ÉVALUER LES PERFORMANCES DES CHOIX DES FILMS
Par Serge Siritzky
Le système français de soutien au cinéma est remarquable et pourrait même être un modèle pour d’autres secteurs. https://siritz.com/cinescoop/le-compte-de-soutien-un-modele-pour-notre-economie/Mais il peut encore être amélioré. Un moyen d’y parvenir serait d’en évaluer les performances. C’est un moyen assez peu utilisé dans l’action publique en France alors qu’il relève du bon sens et qu’il est largement utilisé par l’action privée. Il s’agit tout simplement pour chaque type d’intervention publique de définir clairement objectifs visés et de vérifier dans quelle mesure ils ont été atteints.
Évaluer les performances de l’Avance sur recettes
On peut notamment évaluer les performances des choix des films. Prenons l’exemple de l’avance sur recettes pour le premier et deuxième film. Elle permet à des réalisateurs de réaliser chaque année leur premier ou deuxième film. Mais si aucun de ces films ne réalise plus que quelques milliers d’entrées, ni n’est primé ou même sélectionné dans un grand festival, ni qu’aucun de ces réalisateurs ne réalise un troisième film, cette avance sur recettes permet de produire plus de films mais ne contribue en aucune façon au nécessaire constant renouvellement des réalisateurs de talent du cinéma français. Il parait donc logique de suivre les performances des bénéficiaires de cette avance de chaque année au regard de chacun de ces trois critères : entrées, festivals, carrière ultérieure. Afin d’affiner l’analyse de ces performances, pour chaque décision de la commission d’avance chaque membre devrait indiquer, en les classant par ordre d’importance, les critères retenus pour sa décision : scénario, courts métrages du réalisateur, producteur, casting, sujet , etc… Certains de ces critères seraient être suggérés, d’autres imaginés par le décideur. Et pour les avances sur recettes après réalisation les critères devraient concernent outre divers aspects de cette réalisation comme la direction d’acteur, le montage, etc.. Il est probable que certains décideurs dont les choix se révèleraient pertinents indiqueraient des critères auxquels on n’aurait pas pensé et qui seraient progressivement adoptés par leurs collègues.
Indices de performance et critères de choix
Il est probable que d’une année sur l’autre et d’une commission à l’autre les trois indices de réussite soient très variables. En tout cas, au fil des années, le rapport entre chacun des différents critères et chacun des trois indices de performance devrait apparaître. De même que certains décideurs ou certaines commissions devaient se révéler plus performants que d’autres.
Bien entendu l’analyse de ces données devrait être grandement facilitée par l’intelligence artificielle. Ces données ne pourront commencer à fournir des résultats vraiment significatifs qu’au bout des quelques années. Surtout le pourcentage de réalisateurs sélectionnés qui sont devenus des réalisateurs établis et reconnus, qui est l’indice de performances le plus significatif, ne peut être établi que sur une longue durée. Mais on pourrait très rapidement établir les trois indices de performance des commissions des années passées, sans disposer des critères de décision. Les résultats pourraient déjà être significatifs et accélérer la possibilité d’analyser les années à venir.
Ces outils-critères de décisions et indices de performances- pourraient être mis en place par d’autres intervenants dans le financement des films, comme par exemple les chaînes ou les soficas. Avec, bien entendu des indices de performances qui leur sont propres. L’analyse de ces outils devrait permettre d’améliorer les performances à venir des décideurs. Mais ces outils ne permettront en aucun cas de le remplacer les décideurs, c’est à dire les professionnels. Car l’intelligence artificielle n’est pas de l’intelligence. Elle n’est qu’un extèment rapide et puissant tri de données.