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Les responsables politiques français et européens pourraient s’inspirer des performances du cinéma français pour redresser l’économie française et européenne.

Certes, pourl’instant, Gaëtan Bruel, le président du CNC est obligé de faire flèche de tout bois pour convaincre les responsables politiques français qu’en aucune façon le cinéma français ne vit au crochet des subventions publiques. C’est ce qu’il vient de plaider devant la commission des affaires culturelles de l’Assemblée Nationale en s’appuyant sur « L’étude sur le modèle économique des films d’initiative française » publié par le CNC.

Cette étude porte sur les 1823 films sortis de 2012 à 2021.

L’industrie cinématographique représente 260 000 emplois et, pendant cette période, les films sortis ont généré 7,9 milliards € de chiffre d’affaires. La production de ces films a dégagé un profit global de 269 millions €, soit 3,4%. Cette industrie de prototypes est évidemment un secteur à risque, mais, tout de même, 37% des films ont été bénéficiaires. Et aujourd’hui, la part de marché des films français, se situant entre 40 et 45%, est presqu’égale à celle des films américains, alors que dans les autres pays européens la part de marché du cinéma américain avoisine les 80%. Et si le cinéma américain est largement dominant dans le monde c’est parce qu’il a, de loin, le principal marché intérieur mondial en chiffre d’affaires et que l’anglais est, de loin, la seconde langue la plus parlée au monde. Les films américains ont donc, de loin, les plus gros budgets de production et de promotion au monde.

L’étude démontre que l’’industrie française du cinéma n’est nullement subventionnée par le contribuable. Le fonds de soutien est un prélèvement de 10,7% sur le prix du billet, payé en plus de la TVA. Ce génial mécanisme a été complété par d’autres mécanismes efficaces qui ne coûtent rien au contribuable.  Ainsi , les diffuseurs audiovisuels sont obligés d’investir un pourcentage de leur chiffre d’affaires dans des films français et ceux-ci génèrent salaires, charges sociales et impôts sur le revenu. Les régions choisissent de subventionner ou de fournir des avances remboursables à des films tournés sur leur territoire où les équipes de tournage vont réaliser des dépenses générant de l’activité économique et contribuer à l’image des régions. Enfin, le crédit d’impôt, en attirant des tournages en France, malgré la concurrence de pays où les emplois sont bien moins coûteux, génère plus de prélèvements publics (impôt + charges sociales) que son montant. Il en est de même pour les avantages fiscaux accordés aux investissements dans les sofica.

Tout ceci les professionnels du cinéma le savent. Seul le Rassemblement national démontre sa phénoménale incompétence économique  en affirmant que le cinéma français est largement subventionné par l’État, donc par le contribuable, et que seuls 10% des films français sont rentables. Des affirmations qui en disent long sur les risques que ferait courir l’application au pays du programme économique de ce parti dont l’ensemble est à la même aune.

Rappelons que le modèle économique du cinéma français est rendu possible parce que la France a fait reconnaitre le principe de l’exception culturelle par l’Union européenne. A l’opposé du principe des avantages comparatifs qui est le dogme pour tous les autres secteurs de l’économie et qui proscrit subventions et quota. L’Union européenne a en effet accepté que les États ou les régions puissent soutenir la culture ou spécifiquement leur culture par tous ces moyens interventionnistes afin de préserver leur identité ou leur diversité.

La plupart des pays européens soutiennent donc leur cinéma. Mais aucun n’a obtenu les performances de la France. Tout d’abord parce qu’ils ne soutiennent que la production de films nationaux, alors que la France soutient certes la production de films français, mais aussi leur distribution et, surtout, ses salles de cinéma. Ce qui lui a permis d’avoir le plus beau et le plus dense réseau de salles de cinéma au monde.

Or, ce qui est surprenant c’est que, au vu des remarquables performances du cinéma français, aucun responsable politique n’ait jamais pensé utiliser le mécanisme du fonds de soutien pour d’autres secteurs. Rappelons que la taxe additionnelle de 10,7% est une épargne forcée que ses bénéficiaires ne peuvent récupérer qu’en la réinvestissant. Mais c’est aussi un droit de douane sur les films étrangers, principalement américains, ce qui permet de redistribuer aux entrepreneurs plus que la taxe prélevée sur leur recette. Par ailleurs le fonds de soutien a été étendu à l’ensemble de l’audiovisuel.

