’ensemble de notre secteur audiovisuel. Et l’effondrement des chaînes de télévision entrainerait l’effondrement de la production audiovisuelle française.
Or le secteur audiovisuel dans son ensemble, comprenant le cinéma et l’audiovisuel, représente plus 270 000 emplois, c’est à dire presqu’autant que l’ensemble de la filière  automobile. Cela ferait bondir le chômage et  le déficit du budget tout en faisant plonger nos exportation.
Cela reviendrait en outre à livrer nos citoyens aux plateformes américaines et, surtout aux réseaux sociaux et à YouTube, au moment où l’on commence à se rendre compte à quel point elles constituent une menace pour notre cohésion sociale et qu’il est vital de fortement les encadrer. En défendant son modèle économique le monde du cinéma et de l’audiovisuel français a donc aujourd’hui un rôle politique essentiel à jouer dans le débat politique en France, mais aussi en Europe.

Deux députés, l’un de l’opposition (Jean-Jacques Gaultier, LR) l’autre de la majorité (Quentin Bataillon, Renaissance), viennent de remettre un rapport sur le service public de la radio et de la télévision. Ils proposent, notamment , la suppression totale de la publicité et du parrainage sur ce service public, ainsi que la création d’une holding regroupant France télévisions, Radio France et l’INA. Les présidentes de France télévisions et Radio France s’opposent à ces deux idées. Qu’en penser ?

LE RÔLE IRREMPLAÇABLE DU SERVICE PUBLIC DE LA TÉLÉVISION ET DE LA RADIO

Tout d’abord remarquons que ces deux députés font partie de ceux qui reconnaissent le rôle irremplaçable de ce service public. A l’heure du populisme c’est important. N’oublions pas que Boris Johnson, lorsqu’il était Premier ministre du Royaume-Uni, envisageait de privatiser la BBC. Selon-lui, un service public financé par une taxe n’avait plus aucun sens alors que le numérique et internet offraient une surabondance de contenus audiovisuels.

Or, cette offre numérique, notamment celle des GAFA, est aussi une menace pour nos médias nationaux puisqu’elle accapare une part croissante de l’attention des citoyens et des recettes publicitaires. Elle est surtout une menace pour nos démocraties puisque la majorités de ses contenus sont anonymes et peuvent véhiculer, en toute impunité, des fake news et des messages de haine. Elles ont joué un rôle déterminant dans le Brexit, l’élection de Trump et celle de Bolsonaro. Alors que les dirigeants de nos médias sont responsables devant les tribunaux de ce qu’ils diffusent. Il est donc impératif de protéger ces médias « traditionnels ».

L’ÉTAT A L’HABITUDE DE NE PAS  SE DONNER  LES MOYENS DE SES OBJECTIFS

En France où la télévision a commencé par être publique,  à la différence des télévisions publiques britanniques et allemandes, elle était entièrement soumise au pouvoir exécutif. Elle était, comme les autres télévisions publiques en Europe, financée par la redevance. Mais, là encore, à la différence des redevances de nos voisins, la notre était insuffisante pour financer notre service public. C’est une habitude de notre État qui, sous prétexte de bien gérer son budget, est de  pas se donner  les moyens de ses objectifs. Comme une entreprise qui serait gérée par son comptable. Résultat le déficit du budget de l’État est énorme, son endettement abyssal et notre balance commerciale est structurellement déficitaire.

Ainsi, pour compléter ce manque à gagner les ressources de notre service public provenaient aussi de la publicité. Ce qui réduisait les recettes des chaînes privées quand elles sont apparues.

La redevance a été supprimée. L’État a compensé ce manque à gagner par le versement d’une fraction de la TVA. Notons que le gouvernement a dit qu’il a supprimé un impôt , ce qui est faux. Comme pour la taxe d’habitation, il l’a compensé par un apport du budget de L’État. Il est vrai que, comme celui-ci est déficitaire, en réalité, il est compensé par une augmentation de l’endettement de l’État.

Mais cette compensation n’a été votée que pour deux ans. Pour aller au-delà il faudrait que le Parlement le permette par une loi organique. Celle-ci doit être votée par les deux Assemblées ou, si le Sénat la refuse, par une majorité absolue de l’Assemblée Nationale. Il y a des chances que ce soit le cas.

Pour compenser la perte de la publicité et du parrainage (456,8 millions € en 2022) ils proposent de taxer les GAFA, ce qui serait une assiette en expansion car leurs recettes ne cessent de croître. Cela pourrait renforcer progressivement le service public si, dès la première année, la perte de recettes publicitaires était compensée. Et si l’État n’en profitait pas pour réduire la quote-part de TVA.

Un des arguments pour cette nouvelle taxe est que la publicité perdue irait sans doute majoritairement vers les GAFA plutôt que vers les chaînes privées. Mais les recettes de ces dernières n’en augmenteraient pas moins.

Ce qui est important c’est de reconnaitre le rôle essentiel du service public dans le financement de la production cinématographique et audiovisuelle. Une production qui se différencie de celle du privée et assure la diversité de l’offre. Ce service public renforce aussi le pluralisme de l’information.

Autre proposition des deux députés : la création d’une holding chapeautant France télévisions, Radio France et l’INA. En fait, sous l’apparence d’une rationalisation du fonctionnement du service public de l’audiovisuel il s’agirait de la création d’une organisation supplémentaire, donc de coûts et de sources de conflit . Alors qu’il y a des tas de problèmes non résolus auxquels il serait temps de s’attaquer.