UNE OFFRE TROP LARGE EST UN HANDICAP
Par Serge Siritzky
L’année 2025 s’est terminée en France avec une fréquentation de 157 millions d’entrées. Peut-on modifier le système économique du cinéma français pour lui permettre de retrouver une la fréquentation annuelle qui se situe au-dessus de 200 millions d’entrées, niveau indispensable pour maintenir son réseau de salles et ses emplois?
La réduction du nombre de films « populaires » de 1 à 5 millions d’entrées
Bien entendu cet objectif dépend en grande partie du cinéma américain qui assurait avant la crise du Covid au moins 50% des entrées, c’est à dire au moins 100 millions d’entrées. Mais il serait suicidaire de continuer à assoir l’économie du cinéma français sur le cinéma américain.https://siritz.com/editorial/ne-plus-se-reposer-sur-le-cinema-americain/ Comme on l’a vu, le principal responsable de la baisse de la fréquentation depuis la crise du Covid est la forte diminution des films réalisant en 1 et 5 millions d’entrées. Des films dont on se disait avant : ça à l’air pas mal, allons le voir. Ce sont ce que l’on appelle des films « populaires », par oppositions aux films « d’auteurs » qui sont des succès avec moins, et parfois beaucoup moins, que 1 million de spectateurs. Ce ne sont pas les films « évènement » à plus de 5 millions d’entrées qui font la différence. Ainsi, en 1981, avec 2 films français réalisant l’un plus de 9 millions d’entrées et l’autre plus de 10 millions d’entrées, mais aussi 3 films américains se situant à 5,3 millions, 8,1 millions et 9,4 millions d’entrées, la fréquentation annuelle a été 10% en-dessous du plancher de 200 millions d’entrées.
Une vraie différence avec les année à 200 millions d’entrées d’avant la crise du Covid c’est que cette année 6 films français ont réalisé entre 1 et 5 millions d’entrées contre une vingtaine en moyenne avant. On constate la même chute pour les films américains. Or ce sont ces films « populaires » qui sont indispensables pour assurer l’équilibre économique du cinéma en France.
Le grand nombre de films est devenu un handicap pour le cinéma
Autre constatation importante : nous continuons à sortir en moyenne 700 films par an, soit 14 par semaine, comme avant le Covid. Et la moitié de ces films réalisent moins de 20 000 entrées. Cette moitié de films totalise ainsi moins de 4 millions d’entrées. Et certaines stars apparaissent souvent dans deux films en un mois. Car les producteurs savent que la présence de ces stars augmente les chances d’avoir un préfinancement télévisuel. Or, aujourd’hui, « le public ne plus au cinéma mais va voir un film » ! Avant, le spectateur décidait d’aller au cinéma et se renseignait sur les films offerts. Cette variété était l’une des forces du cinéma. Aujourd’hui le spectateur va voir un film d’abord parce qu’il en a entendu parlé Dans ces conditions au milieu de ce flot de propositions, de publicités et de critiques, beaucoup moins de films ont la capacité d’attirer l’attention des spectateurs. D’autant plus que s’ils ne réalisent pas dès leur démarrage un nombre suffisant d’entrées par écran, leur nombre de séances sont immédiatement réduits et ils disparaissent très vite des écrans.Notre système économique qui favorise la production et la sortie d’un grand nombre de film, dont la moitié réalise moins de 20 000 entrées, n’est donc plus en adéquation avec les nouvelles réalités du marché. La diversité de l’offre était un atout de l’économie du cinéma français. Aujourd’hui une offre trop large est un handicap pour le cinéma.
Mais aujourd’hui il ne suffit pas qu’un spectateurs ait identifié un film pour qu’il décide qu’il vaut le déplacement. Il faut en plus que quelqu’un ou un média auquel on fait confiance lui ait chaudement recommandé. Pas mal ne suffit plus. Donc, bien entendu, réduire le nombre de films qui sortent ne suffira pas à multiplier les films « populaires » français que le public décidera d’aller voir.