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L'édito de Serge
Serge Siritzki

NOUVELLE FRONTIÈRE POUR LE CINÉMA

Par Serge Siritzky

Le 81éme Congrès de la Fédération Nationale des Cinémas Français, qui vient d’avoir lieu à Deauville la semaine dernière, a permis de confirmer que le cinéma est bien une industrie de l’offre.

De l’Apocalypse à la Résurrection

En effet, celui de l’année dernière s’était tenu dans un climat apocalyptique : la fréquentation chutait de plus de 20% par rapport à l’année précédente qui n’avait pourtant par retrouvé son niveau d’avant-Covid. L’industrie du cinéma se demandait si l’i-phone n’était pas en train de la faire définitivement sombrer.

De nombreuses salles de cinéma étaient au bord de la cessation de paiement, au point que le président du CNC, Gaetan Bruel, avait décidé d’utiliser la trésorerie du compte de soutien pour faire des avances à ces salles afin de prolonger leur survie.

Et soudain, à partir de la mi-décembre, la fréquentation s’est envolée au point que, cette année, la fréquentation pourrait progresser d’un tiers par rapport à l’année dernière et, peut-être même, retrouver ses niveaux d’avant-Covid.

Le constat de tous les exploitants est que ce retournement est très clairement dû à la très grande qualité de l’offre de films. Et le cinéma a retrouvé son rôle essentiel dans la société française. Comme l’a très justement rappelé Richard Patry, le président de la FNCF, « le cinéma est le lieu où nous fermons tous notre téléphone individuel pour regarder tous, collectivement, le grand écran. » Bien plus, de nouveau, « les français parlent du cinéma entre eux ». Et la remontada des deux films sur « La bataille de Gaulle », qui sont devenu la référence de tous les Français, illustre pour chacun d’entre eux les vertus de la résilience.

Mais si le cinéma a retrouvé toutes ses couleurs, il est loin d’avoir résolu tous ses problèmes. https://siritz.com/editorial/le-cinema-a-retrouve-toutes-ses-couleurs/

Beaucoup plus de films pour autant d’entrées

À cet égard, les chiffres révélés par la directrice des études du CNC sont édifiants : si, en France, le cinéma a à peu près retrouvé sa fréquentation d’avant Covid, le nombre de film sortis est passé à 804, progressant de 30% en 20 ans. Et le nombre de films français a suivi la même progression, alors que celui des films américains a baissé de 26%. Face à cette profusion d’offres il n’est pas étonnant que le public soit devenu plus sélectif et que quelques films accaparent le gros des entrées. Mais, au siècle dernier, alors que la France produisait et sortait moitié moins films, on disait déjà « il y a trop de films ». Or, chaque semaine, Cinéfinances.info montre comment des producteurs réussissent à trouver le financement et à réduire leurs risques pour tous types de films et tous budgets. Et le nombre de distributeurs ne cesse de croître. Cette diversité est l’une des forces du cinéma français et du cinéma en France.

En tous cas, le Congrès a confirmé que les tensions se sont accrues, entre exploitants et distributeurs, mais, surtout, entre exploitants. Heureusement, avec la médiation, la France bénéficie d’une institution entièrement consacrée à la solution de ces conflits. Et Xavier Albert, qui dirige Universal en France, a souligné que cette institution était un véritable atout de la France. En outre, le CNC a créé une commission paritaire exploitants-distributeurs chargée de proposer des recommandations pour diminuer les occasions de conflit.

Par ailleurs, avec l’Éducation au cinéma à l’École, le cinéma est pionnier en matière d’évolution de l’éducation à l’heure du tout numérique. Il a la chance que l’actuel ministre de l’Éducation nationale soit, au sein de l’État, l’un des meilleurs connaisseurs de cette institution. Mais que peut-il faire quand ce même État se voit contraint de réduire son financement en gelant le Pass culture ?

L’enjeu de la data

Alors qu’il retrouve sa fréquentation d’avant Covid, le cinéma prend conscience qu’il dispose d’une Nouvelle frontière à conquérir pour assurer son développement dans l’ère du tout numérique : la data. Il s’agit, à l’image de ce qu’ont réalisé les plateformes, d’utiliser les outils numériques pour rassembler le maximum d’informations sur les spectateurs  afin de savoir, pour chaque film,  comment les toucher et comment les convaincre : quel est leur profil ? pourquoi ils choisissent les films qu’ils vont voir ? quelles sources d’information les ont amenés à faire ces choix ?

Les exploitants, surtout les circuits, disposent de nombreuses informations dans ce domaine, surtout avec leurs cartes d’abonnements. Il faut que les indépendants se créent à leur tour ces informations. Et il faut que les distributeurs puissent les utiliser pour renforcer l’efficacité de leurs campagnes de promotion. Pour les distributeurs, le CNC pourrait jouer le rôle de « tiers de confiance » dans cette évolution, en garantissant le secret sur l’origine des informations. Victor Hadida (Metropolitan), le président de la Fédération Nationale des Éditeurs de Films, affirme d’ailleurs que les distributeurs sont disposés à payer pour cette information. Et  il souligne qu’il faut surtout bâtir une base de données sur les spectateurs occasionnels : « si chacun d’eux va une fois de plus par an au cinéma cela va booster les entrées ! » Cela suppose notamment d’amener ces spectateurs à passer par la réservation, le premier lien numérique avec le spectateur. Cette nouvelle frontière pour le cinéma a de quoi rendre optimiste.

Enfin, compte tenu des menaces que certains partis politiques font peser sur le cinéma https://siritz.com/editorial/une-bombe-a-fragmentation-sur-leconomie/, Gilles Sebbag, secrétaire général de la  FNCF, a révélé que celle-ci va poser à chaque candidat à la présidence de la République 4 questions sur le système économique du cinéma.

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