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A deux semaines de la fin de l’année il est clair que la fréquentation cinématographique française de 2025 est catastrophique. Elle se situera à plus de au-dessous de 15% de celle de 2024 qui, avec 181 millions d’entrées, était déjà à 10% en-dessous du niveau d’équilibre moyen de l’exploitation avant la crise du Covid.

L’effet sur les exploitants, les producteurs et les distributeurs.

La situation est avant tout catastrophique pour notre réseau de salles qui était le plus puissant d’Europe et l’un des plus performants au monde. Avec 25% de chiffre d’affaires en moins il est très en-dessous de son point d’équilibre. Pour les producteurs l’impact est moins important car le financement par les salles, à travers les minima garantis, ne représente qu’une part limitée, sinon marginale de leur financement. Et plusieurs d’entre eux, notamment parmi les plus importants, ont développé une activité de production de série qui à priori rentable.

En ce qui concerne les distributeurs le pourcentage de films qui ne couvrent pas leur minimum garanti et leurs frais a fortement augmenté. Les plus importants sont également producteurs, notamment de série, ce qui constitue un filet de sécurité. Mais ils devront réduire leurs minima garantis à venir, ce qui aura une influence sur la production de films. En tout cas, si le niveau de fréquentation devait rester à ce niveau , une partie des salles risque de disparaître, ce qui aura pour effet de consolider  la baisse de la fréquentation.

Les deux causes de cette chute de la fréquentation

En fait, comme on le sait, cette baisse de la fréquentation est mondiale. Elle est due à deux facteurs. En premier lieu le développement de l’audience des plateformes et des réseaux sociaux  depuis le confinement de la crise du Covid. Ces deux nouvelles source d’images occupe une part importante de l’attention des citoyens. Face à une offre d’images qui a explosé les spectateurs sont beaucoup plus exigeants par rapport à la qualité des films de cinéma qui méritent leur déplacement. Le second facteur est le recul du cinéma américain qui générait la très grande majorité de la fréquentation mondiale avant le Covid.

Ce recul a été masqué par la grève des comédiens et des réalisateurs américains ainsi que la fermeture des salles pendant le Covid. En effet, ces deux évènements ont retardé la sortie de blocbusters conçus avant eux. Ils ont été fabriqués et sont sortis après le Covid. Mais après la crise du covid la plupart des majors ont changé de stratégie. Ils ont privilégié le développement de leur propre plateforme, au point de ne protéger que mollement la vitale fenêtre d’exclusivité de la diffusion en salle. Et ils ont massivement investi dans la production et la promotion de séries, moteurs de l’audience et de l’abonnement de leurs plateformes. Bien plus, ils ont confier les scénarios, la réalisation et l’interprétation de ces séries à certaines des plus brillantes stars de leurs films de cinéma.

Beaucoup dépend beaucoup de l’avenir de Warner

Est-ce que les majors américaines vont faire évoluer leur stratégie et redonner au cinéma, c’est à dire aux films destinés aux salles, la place qui était la sienne avant la crise du Covid ? C’est possible si c’est Netflix qui réussit à prendre le contrôle de Warner. Possible, car, désormais le développement de l’attrait de sa plateforme va reposer essentiellement sur l’acquisition des droits sportifs, mais aussi sur la création de variétés et de jeux. Beaucoup plus que sur les superproductions unitaires de fiction. Ses concurrents sont désormais les chaînes de télévision et, surtout YouTube. Si Netflix décidait de tout faire pour amortir le réseau de distribution de Warner et opérait ce retournement, il est probable que les autres majors suivraient. Mais rien ne garantit que Netflix opérera ce retournement.

Donc, pour sa survie, il est clair que  l’industrie cinématographique française doit apprendre à ne plus se reposer sur le cinéma américain. Comme les pays de l’Union européenne sont en train de l’apprendre pour leur défense à propos des États-Unis. Il se trouve que, à la différence du reste de son système économique, le système économique du cinéma français est l’un des plus remarquables d’Europe et du monde. Si les Français trouvent le moyen de compenser le recul du cinéma américain, il y a des chances que les autres pays de l’Union européennes les suivent.

À la profession de prendre l »initiative

Il est donc urgent de remettre à plat notre système pour l’adapter à la nouvelle situation. Il est vrai qu’aujourd’hui il ne faut pas compter sur le pouvoir politique pour en prendre l’initiative. Bien plus, la totale incompétence de l’extrême droite et d’une partie de la droite en la matière a de quoi inquiéter. A la profession donc de prendre l’initiative de cette réflexion. Comme dans le domaine des nouvelles technologiques les pistes existent. Elles nécessitent audace et volonté. En tout cas, nous avons la chance d’avoir à sa disposition le CNC qui, dans le domaine du cinéma et de l’audiovisuel, est une  administrations particulièrement compétente.

