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Donc c’est Paramount qui l’a emporté sur Netflix dans le rachat de Warner-Discovery. C’est une mauvaise nouvelle d’Hollywood, une très mauvaise nouvelle pour la démocratie et pour le cinéma mondial.

Mauvaise nouvelle pour la démarcation américaine

Comme on le sait Paramount avait été racheté par Oracle qui est l’un des principaux et plus prospères groupes du monde. Pour la famille Ellison, qui le possède et qui est très proche de Trump et des MAGA, surpayer ce rachat a, avant tout, un objectif politique. Elle a commencé à le démontrer en transformant le filiale de Paramount, la chaîne CBS, en licenciant progressivement ceux qui y critiquaient le président Trump  et en en faisant un soutien inconditionnel de ce dernier. Or, dans l’escarcelle de Warner se trouve plusieurs chaînes, dont surtout la chaîne d’information CNN, qui est la bête noir du président et, soit disparaîtra, soit sera muselée. Pour la démocratie américaine c’est un coup dur.

L’enjeu de la chronologie des médias

Qu’en est-il pour le cinéma en salle. De nombreux professionnels en France estiment que le rachat par Netflix aurait été pire. Et ce parce que la principale plate-forme mondiale était le fer de lance de l’absence totale de chronologie des médias. Or celle-ci est une des conditions de la survie du cinéma en salle. Ainsi, un des facteurs du succès du cinéma en France est que, même un film français préafinancé par Canal+, ne peut être diffusé sur la chaîne à péage que 4 mois après sa sortie en salle. Et toutes les autres diffusions audiovisuelles viennent bien après.

Aux États-Unis les majors ne respectent qu’une chronologie de 45 jours, ce qui est très insuffisant. Cette situation est due à deux facteurs. En premier lieu un parc de salles insuffisant, de moins en moins présent dans les centres villes. C’est la conséquence du fait que  les majors n’ont pas le droit d’être propriétaires de salles et, donc, n’ont pas intérêt à les défendre. En second lieu, parce que plusieurs majors sont propriétaires de platées et privilégient le développement de celui-ci. Par ailleurs, Netflix, qui n’est pas du tout dans le cinéma, finance chaque année plusieurs films à gros budget, réalisés par de grands metteurs en scènes et interprétés par des stars. Mais ceux-ci, soit ne sont diffusés en salles que quelques jours avant la diffusions sur Netflix, soit sont présentés dans des Festivals de cinéma mais jamais diffusés en salle. Néanmoins, Netflix s’est rendu compte que ces « téléfilms » n’avaient pas l’audience des « vais » films de cinéma, sans doute parce que ceux-ci, à la différence des « téléfilms » doivent impérativement avoir la capacité de déplacer le public pour aller les voir en salle.

La crainte était donc que si Netflix rachetait Warner, la major appliquerait désormais la même politique d’absence de chronologies des médias, mortelle pour le cinéma. Mais pourquoi Netflix rachèterait-elle si cher Warner pour faire disparaître son très rentable réseau mondial de distribution en salle ? De toute façon, sa plate-forme aurait l’exclusivité sur la quinzaine de films de Warner qu’il diffuserait aux États-Unis 45 jours après leur sortie en salle.

Paramount et Warner vont fusionner et réduire leur volume cumulé de films

Au contraire Paramount n’a aucun intérêt à conserver deux réseaux de distribution distincts. Il a d’ailleurs annoncer qu’en les fusionnant il pourrait réaliser 6 milliards $ d’économie par an. D’autant que la nouvelle entité, rachetée en empruntant,  démarre avec 90 milliards $ de dettes, alors que Netflix rachetait avec sa trésorerie. Et rappelons que la fusion de Warner avec AOL  s’était soldée par un désastre. Tout comme le rachat de Warner par ATT en 2018, puis par Discovery en 2022. Enfin et surtout, quoi que promette Paramount, cette fusion entraînera forcément la réduction du nombre de films distribués. Aucun studio ne peut distribuer 30 films par an, c’est à dire plus d’un tous les quinze jours. C’est ce qui s’est passé après le rachat de Fox par Disney. Or, avant cette dernière fusion  le cinéma américain  réalisait près de  55% des entrées en France. Aujourd’hui c’est plutôt 45%. Qu’en sera-t-il après la fusion de Warner et de Paramount ?

Par ailleurs, Paramount va également fusionner sa plateforme avec HBO Max de Warner. Celle-ci va devenir une composante encore plus essentielle de la major. La part du cinéma va donc se réduire et la part de la plateforme y augmenter. Là encore ce n’est pas une bonne nouvelle pour le cinéma.

