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POUR DES FILMS OU DES SÉRIES LA FICTION EST ÉVIDEMMENT UN ART COLLECTIF

L’éditorial intitulé « Le mythe du réalisateur auteur » a suscité de nombreuses réactions. Sans doute le titre est-il mal choisi  car il existe bien des réalisateurs auteurs. Mais pour traiter de cette question  faut la replacer replacer dans son contexte, notamment historique.

Ainsi le réalisateur Dominique Baron rappelle :

« Je fais partie de ceux qui, au Groupe 25 image (qui se renforce), ont toujours travaillé en harmonie avec les scénaristes et se battent pour notre travail collectif. Je m’inquiétais, peut-être à tort, de l’impact du titre dans un monde où le sujet de la suprématie du texte est apparu dans les années 1930, dans les bagarres entre l’auteur Marcel Achard et ses metteurs en scènes- Louis Jouvet, Charles Dullin et Georges Pitoëff- qui ont imposé une vision moderne plus collaborative, plus audacieuse, plus “auteur associé“, osant défier ce qu’ils appelaient le « textocentrisme » de Marcel, défenseur acharné de la moindre virgule.

Bientôt un siècle que dure ce débat, réveillé plus tard par Jean Vilar, puis par la Nouvelle Vague toute puissante. À la fois scénariste, réalisateur, ex-producteur et conseiller de programmes, j’ai bien producteur étudié le sujet et écrit un long article. Débat récemment revenu « En thérapie » avec le début, logique, d’invasion des réalisateurs cinéma dans certaines chaines de l’audiovisuel… ».

Ce rappel est évidemment essentiel. Il n’est pas question de nier l’importance de la réalisation. Personnellement, je me souviens effectivement des mises en scènes de Jean Vilar. Ainsi, celle de « La résistible ascension d’Arturo Ui », présentée au TNP, donnait au texte de Brecht une dimension qui m’a marqué pour la vie. De même, le scénario de « Citizen Kane », écrit par Herman Mankiewicz, est puissant. Mais c’est la réalisation d’Orson Welles qui lui a donné une dimension qui en fait l’un des plus grands films de l’histoire du cinéma. https://fr.wikipedia.org/wiki/Citizen_Kane

Welles a fait passer le scénario de Manckiewicz de la 2ème à la troisième dimension

Vilar comme Wells ont pu déployer leur talent et leur créativité parce qu’ils sont partis d’un bon texte qu’ils ont fait passer de deux dimensions à trois dimensions.

Néanmoins, dans son Carrefour, Emmanuel Daucé, qui dirige Tetra Média Studio, reconnait que le sujet évoqué par l’éditorial n’est pas purement théorique quand il affirme : « L’idée du réalisateur roi ne m’allait pas». https://siritz.com/le-carrefour/emmanuel-dauce-producteur-de-series/ En fait, pour les séries, le scénariste showrunner est forcément le roi. Mais, pour des films, le débat existe.

Autre remarque, sur cet article, celle de Max Azoulay, le fondateur de l’ESRA, la principale école privée de cinéma et d’audiovisuel, qui est par ailleurs l’un des sponsors de ce blog. Il rappelle que « l’ESRA à inclus depuis des années l’enseignement du scénario, et que le DHEC a introduit voilà 8 ans un département  SCÉNARIO (bac+3 à Bac +5) ».

Il existe évidemment aujourd’hui d’autres écoles qui enseignent le scénario.

Mais le fait que la FEMIS, l’école publique qui a succédé à l’IDHEC, ait introduit en deuxième année un cursus Scénario, à côté de celui de la réalisation et de la production, marque un tournant idéologique important. Clairement, il  a fallu que nos chaînes de télévision développent fortement les séries longues, et qui ne soient pas que policières, mais abordent les sujets de société et politiques,  pour qu’il commence à y avoir un brassage entre cinéma et fiction tv, mais aussi entre scénaristes et réalisateurs.

D’une manière générale, qu’elle soit pour des séries ou des films, la fiction est un art collectif.