Le séisme que représente la vente du groupe Warner est loin d’être terminé. https://siritz.com/editorial/netflixwarner-menace-ou-espoir/À la surprise générale, son conseil d’administration avait choisi une offre d’achat de Netflix pour 27,75 $ par action et un montant total de 82,7 milliards $. L’opération devait encore être autorisée par la Fédéral trust commission qui risquait de tiquer sur le rapprochement HBO Max, la troisième plateforme américaine et mondiale, avec Netflix, qui est, de loin, la première. Mais, voici que le groupe Paramount Skydance, associé au fonds d’investissement du gendre du président Trump, à un fonds du Quatar et à un fonds d’Abu Dhabi propose directement aux actionnaires de Warner de racheter leurs actions pour 30 $ par action et un total de 108,4 milliards $.
La bataille Paramount/Netflix ne fait que commencer
Il semble difficile au conseil d’administration de rejeter cette offre purement et simplement. S’il le faisait des actionnaires de Warner pourrait saisir un tribunal pour l’obliger à le faire. Il faut dire que les deux offres ne portent pas sur le même périmètre puisque celle de Netflix ne comprend pas les chaînes du câble de Warner. Celles-ci sont bénéficiaires mais en perte de vitesse. Le conseil d’administration de Warner a sans doute l’intention de les vendre. Quel est leur prix ? A priori elles n’intéressent pas Netflix, mais, pour contrer l’offre de Paramount il pourrait décider de les racheter, quitte à les revendre ensuite, pour augmenter son prix et dépasser celui de Paramount.
Mais pour Paramount ces chaînes ont une valeur « politique » considérable : elles comprennent CNN, la chaîne d’information continue que le président Trump estime son « ennemie ». Or les propriétaires de Paramount, comme leurs partenaires dans ce rachat, sont des soutiens  avérés du président et de ses affaires, qui, en contrepartie, est un soutien de leurs affaires.
Du point de vue du cinéma Paramount affirme que ce rachat lui permettra de devenir la première des majors du secteur  en distribuant 30 films par an. Ce qui est certain c’est qu’il fusionnera les deux réseaux de distribution, licenciant la moitié du personnel. Il sera alors peu probable qu’il produise et distribue 30 films par an. C’est ce que nous rappelle rachat passé de MGM et de Twenty Century Fox. A En revanche, il serait irrationnel pour Netflix de racheter le réseau de distribution mondial pour le supprimer. Et, s’il le conserve, il lui faudra continuer à produire les films nécessaires pour le rentabiliser. Bien entendu, cela suppose que la major soit dirigée par des responsables capables de produire de tels films.
L’effondrement du cinéma américain
Mais la conflagration que représente ce rachat ne doit pas nous faire oublier le vrai problème du cinéma mondial et qui tient à l’effondrement du cinéma américain. Jusqu’à la crise du Covid, celui-ci était le moteur du cinéma  en salle. Même en France, qui était, de loin, le premier producteur européen, les films américains réalisaient plus de la moitié des entrées. Or, depuis le Covid, toutes les majors, sauf Sony, ont lancé leur plate-forme. Et, pour favoriser le développement de celle-ci,  elles ont  choisi de réduire à 45 jours la fenêtre d’exclusivité des salles. N’oublions pas que, depuis 1948 les majors n’ont pas le droit de posséder des salles de cinéma aux États-Unis. Au contraire, en France, les 3 principaux réseaux de salles de cinéa-Pathé, UGC et CGR-sont aussi parmi les principaux distributeurs et producteurs. C’est pourquoi le cinéma Français est uni pour protéger le cinéma en salle en imposant des fenêtres d’exclusivités conséquentes. Et c’est ainsi que l’année dernière, les films français ont cumulé une fréquentation cumulée record, compensant en partie la forte chute des fins américains.
Ce qui est à noter c’est que les autorités américaines ont interdit aux majors de posséder des salles pour qu’elles ne faussent la concurrence en leur réservant leurs films. Mais elles leurs permettent de réserver l’exclusivité de leurs films à leurs plateformes.  Au contraire, en France, les circuits de salles n’hésitent pas à exploiter leurs films dans les salles de leurs concurrents. En somme, si Netflix veut développer le chiffre d’affaires de sa société de distribution aux États-Unis il a intérêt à réserver l’exclusivité de la diffusion de ses films à ses plateformes, mais en allongeant la fenêtre d’exclusivité de leur diffusion en salle.
Autre cause de la chute mondiale de la fréquentation : une partie des meilleurs réalisateurs et des stars du cinéma mondial se sont lancé dans des œuvres (séries ou films) destinées aux plateformes. Leurs œuvres manquent donc au cinéma et ils n’ont pas été remplacés. Quel que soit l’avenir de Warner, celui du cinéma dépend de la réponse que les américains donneront à ces deux évolutions. Ou de la capacité d’autres pays à remplacer la production américaine. En somme on navigue du séisme Warner à la crise du cinéma.
Le rachat du groupe Warner par Netflix, pour le prix énorme de 83 milliards $, est évidemment un tournant dans l’histoire du cinéma et de l’audiovisuel mondial.
L’obstacle de la famille Ellison et de Trump ?
Ce rachat comprend le studio de cinéma, la plate-forme HBO Max, D.C. studios (Superman) et W Games (jeux vidéo). Netflix décroche ce rachat au nez et à la barbe de deux autres géants de Hollywood, Comcast-Universal et Paramount. Le récent propriétaire de Paramount est David Ellison, le fils de Larry Ellison, propriétaire d’Oracle, un des premiers groupes du monde et une très proches de Trump. Tous deux affirment qu’ils feront interdire ce rachat par les autorités anti-trust américaines qui, comme toutes les institutions jusque là indépendantes des États-Unis sont désormais à la botte du président Trump. C’est possible, mais pas certain, car, depuis qu’en novembre dernier les républicains ont perdu toutes les élections partielles (gouverneurs, parlementaires, maires) qui ont eu lieu un peu partout aux États-Unis, un vent de fronde commence à s’élever contre le président au sein des parlementaires républicains. Certes l’autorité antitrust estime qu’un groupe est en position dominante s’il contrôle 30% du marché. Or ce serait pratiquement le cas de Netflix et de HBO MAX sur le marché des plateformes. Néanmoins, le nouveau groupe  ne manquera pas d’avancer qu’il ne sera pas aussi puissant que le groupe Youtube en terme d’audience.
Par ailleurs, alors qu’Universal ou Paramount n’auraient pas eu besoin du réseau de distribution de Warner qui aurait donc disparu, Netflix s’engage à maintenir la distribution cinéma de Warner jusqu’en 2029 et donc à maintenir cet acteur essentiel de la distribution mondiale.
Abandon ou non de la distribution en salles
Mais le monde du cinéma n’oublie pas que Netflix a toujours été résolument pour la diffusion de films simultanément en salle et sur sa plate-forme, ce qui condamne la fréquentation cinématographique de ces films à être marginale. Néanmoins, en payant cet énorme prix pour acquérir une major du cinéma le groupe Netflix semble manifester son intention de se diversifier. Il devient bien plus que la première des plateformes. Or l’économie de la diffusion des films en salle repose sur l’exclusivité. Quand sa seule activité était d’exploiter une plateforme, les salles et les festivals de cinéma n’étaient que des outils de promotion de ses contenus. Mais il a déjà une fois radicalement changé de stratégie. Ainsi, il était catégoriquement contre le financement de sa plateforme par la publicité avant de s’y rallier. A-t’il racheté fort cher l’un des principaux réseau mondiaux de distribution en salle pour le passer par pertes et profits et n’en conserver que le catalogue ? Ne va-t’il pas tenter de fabriquer des blockbusters qui vont lui permettre de rentabiliser, et donc de valoriser cet outil ? Or, pour amortir ces blockbusters et ce réseau il lui faudra choisir de diffuser ces films en exclusivité dans les salles. Dans ce cas Netflix ou HBO Max auront ensuite l’exclusivité de la diffusion sur plate-forme de ces blockbusters.
Ted Sarandos, le génial propriétaire de Netflix, a inventé la première plate-forme. Mais si celle-ci s’est imposé, comme, de loin, la première d’entre elles, c’est aussi qu’il a su l’alimenter par des séries  exceptionnelles. Logiquement ne devrait-il pas tenter de faire de même dans le cinéma en salle? Le moins que l’on puisse dire c’est qu’à part Disney la créativité des studios américains s’est effondrée. Pour renverser la situation ils ont besoin d’un choc. A juste titre le rachat de Warner par Netflix fait trembler le monde cinéma. Mais peut-être le nouveau Warner va-t’il apporter aux films cinéma le renouvellement dont ils ont tant besoin en cette période de crise aigüe du secteur. Netflix + Warner : menace ou espoir ?

