Partager l'article

L'édito de Serge
Serge Siritzki

VERS UNE CRISE MAJEURE DE L’IA

Par Serge Siritzky

Qu’on le veuille ou non l’intelligence artificielle va bouleverser tous les métiers du cinéma et de l’audiovisuel, comme il va bouleverser tous les médias et toutes nos économies.

Il y aura sans doute quelques inconditionnels qui refuseront catégoriquement de recourir à cette technologie, mais la profession n’hésitera pas à confier des tâches à l’IA si elle les accomplit infiniment beaucoup plus vite et moins cher que des individus. Cela entraînera inévitablement d’importantes disparitions d’emplois. Mais la baisse des coûts va ouvrir de nouveaux marchés et augmenter le volume de production.

Néanmoins cela ne signifie pas que l’IA va continuer à se développer à la même vitesse. On va peut-être vers une crise majeure de l’IA. En effet, pour l’instant, le moteur de l’IA se trouve aux États-Unis. C’est une IA propriétaire, contrairement à l’IA de la Chine et de l’Europe qui est open source.

Or, le développement de l’IA commence à être singulièrement remis en cause par la population américaine et par un nombre croissant de responsables politiques des deux bords.

Ainsi, en Californie démocrate comme au Texas républicain, sous la pression des électeurs, gouverneurs et maires s’opposent à la création de nouveaux data centers, notamment parce qu’ils consomment trop d’énergie et d’eau.

Par ailleurs, les géants de l’IA sont les plus grandes entreprises du monde et, de loin, les plus gros investisseurs. Mais leurs investissements sont devenus tels que leurs bénéfices ne suffisent plus pour les financer, au point qu’ils commencent à assécher le marché des capitaux au détriment de tous les autres secteurs. Et à ponctionner le marché des obligations, faisant bondir les taux d’intérêt.

Or, les investissements des géants de l’IA génèrent peu d’emploi. Ainsi, dans un article spectaculaire, le prix Nobel d’économie, l’américain Paul Krugman, vient de démontrer que chaque investissement dans l’IA crée 100 fois moins d’emplois qu’un investissement équivalent dans un autre secteur industriel. De ce fait, il a calculé que l’accaparement du marché des capitaux par l’IA allait, non pas créer du chômage, mais réduire régulièrement le pouvoir d’achat de la majorité des salariés.

Dans ces conditions on comprend que de plus en plus de responsables politiques, économiques et financiers des États-Unis se rendent compte que, si le développement de l’IA n’est pas maîtrisé au plus vite, il risque de déboucher sur une crise économique majeure, bien plus grave que la crise des sub-prime de 2008. Une crise par laquelle, du jour au lendemain, la plus grande banque du monde avait déposé le bilan et l’ensemble du système financier américain avait failli s’effondrer.

C’est pourquoi les responsables des « autres » grands secteurs américains sont en train de prendre conscience qu’ils vont devoir intervenir au plus vite pour éviter la catastrophe. En 2008, le président Obama, qui venait d’être élu, avait, par des mesures immédiates et radicales, sauvé le système financier américain et, donc, mondial. Mais aujourd’hui le président des États-Unis est Donald Trump…

Que la crise de l’IA éclate ou que les États-Unis réagissent avant, cela permettra peut-être à l’Europe et à son IA open source de réduire son retard dans cette industrie majeure. Ce devrait surtout être l’occasion de prendre le temps de réfléchir â la façon d’intégrer « rationnellement » cet outil révolutionnaire dans notre société, notamment dans notre enseignement et notre activité professionnelle.

© Copyright - Blog Siritz