MAUVAISE NOUVELLE D’HOLLYW0OD
Par Serge Siritzky
Donc c’est Paramount qui l’a emporté sur Netflix dans le rachat de Warner-Discovery. C’est une mauvaise nouvelle d’Hollywood, une très mauvaise nouvelle pour la démocratie et pour le cinéma mondial.
Mauvaise nouvelle pour la démarcation américaine
Comme on le sait Paramount avait été racheté par Oracle qui est l’un des principaux et plus prospères groupes du monde. Pour la famille Ellison, qui le possède et qui est très proche de Trump et des MAGA, surpayer ce rachat a, avant tout, un objectif politique. Elle a commencé à le démontrer en transformant le filiale de Paramount, la chaîne CBS, en licenciant progressivement ceux qui y critiquaient le président Trump et en en faisant un soutien inconditionnel de ce dernier. Or, dans l’escarcelle de Warner se trouve plusieurs chaînes, dont surtout la chaîne d’information CNN, qui est la bête noir du président et, soit disparaîtra, soit sera muselée. Pour la démocratie américaine c’est un coup dur.
L’enjeu de la chronologie des médias
Qu’en est-il pour le cinéma en salle. De nombreux professionnels en France estiment que le rachat par Netflix aurait été pire. Et ce parce que la principale plate-forme mondiale était le fer de lance de l’absence totale de chronologie des médias. Or celle-ci est une des conditions de la survie du cinéma en salle. Ainsi, un des facteurs du succès du cinéma en France est que, même un film français préafinancé par Canal+, ne peut être diffusé sur la chaîne à péage que 4 mois après sa sortie en salle. Et toutes les autres diffusions audiovisuelles viennent bien après.
Aux États-Unis les majors ne respectent qu’une chronologie de 45 jours, ce qui est très insuffisant. Cette situation est due à deux facteurs. En premier lieu un parc de salles insuffisant, de moins en moins présent dans les centres villes. C’est la conséquence du fait que les majors n’ont pas le droit d’être propriétaires de salles et, donc, n’ont pas intérêt à les défendre. En second lieu, parce que plusieurs majors sont propriétaires de platées et privilégient le développement de celui-ci. Par ailleurs, Netflix, qui n’est pas du tout dans le cinéma, finance chaque année plusieurs films à gros budget, réalisés par de grands metteurs en scènes et interprétés par des stars. Mais ceux-ci, soit ne sont diffusés en salles que quelques jours avant la diffusions sur Netflix, soit sont présentés dans des Festivals de cinéma mais jamais diffusés en salle. Néanmoins, Netflix s’est rendu compte que ces « téléfilms » n’avaient pas l’audience des « vais » films de cinéma, sans doute parce que ceux-ci, à la différence des « téléfilms » doivent impérativement avoir la capacité de déplacer le public pour aller les voir en salle.
La crainte était donc que si Netflix rachetait Warner, la major appliquerait désormais la même politique d’absence de chronologies des médias, mortelle pour le cinéma. Mais pourquoi Netflix rachèterait-elle si cher Warner pour faire disparaître son très rentable réseau mondial de distribution en salle ? De toute façon, sa plate-forme aurait l’exclusivité sur la quinzaine de films de Warner qu’il diffuserait aux États-Unis 45 jours après leur sortie en salle.
Paramount et Warner vont fusionner et réduire leur volume cumulé de films
Au contraire Paramount n’a aucun intérêt à conserver deux réseaux de distribution distincts. Il a d’ailleurs annoncer qu’en les fusionnant il pourrait réaliser 6 milliards $ d’économie par an. D’autant que la nouvelle entité, rachetée en empruntant, démarre avec 90 milliards $ de dettes, alors que Netflix rachetait avec sa trésorerie. Et rappelons que la fusion de Warner avec AOL s’était soldée par un désastre. Tout comme le rachat de Warner par ATT en 2018, puis par Discovery en 2022. Enfin et surtout, quoi que promette Paramount, cette fusion entraînera forcément la réduction du nombre de films distribués. Aucun studio ne peut distribuer 30 films par an, c’est à dire plus d’un tous les quinze jours. C’est ce qui s’est passé après le rachat de Fox par Disney. Or, avant cette dernière fusion le cinéma américain réalisait près de 55% des entrées en France. Aujourd’hui c’est plutôt 45%. Qu’en sera-t-il après la fusion de Warner et de Paramount ?
Par ailleurs, Paramount va également fusionner sa plateforme avec HBO Max de Warner. Celle-ci va devenir une composante encore plus essentielle de la major. La part du cinéma va donc se réduire et la part de la plateforme y augmenter. Là encore ce n’est pas une bonne nouvelle pour le cinéma.
Enfin, revenons â la démocratie. La politisation de Paramount est également une mauvaise nouvelle pour le cinéma ? Crois-t-on que des partisans de Trump vont financer de nouveaux « Une bataille après l’autre », ce chef d’œuvre du cinéma américain qui est une des plus brillante dénonciation de l’Amérique de Trump? Gageons qu’ils vont plutôt favoriser des films « Maga », comme le « Superman ».