Il est clair que l’Intelligence Artificielle va bouleverser nos vies. Elle a déjà commencé à le faire avec les fake news qui fleurissent sur les réseaux sociaux. Elle va également bouleverser l’activité économique. Les industries du cinéma, de l’audiovisuel et de la musique sont évidemment particulièrement concernées. Cinéma, audiovisuel, musique : l’IA est là.
Comme l’a démontré le passionnant « think tank » juridique la COMINA*, organisé les, audio 30 avril dernier, certaines de ses applications sont déjà impressionnantes.
Lors de leur grève à Hollywood en 2023 les guildes de comédiens et de scénaristes ont obtenu l’encadrement de l’utilisation de l’IA. Mais ils ont également prévu que l’image et la voix des comédiens puissent être numérisées afin que les films et les séries puissent être doublées dans toutes les langues du monde. Désormais l’IA (avec Respeecher, EkeventLabs ou Papercut) permet en effet de reproduire une voix dans une autre langue en maintenant les intonations et en synchronisant les mouvements labiaux des lèvres. Néanmoins, il faudra au moins un adaptateur par langue, voir par pays, parce que, pour ne prendre qu’une exemple, une réplique qui est très drôle dans un pays peut ne pas l’être dans un autre En tout cas  cela va à la fois permettre de baisser sensiblement les frais d’édition par territoire  et conduire à la disparition de la profession de comédien de doublage.
Autre bouleversement :  des agences américaines comme CAA « numérisent » leurs artistes. Grace à quoi, ceux-ci peuvent autoriser leur producteur, au cas où un accident ne leur permettrait pas de terminer le tournage d’un film, de le  terminer avec ce clone numérique que l’on ne peut distinguer de l’artiste lui-même. Cela permet, entre autre, de réduire les frais d’assurance. Mais pourra peut-être permettre aussi de stopper le vieillissement d’une star si celle-ci y consent….
Plus incroyable encore, Netflix a réalisé un film entièrement par IA, sans que la moindre image ou le moindre son soit tiré d’une œuvre ou d’un comédien existant. Au cours du think tank la bande annonce de « Maharaja Denim » a été diffusée. Ce film spectaculaire à la Bollywood a été entièrement réalisé par IA, sans le moindre droit à payer.De même,  la Comina a diffusé une chanson entièrement créée par IA, via SUNO, sans clonage d’œuvre existante.