Dans ces conditions pourquoi ne pas adopter ce mécanisme pour d’autres secteurs culturels. Comme par exemple l’édition de livres, qui traverse une véritable crise, notamment ses libraires qui sont pourtant des médiateurs indispensables de la lecture ? Le fonds de soutien du cinéma et de l’audiovisuel est un droit de douane sur les films américains. Celui sur le livre, en plus d’être une épargne forcée incitant à l’investissement, devrait être un droit de douane sur les plateformes. Sur le prix de vente de chaque livre, en plus de la TVA de 5,5%, serait prélevée une taxe additionnelle au taux à définir. Elle serait prélevée sur la part de recette du point de vente. Son produit serait redistribué à ces points de vente pour financer leurs investissements (travaux dans la librairie, opération de promotion du livre, etc…). Comme dans le cinéma, le montant du soutien généré serait dégressif par rapport au chiffre d’affaires. De ce fait les libraires toucheraient  beaucoup plus que la taxe qu’ils ont payé et les grands plateformes beaucoup moins. Ainsi les plateformes financeraient les libraires comme le cinéma américain finance le cinéma français. Cela renforcerait le rôle du libraire pour faire accéder le citoyen à la lecture.

Et, puisque ce mécanisme est si efficace, pourquoi ne pas l’étendre à d’autres secteurs de l’économie. Ainsi, il faudrait que l’Union Européenne accepte de reconnaître ce que les économistes ont démontré et qui est au cœur du  rapport Draghi : la croissance des économie est essentiellement due à l’investissement dans l’innovation, à la fameuse « destruction créatrice » de Schumpeter. Et l’innovation dépend de l’investissement dans la recherche. Ce sont ces investissements qui expliquent les fortes croissances des États-Unis et de la Chine. Et c’est leurs faibles investissements dans la recherche et l’innovation qui explique la stagnation des économies de l’Europe, et tout particulièrement de la France. Cette taxe additionnelle pourrait être gérée par l’équivalent de la Darpa américaine. Il est donc impératif de créer un fonds de soutien à la recherche et l’innovation qui s’inspire du fonds de soutien au cinéma.

Ce fonds de soutien devrait être l’arme de notre redressement culturel et économique.

Le discours de Gaëtan Bruel, le président du CNC, lors des rencontres des Rencontres Animation Formation, a souligné un problème qui est l’un des plus importants de la France et le sera de plus en plus dans les années à venir : la formation. Il est devenu typique de notre pays depuis que l’État s’est fixé comme objectif 85% de bachelier, non en élevant le niveau des élèves, mais en abaissant celui du bac.

Dans le domaine de l’animation, la France a toujours été l’un des principaux producteurs du monde grace, notamment, à un prestigieux réseau d’écoles publiques et privées. Mais les écoles, dans ce secteur, comme dans tous les autres, se sont multipliées comme des petits pains. Le CNC recense 60 écoles d’animation et 230 parcours d’animation. Alors qu’Audiens recense 800 primo-entrants par an. C’est dire que la plupart de ces formations forment surtout des chomeurs. Et ce parce que l’on n’a pas mis en place les outils pour identifier les opérateurs sérieux des autres. C’est d’autant plus grave que les entreprises peinent à recruter tous les talents adaptés à leurs besoins parce que beaucoup partent en Amérique du Nord ou au Royaume-Uni.

Gaëtan Bruel prône la mise en place de ces outils d’identification, ce qui parait effectivement indispensable. D’autant plus qu’avec l’IA, il est plus que probable que chaque individu devra se former en permanence mais aussi changer de métier plusieurs fois dans sa vie. La formation va devenir l’un des tous premiers secteurs de notre économie.C’est pourquoi la labellisation rigoureuse des formations, contenant notamment des indications précises sur leurs performances en matière d’emploi, doit être imaginée et mise en place au plus vite. La labellisation des formations à l’animation est indispensable. Elle est urgente et doit-être facilement identifiable.

Bien entendu l’ensemble de l’industrie de l’animation traverse actuellement une crise. Dans le cinéma elle est liée celle que traverse l’ensemble du secteur. Quant aux chaînes de télévision elles se rendent compte qu’elles ont de plus en plus de mal à concurrence l’i-phone et You tube pour attirer l’attention des enfants et des jeunes. Le succès des programmes courts modifie profondément leur approche de l’image.

Mais l’animation est un métier de création, c’est à dire un métier qui existe parce qu’il ne cesse d’évoluer.

Le 80 ème Congrès de la Fédération Nationale des Cinémas Français qui vient d’avoir lieu  à Deauville a tenu toutes ses promesses. Bien évidemment la crise que traverse le cinéma a été au cœur des débats.

