YOUTUBE UNE CHANCE MAIS QUI ABUSE
Par Serge Siritzky
Comme nous l’avons vu, l’industrie de l’audiovisuel est en train de voir ses ressources diminuer https://siritz.com/editorial/dautres-sources-de-financement-pour-les-films/ Et la situation d’un grand nombre de ses acteurs, qu’ils soient créateurs, comédiens, techniciens ou entreprises devient difficile.
Le marché de l’audiovisuel s’est fortement développé
En réalité, en France comme dans le reste du monde, le marché de cette industrie a fortement augmenté. S’y ajoute en effet les applications internet, à commencer par YouTube dont le chiffre d’affaires actuel en France se situe entre 1,3 et 1,5 milliards €, soit celui de TF1. Certes, son fonctionnement est radicalement différent. Mais comme l’est celui de la télévision par rapport au cinéma. Quand, dans les années 80, celle-ci s’est développée dans notre pays, le monde du cinéma a d’abord cru que c’était le début de sa fin. Jusqu’à ce qu’il trouve le moyen d’en faire sa principale source de financement et son principal marché.

YouTube est une chance pour les créateurs et toute l’industrie audiovisuelle
Pour les créateurs qui ont du mal à trouver un producteur YouTube est une occasion de faire leurs preuves et de devenir une star seulement avec leur talent et leur i-phone. Partout dans le monde on voit de plus en plus souvent de nouveaux réalisateurs de films ou de séries avoir été choisis parce que leur série, tournée avec un téléphone, a des millions, voir des dizaines de millions de vues sur YouTube.
YouTube modifie le rapport de force
Cela permet donc à des créateurs de modifier le rapport de force avec les producteurs ou les chaînes. Pour les producteurs ou les chaînes c’est un nouveau marché financé par la publicité que génèrent leurs programmes et dont YouTube leur rétrocède une partie. Dans l’hexagone France télévisions vient de passer un accord avec YouTube qui diffusera ses programmes, augmentant donc leur audience, tout en permettant à la régie publicitaire du groupe public d’y commercialiser ses propres espaces publicitaires.
Enfin, la publicité vendue par YouTube génère elle-même du compte de soutien, preuve par neuf que ce diffuseur fait bien partie de l’audiovisuel français.
YouTube abuse de sa position dominante
Mais comme le souligne très justement sur LinkedIn Isabelle Degeorges, présidente de Gaumont télévision, YouTube vient, unilatéralement, de décider qu’à partir de février 2027, les règles de partage de ses recettes avec les fournisseurs de programmes vont changer au détriment de ces derniers. Or, sur son marché, YouTube est en position dominante. La Commission de la concurrence et les pouvoirs publics ne peuvent laisser YouTube en abuser. L’État dispose à cette égard d’une arme qui est l’abattement de 66% sur la TSV (taxe sur les services vidéo) dont bénéficie YouTube sous prétexte qu’une grande partie de ses contenus sont fournis par des amateurs. Il serait en droit de la modifier si YouTube continuait à abuser sans vergogne de sa position dominante.
Meta a été obligé de plier
Mais il n’est malheureusement même pas certain que l’État français puisse faire voter un budget d’ici la fin de l’année. Les professionnels français devraient donc s’inspirer des États-Unis, un pays dont le président a décrété que les puissants, à commencer par lui, sont au-dessus des lois. Une dizaine d’États y ont saisi la justice contre Meta (Facebook et Instagram), le géant mondial du numérique et des réseaux sociaux, accusant ses algorithmes d’être nuisibles aux enfants. Plutôt que de risquer d’être condamné à payer 220 milliards $ d’amende Meta a préféré payer 17 milliards à tous les États américains et modifier profondément son fonctionnement.
Et bien YouTube est une chance, mais YouTube est une chance qui abuse de sa position dominante sur le marché qu’il a créé. Il faut donc saisir la Commission de la concurrence pour l’obliger â négocier ses modes de rémunérations avec les représentants de ceux qui lui fournissent ses contenus. Et les Français devraient mobiliser leurs partenaires européens pour saisir les autorités européennes. Car YouTube est une chance mais qui abuse partout en Europe et sans doute partout dans le monde.