*La COMINA était animée par maitre Gérald Bigle, avec maître Florence Ivanier. Maître Isabelle Laratte y a fait une présentation des enjeux juridiques et des solutions dans le monde. Les participants étaient des juristes, des producteurs et des interprètes.

Après la plate-forme de S-vod Netflix c’est Amazon Prime vidéo qui attaque l’arrêté entérinant l’accord entre le cinéma et Disney +, autorisant cette dernière à diffuser les films de cinéma 9 mois à partir de leur sortie en salle.
Les obligations d’investissement dans les films de cinéma français et européens des chaînes hertziennes  ainsi que leurs fenêtre dans la chronologie de diffusion des films sont fixées par décret. Ainsi,  chaînes hertziennes gratuites peuvent diffuser les films qu’elles ont préfinancés 22 mois après leur sortie en salles et les autres 30 mois. La fenêtre de Canal +, qui est, de loin le premier pré-financeur des films français, se situe à 6 mois.

                                                                        La chronologie des médias
Pour les plateformes ces obligations sont fixées à la suite d’un accord entre la profession du cinéma et chaque plateforme. Faute d’accord, une plate-forme de S-vod peut diffuser les films 17 mois après sa sortie en salle.
Netflix est la première plate-forme à avoir signé un accord avec le cinéma ce qui lui a permis d’avancer sa fenêtre de diffusion à 17 à  15 mois. Disney + vient de signer un accord qui avance sa fenêtre à 9 mois. Canal + a très mal pris ce dernier accord qui ne lui donne que 3 mois d’avance alors qu’elle investit 160 millions € dans la production française et européenne, bien au-delà de l’obligation fixée par décret, qui n’est que de 110 millions €. Elle a pourtant renouvelé son engagement pour 3 ans. https://siritz.com/editorial/accord-audacieux-mais-risque-avec-disney/Mais Netflix estime qu’il n’y a aucune raison que la fenêtre de Disney+ se situe 6 mois avant la sienne, alors que Disney+ n’investit que 40 millions dans la production tricolore, soit 20% de moins que Netflix. Quant à Amazon Prime Vidéo, certes, à ce jour, elle investit beaucoup moins dans le cinéma que Netflix et Disney +. Sa plateforme n’est d’ailleurs qu’un complément du gigantesque service Amazon. Mais, compte tenu de la taille du groupe, ses investissements dans le cinéma, comme dans l’audiovisuel, pourraient exploser. A titre d’exemple, rien que son pré-achat de « Ma mère, dieu et Sylvie Vartan » est tout de même de 4,5 millions. Il est vrai que celui de Netflix dans  « Natacha (presque) hôtesse de l’air » est de 4,8 millions €. N’oublions pas que plusieurs de ces plateformes font partie des Maga qui sont plus puissants que des États.