La crise du cinéma

Les Président du CNC, Gaëtan Bruel, a confirmé que si la fréquentation retrouvait les 180 millions de spectateurs de l’année dernière c’était tout de même insuffisant pour assurer l’équilibre économique du secteur qui reposait sur une fréquentation supérieure à 200 millions de spectateurs. Or, les 9 premiers mois de l’années sont en baisse de 15% par rapport à l’année dernière. Et ce n’est qu’un moyenne. Dans la petite et moyenne exploitation il y a de nombreuses salles à moins 25%, voire moins 35 %. Et les charges (loyers, énergies,etc…) ont explosé. Le CNC constate que 90% du soutien automatique de la petite exploitation n’est pas utilisé car, souvent, les exploitants ne savent même pas comment payer leurs factures courantes.

Une offre de bien meilleure qualité

Le CNC, qui ouvre donc dès ce lundi une cellule d’urgence pour les petits et moyens exploitants, pense pouvoir notamment utiliser sa trésorerie qui encore confortable pour résoudre une partie des problèmes. L’IFCIC est également là pour les aider. Mais, d’’une manière générale, Gaetan Bruel estime que le cinéma va devoir revoir son modèle économique  s’il veut pouvoir vivre  avec 180 millions d’entrées. Un niveau qui semble à tous pouvoir être atteint car les piètres résultats de cette année sont avant tout tout dûs à une offre très insuffisante. Or, de ce qui a été vu de la présentation du line-up des distributeurs il apparaît que, à partir des sorties de fin septembre, l’offre sera de bien meilleure qualité et que, d’ici la fin de l’année, il y aura au moins un, et parfois 2 ou 3 succès par semaine. Et, l’année 2026 semble prometteuse.

Des idées pour développer École au Cinéma

Le remarquable rapport d’Édouard Geffray sur l’École au cinéma et ses 19 propositions pour une «  éducation au cinéma et à l’image de qualité » est évidement une voie vers la reconquête des spectateurs. D’ors et déjà il y a près de 2 millions d’élèves (15% de toutes les élèves) et plus de 20 000 enseignants concernés qui assurent près de 4 millions d’entrées par an. À Deauville Édouard Geffray a fait deux brillantes propositions pour élargir cette opération. Tout d’abord il a suggéré de faire suivre La Fête du cinéma, qui a lieu juste avant les vacances scolaires de l’été, par une Fête de l’École au cinéma qui augmenterait le nombre d’entrées générées. Certes,  à l’heure actuelle  on ne peut compter sur des financements publics supplémentaires. Mais pour une opérations qui concerne 2 millions de jeunes il doit être possible de trouver des sponsors privés.

Autre suggestion du rapporteur : bâtir la marque « École au cinéma », en la mettant en-avant dans les salles, par des bandes annonces et l’affichage. Les mairies pourraient également y participer. Et il a rappelé que l’objectif devait être de doubler, voir de tripler les nombre d’ėlèves concernés, ce qui pourrait mener jusqu’à 10 millions de spectateurs. C’est la moitié du chemin pour repasser de 180 millions de spectateurs aux 200 millions d’avant Covid. Et, là encore, il faut avoir de l’imagination pour trouver des sponsors, surtout si École au cinéma devient une marque qui mobilise 5 à  6 millions de jeunes.

Et là on revient au cœur de l’enjeu du cinéma. Car, comme l’a dit un exploitant, « la France est le pays du cinéma parce que c’est le pays des cinémas ». Ainsi, dans le bus qui nous menait à un dîner, je me suis trouvé assis à côté d’un exploitant qui se trouvait être le responsable du cinéma Jean Vigo (2 écrans) à Gennevilliers. Je lui ai demandé quel impact la crise avait eu sur ses entrées. Il m’a dit qu’il avait progressé. Devant ma surprise il m’a expliqué qu’il avait un taux de pénétration d’École au cinéma bien supérieur aux taux habituels et que, comme il avait été un des premiers à mener cette opération, il avait de nombreux élèves qui y avaient découverts le cinéma, qui étaient devenus des spectateurs réguliers et dont les enfants participaient à leur tour à cette formation. Et, surtout, lui et le personnel de la salle organisaient 180 présentations de films par an qui faisaient salle comble.

Face à tous les autres médias qui présentent des images, le cinéma en salle a donc des atouts structurels qu’il doit savoir utiliser. Le pays des cinémas est le pays du cinéma et doit bâtir sa force sur ce principe.