                                         Des règles du jeu communes à toutes les plateformes
Il est donc temps que, comme la France l’a fait pour les chaînes hertziennes, elle mette en place des règles du jeu communes à l’ensemble des plateformes.
N’oublions pas que nous sommes sortis de l’ère du hertzien. La S-vod est un parmi les innombrables services accessibles par wifi. Et, le wifi permet le replay qui change les modes de consommation : dès le premier jour de sa diffusion un spectateur peut regarder tous les épisodes d’une série. De même, il peut regarder un film bien après cette première diffusion.

                                      Se poser une question fondamentale
Cette révolution oblige les professionnels du cinéma à se poser une question fondamentale : qu’est-ce qu’un film de cinéma ? qu’est-ce qu’un film pour la salle de cinéma ? Qu’est-ce qui fait qu’on est disposé à se déplacer pour aller le voir en salle alors que, dans quelques mois, on pourra le regarder tranquillement, chez soi dans un fauteuil ou dans son lit, le jour et à l’heure que l’on veut ? Par ailleurs, n’oublions pas que certains Mega estiment que la sortie en salle n’est qu’un outil de promotion parmi d’autres de leur plateforme.
Rappelons-nous que, dans les années 80, la fréquentation cinématographique en France est passée en 10 ans de 213 à 116 millions de spectateurs parce que les professionnels du cinéma ne s’étaient pas posé les bonnes questions ou s’étaient donné les mauvaises réponses.

Fin janvier les organisations professionnelles du cinéma (Blic, Bloc et Arp) ont signé un accord avec le S-vod Disney+, augmentant la participation . de celui-ci au financement des films français de 17 à 38 millions par an, pendant l es trois prochaines années. En contrepartie, Disney + pourra diffuser tous ses films (y compris évidemment les films Disney) 9 mois après leur sortie en salle au lieu de 17 mois. HTTPS://siritz.com/editorial/accord/audacieux-mais-risque-avec-disney .
Évidemment, le groupe Canal+, qui est, de loin la principale source de financement des films français, avec 220 millions€ par an, à travers ses trois chaînes à péage (Canal+, Ciné + et Orange) manifestait sa colère. Car il n’avait plus que 3 mois d’avance dans la chronologie de diffusion des films pour un apport 5,7 fois supérieur. Il menaçait de faire subir au cinéma français le sort qu’avait subi la Ligue française de foot-ball quand elle lui avait été infidèle, ce qui l’avait conduit à la grave situation financière dans laquelle elle se trouve aujourd’hui. On parlait d’une réduction de 50% de son apport à l’occasion de l’actuel renouvellement de son accord avec le cinéma.
Les professionnels du cinéma français estimaient qu’il n’en serait rien et leur objectif était, en augmentant l’apport des plate-formes américaines, de moins dépendre d’un seul partenaire.
Finalement ils ont eu raison. Pari gagné pour le cinéma : Canal + estime que le cinéma, et notamment le cinéma français, est un élément essentiel de son ADN. Le groupe, qui conserve sa première place dans la chronologie des médias, vient certes de réduire son apport annuel pour 3 ans à 160 millions par an. Mais le cinéma français estime que ce recul sera en grande partie compensé par l’augmentation des apports des S-vod : déjà 19 millions par Disney +, puis, sans doute des montants du même ordre par Netflix et Prime vidéo (Amazon). En contrepartie, dans les diffuseurs à péage, les producteurs auront désormais quatre sources de financement potentiels.
A noter que Disney + a augmenté son préfinancement des séries françaises dans les mêmes proportions que celui des films. Or les producteurs et créateurs des films français sont aussi ceux de nombreuses séries françaises. En revanche l’apport des chaînes gratuites (coproduction et pré-achat) va sans doute diminuer du fait de la réduction de la subvention de l’État à France télévisions et de celle des ressources publicitaires des chaînes, du fait de la concurrence des réseaux sociaux.

Les organisations professionnelles du cinéma (Blic, Bloc et ARP) viennent de signer un accord historique avec le service de S-vod Disney +. Celui-ci va passer ses investissements dans les films de cinéma et les œuvres audiovisuelles français de 20 à 25% de son chiffre d’affaires. Son investissement annuel dans l’acquisition de films français va être multiplié par 2,4, passant de 17 millions € en 2024 à 38 millions €. Et, les 70 films qui seront désormais acquis par an respecteront des règles de diversification de budget et de genre. En contrepartie, Disney + ne diffusera plus les films 17 mois après leur sortie en salle mais seulement 9 mois.
Chez le groupe Canal + c’est évidemment la consternation et la colère. Lui qui a, en effet, avait acquis un quasi-monopole sur les chaînes à péage en France, a toujours été, avant tout le groupe de « la » chaîne (Canal +) et « des » chaînes (OCS et Ciné +) du cinéma en France. A cette fin il investit chaque année 220 millions € dans le préachat de films français. A noter que l’ensemble des chaînes et services de S- vod a investi en 2023 383 millions € dans le préfinancement des films français, dont une partie en tant que coproducteur, (donc avec un partage des recettes), soit 34% de l’ensemble des sources de financement. Les chaînes du groupe Canal ont donc à elles seules investi 58% de cette somme et uniquement en préachat.
Selon Cinefinances-info*, en 2024 , Canal + et OCS ont pré-acheté 96 films, ces pré-achats étant presque toujours complétés par des pré-achats de Ciné+. Et il faut ajouter à cette liste ceux que Ciné+ avait acheté seul. A titre d’exemple, pour le préachat du « Comte de Monte-Cristo » Canal + a mis 3 424 000 € et Ciné + 321 000 €. https://siritz.com/cinescoop/et-de-trois-alexandre-dumas/ C’est presqu’autant que la totalité de ce que Disney + s’engage désormais à investir. Mais Canal+ a investi aussi dans de nombreux films à budget moyen et même 120 000 € dans « Highway 65 », la coproduction franco-israélienne de Maya Dreifuss, dont le budget est de 1 million €.
En contrepartie de ces énormes investissements, Canal + avait, au fil des années, obtenu une fenêtre dans la chronologie de diffusion des films de 6 mois après la sortie en salle. Et, soudain, Canal découvre qu’avec un engagement annuel de 38 millions €, soit 17 % du sien, la fenêtre de Disney + ne se situe plus que 3 mois après la sienne.
Le cinéma s’offre-il l’occasion, comme le suggère Caroline Sallè, dans Le Figaro, de « renforcer la concurrence entre diffuseurs audiovisuels payants et de réduire sa dépendance à l’égard de Canal + ? » Cela suppose que Canal+ se doit de rester « la » chaîne du cinéma qu’elle est.
Mais le même article du Figaro rappelle que, jusqu’en 2018, la retransmission des matchs de la Ligue 1 de foot-ball était l’autre moteur des abonnements de Canal+. La Ligue Française Professionnelle  avait alors pensé augmenter ses recettes en transférant ses droits au diffuseur à péage sino-espagnol Médiapro qui avait renchérit à 1,1 milliards €. La chaîne cryptée aurait pu couler. Or, elle a réussi à se « désensibiliser » du foot-ball français, en re-configurant entièrement son offre de sport grâce à la Champion’s league européenne de foot-ball, au championnat de foot-ball anglais, au Top 14 de rugby, à la Formule 1de course automobile.  Mediapro a disparu et les droits de la LFP que diffusent désormais DAZN et BeIn sport, sont tombés à 500 millions €. La LFP est financièrement en difficulté.
Selon son président, Maxime Saada, lors d’une audition au Sénat, Canal + serait en train d’étudier un retournement aussi spectaculaire avec le cinéma. Ses apports annuels pourraient très vite être réduit de 50 millions € en transformant le chaîne Canal+ en deux chaînes, une chaîne avec cinéma et une chaîne avec sport. En outre, n’oublions pas que la chaîne a décidé de quitter la TNT et se positionne désormais comme une plate-forme internationale avec plus de 22 millions d’abonnés. De toute façon elle doit se reconfigurer. Peut-être Maxime Saada bluff-t-il. Mais s’il ne bluff pas ….

Mais alors que l’on suit les réactions de Canal+, une autre plate-forme, Netflix, qui est le principal concurrent de Disney+,  va probablement réagir. Sa fenêtre se trouve à 15 mois, donc, désormais, largement derrière Disney+.  Or, il a investi 17,3 millions € dans le pré-achat des films français sortis en 2024. Il a notamment  préacheté « Les chèvres » 6 millions €, https://siritz.com/?s=Les+chèvres&cat=cinescoop« Chien & chat » pour 4,575 millions €, https://siritz.com/cinescoop/a-la-fois-live-et-animation/ , « Bolero le Mystère Ravel » pour 2,5 millions € https://siritz.com/cinescoop/vers-un-nouveau-succes-du-bolero-au-cinema/.Il serait étonnant qu’il ne cherche pas à, au moins, avancer sa fenêtre à 9 mois, en échange d’une augmentation de ses investissements. Les 50 millions de baisse de Canal+ pourraient alors être pratiquement compensés.

En tout cas, le cinéma a passé cet accord audacieux et risqué avec Disney au moment où l’État a diminué de 200 millions € son apport à France télévisions et où les recettes publicitaires de toutes les chaînes en clair reculent. Leurs investissements  dans les oeuvres, et, notamment le cinéma, tout comme leur contribution au compte de soutien, vont donc également reculer. Le cinéma français a pris des couleurs 2024. Ses films risquent d’être  plus difficiles à financer en 2025.

*www.Cinefinances.info est un site, accessible par abonnement, destiné aux professionnels du cinéma.  Il publie le budget, le plan de financement et la répartition des recettes de tous les films français qui sortent (hors les films « sauvages » qui ne déposent pas leurs contrats au registre public et ne demandent donc pas l’agrément qui leur permettrait d’accéder à l’aide du CNC). Il dispose d’un puissant moteur de recherche multicritères et de 15 ans d’archives.

Le coup de théâtre de la décision de sortie des chaînes payantes de la TNT par le groupe  Canal+ ne fait que confirmer que l’audiovisuel est entré dans une nouvelle époque. Le groupe présente son choix comme une réponse à deux  décisions de l’État à son égard : d’une part, celle de l’Arcom de ne pas renouveler la fréquence de C8, du fait de manquement répétés (31) à ses obligations et à la loi ; d’autre part, celle du ministère des finances d’estimer que son taux de TVA ne doit pas être de 10%, comme c’est le cas pour les biens et services culturels, mais de 20%, car le groupe serait avant tout un agrégateur de services audiovisuels, comme le sont les plateformes américaines. Et, à ce titre, Bercy lui réclamerait, selon l’Informé, le coquet arriéré de 655,6 millions €. Cette décision de Bercy va évidemment être contesté par le groupe devant le tribunal administratif, d’autant plus qu’elle arrive au moment de  l’entrée de celui-ci en bourse.

Le non renouvellement de la fréquence de C8 est loin d’être une catastrophe pour Canal +, tout d’abord parce que la chaîne est déficitaire. Par ailleurs, le groupe peut très bien reprendre sur sa chaîne CStar l’émission « Touche pas à mon poste » de Cyril Hanouna, pour laquelle C8 a ėté sanctionnée. Quand à Canal+, les abonnés qui la reçoivent en hertzien ne représentent que 1% de tous ses abonnés et la diffusion hertzienne terrestre lui coûte 20 millions € par an. Plusieurs autres modes de diffusion, moins coûteux peuvent lui être substitués.

Qui va occuper le canal 4 ?

En fait, la décision de Canal + souligne que désormais, par le numérique, on peut recevoir un nombre illimité de chaînes du monde entier. Bien entendu, une question essentielle est de savoir qui va occuper le canal 4 jusque là occupé par Canal +. A qui l’Arcom va-t’il l’attribuer ?  Mais peut-on imaginer qu’Orange, SFR, Free et Bouygues acceptent que Canal + et ses 10 millions d’abonnés, en France et ses programmes en clair, soit relégués au fin fonds de son classement et que l’on ne puisse plus y accéder rapidement en un ou deux clicks ? Il est plus que probable qu’ils vont lui trouver une place de choix dans leur offre.

Rien à craindre pour le cinéma

De même, Canal, dont sa convention avec le cinéma arrive à échéance à la fin de l’année, est, de loin, le principal financier de la production de films français dans laquelle  il investit 210millions € par an. Ce qui, soit dit en passant, est plus que son engagement vis à vis de la profession, qui n’est que de 170 millions €. En contrepartie, de cet apport la chaîne peut diffuser les films de cinéma 6 mois après leur sortie en salle, contre 15 ou 17 mois pour les plate-formes américaines. Ce qui lui permet d’être « la » chaîne du cinéma, image qu’elle n’abonnera à aucun prix à Netflix ou Disney+. Le cinéma n’a donc pas à s’inquiéter.

Les grands groupes de tv sont tous des agrégateurs de programmes

En revanche, l’analyse du ministère des finances est très importante. Elle indique bien que l’audiovisuel est en train d’entrer dans une nouvelle phase de son histoire. Car si, avec la généralisation des replays,  le groupe Canal serait devenu avant tout un agrégateur de programmes, la vérité c’est que tous les grands groupes français de télévision, privés comme publics, le sont devenus aussi. Certes, ils sont gratuits. Et, d’autres chaînes thématiques françaises payantes développent le replay. Bien entendu ce  différentiel de tva avait surtout pour but de pénaliser les plateformes géantes américaines. Mais est-ce qu’un programme n’est plus culturel si on le regarde en replay ?

La plateforme Netflix commence à être un acteur important de notre cinéma et de notre audiovisuel. Or, il y a quelques semaines, son principal responsable du département film,  l’américain Scott Stuber, a été remplacé par un nouveau, Dan Lin https://www.allocine.fr/personne/fichepersonne_gen_cpersonne=235737.html.  Stuber a dirigé Netflix pendant sept ans avant d’annoncer son départ. Pendant sa direction il a fait venir à Netflix plusieurs réalisateurs couronnés aux Oscars et on peut considérer qu’il est l’un des principaux responsables de l’évolution de l’audiovisuel vers l’ère de la s-vod et du streaming.

Lin, fils d’un émigré Taïwanais, à 50 ans, a été vice-président en charge de la production chez Warner et a fondé Rideback Productions qui a produit plusieurs séries et films à succès. Il dépendra de Bela Bajaria, le responsable des contenus de Netflix. Il est considéré comme l’un des plus brillants producteurs américains actuels.

Mais ce passage d Stuber à Lin semble devoir s’accompagner d’une profonde transformation de politique du cinéma de la plate-forme. Sous le premier, les budgets étaient élevés et la surveillance relativement légère. C’est lui qui a amené Martin Scorcese ou Jane Campion à travailler pour la plate-forme. Il n’hésitait pas à investir massivement dans les spectacles à effets spéciaux, avec des stars de catégorie A, qui étaient à la fois démolis par la critique et réalisaient de fortes audiences.

Aujourd’hui Netflix envisagerait de réduire significativement le nombre de films produits par an et de mettre l’accent sur la qualité et le contrôle. Cela s’explique aussi par le fait que les grands studios ont fini par accepter de lui louer leurs films. Sur la liste des 10 films les plus vus récemment, 6 proviennent en effet de studios. Netflix reste par ailleurs plus que jamais fidèle à son exigence d’être le premier diffuseur, alors que d’autres plateformes n’écartent pas le sortie salle préalable. Or, cela peut entrainer une difficulté à convaincre les grands réalisateurs, dont la plupart continuent à penser qu’un film est avant tout destiné à un public dans une cinéma.

Le Congrès de le Fédération nationale des Cinémas Français est, chaque année, un des moments importants de la vie du cinéma en France. Son 78 ème exemplaire, qui vient de se tenir à Deauville, la semaine dernière, l’était encore plus que d’habitude.

Tout d’abord parce qu’il a confirmé qu’à peu près partout dans le monde, en 2023, la fréquentation tend à se rapprocher de son niveau d’avant Covid. C’est dû, en grande partie, à la reprise de l’offre de films américains dont la production s’était totalement arrêtée pendant le Covid. Mais pas uniquement. En France, où l’on peut encore espérer atteindre cette année les 200 millions d’entrées d’avant la crise, c’est aussi dû aux succès de la production nationale. En tout cas , on n’a, à ce jour, que 7% de retard sur la moyenne des année 2017/19. Mais, d’autres pays, comme l’Autriche, la Norvège, la Tchéquie ou l’Allemagne font encore mieux dans la reprise. Il est vrai qu’ils sont loin de la fréquentation par habitant de la France.

Mais, bien entendu, partout, à commencer par aux États-Unis, du fait de la grève des comédiens et des scénaristes, on est conscient que l’arrêt de la promotion, donc le décalage des sorties, et, surtout, de la production, des blockbusters de Hollywood, va entraver cette reprise, puis entrainer une nouvelle chute de la fréquentation à partir du deuxième semestre 2024. Et, John Fithian, l’ancien président du NATO (qui représente les exploitants américains), estimait que l’enjeu-notamment l’usage de l’Intelligence artificielle-est suffisamment grave pour que la grève dure au moins jusqu’à la fin de l’année. Néanmoins, les patrons des Studios viennent de marquer la négociation par leur présence  et ont enfin signé un accord avec les scénaristes.Mais la grève des comédiens de se poursuit ce qui continue de bloquer toute production et toute sortie de film.

L’exception culturelle prend racine un peu partout

En fait, la leçon la plus importante du Congrès c’est que, dans un nombre croissant de pays européens, le gouvernement estime que le cinéma-c’est à dire un film dans une salle-est une activité socialement et culturellement indispensable qui justifie un soutien public. L’exception culturelle ne cesse de gagner du terrain. C’est le cas en Espagne et, même en Italie : aller voir un film en salle ça n’a rien à voir avec voir le même film chez soi sur sa télévision ou un ordinateur.

En outre, comme l’a rappelé Tim Richards, le président canadien de Vue Entertainement, l’un des tous premiers réseaux mondiaux de salles de cinéma, présent dans 9 pays, « tous les studios ont compris que vendre directement un film à une plate-forme, sans passer auparavant par une sortie en salle, leur créait un énorme manque à gagner ». Mais il a bien martelé que, à la différence des autres plates-formes, « Netflix n’est pas notre ami », car la plate-forme exige de manière inconditionnelle des exclusivités. Or Netflix domine largement ce nouveau marché. La bataille est donc loin d’être gagnée.