Enfin, revenons â la démocratie. La politisation de Paramount est également une mauvaise nouvelle pour le cinéma ? Crois-t-on que des partisans de Trump vont financer de nouveaux « Une bataille après l’autre », ce chef d’œuvre du cinéma américain qui est une des plus brillante dénonciation de l’Amérique de Trump? Gageons qu’ils vont plutôt favoriser des films « Maga », comme le « Superman ».

Le séisme que représente la vente du groupe Warner est loin d’être terminé. https://siritz.com/editorial/netflixwarner-menace-ou-espoir/À la surprise générale, son conseil d’administration avait choisi une offre d’achat de Netflix pour 27,75 $ par action et un montant total de 82,7 milliards $. L’opération devait encore être autorisée par la Fédéral trust commission qui risquait de tiquer sur le rapprochement HBO Max, la troisième plateforme américaine et mondiale, avec Netflix, qui est, de loin, la première. Mais, voici que le groupe Paramount Skydance, associé au fonds d’investissement du gendre du président Trump, à un fonds du Quatar et à un fonds d’Abu Dhabi propose directement aux actionnaires de Warner de racheter leurs actions pour 30 $ par action et un total de 108,4 milliards $.
La bataille Paramount/Netflix ne fait que commencer
Il semble difficile au conseil d’administration de rejeter cette offre purement et simplement. S’il le faisait des actionnaires de Warner pourrait saisir un tribunal pour l’obliger à le faire. Il faut dire que les deux offres ne portent pas sur le même périmètre puisque celle de Netflix ne comprend pas les chaînes du câble de Warner. Celles-ci sont bénéficiaires mais en perte de vitesse. Le conseil d’administration de Warner a sans doute l’intention de les vendre. Quel est leur prix ? A priori elles n’intéressent pas Netflix, mais, pour contrer l’offre de Paramount il pourrait décider de les racheter, quitte à les revendre ensuite, pour augmenter son prix et dépasser celui de Paramount.
Mais pour Paramount ces chaînes ont une valeur « politique » considérable : elles comprennent CNN, la chaîne d’information continue que le président Trump estime son « ennemie ». Or les propriétaires de Paramount, comme leurs partenaires dans ce rachat, sont des soutiens  avérés du président et de ses affaires, qui, en contrepartie, est un soutien de leurs affaires.
Du point de vue du cinéma Paramount affirme que ce rachat lui permettra de devenir la première des majors du secteur  en distribuant 30 films par an. Ce qui est certain c’est qu’il fusionnera les deux réseaux de distribution, licenciant la moitié du personnel. Il sera alors peu probable qu’il produise et distribue 30 films par an. C’est ce que nous rappelle rachat passé de MGM et de Twenty Century Fox. A En revanche, il serait irrationnel pour Netflix de racheter le réseau de distribution mondial pour le supprimer. Et, s’il le conserve, il lui faudra continuer à produire les films nécessaires pour le rentabiliser. Bien entendu, cela suppose que la major soit dirigée par des responsables capables de produire de tels films.
L’effondrement du cinéma américain
Mais la conflagration que représente ce rachat ne doit pas nous faire oublier le vrai problème du cinéma mondial et qui tient à l’effondrement du cinéma américain. Jusqu’à la crise du Covid, celui-ci était le moteur du cinéma  en salle. Même en France, qui était, de loin, le premier producteur européen, les films américains réalisaient plus de la moitié des entrées. Or, depuis le Covid, toutes les majors, sauf Sony, ont lancé leur plate-forme. Et, pour favoriser le développement de celle-ci,  elles ont  choisi de réduire à 45 jours la fenêtre d’exclusivité des salles. N’oublions pas que, depuis 1948 les majors n’ont pas le droit de posséder des salles de cinéma aux États-Unis. Au contraire, en France, les 3 principaux réseaux de salles de cinéa-Pathé, UGC et CGR-sont aussi parmi les principaux distributeurs et producteurs. C’est pourquoi le cinéma Français est uni pour protéger le cinéma en salle en imposant des fenêtres d’exclusivités conséquentes. Et c’est ainsi que l’année dernière, les films français ont cumulé une fréquentation cumulée record, compensant en partie la forte chute des fins américains.
Ce qui est à noter c’est que les autorités américaines ont interdit aux majors de posséder des salles pour qu’elles ne faussent la concurrence en leur réservant leurs films. Mais elles leurs permettent de réserver l’exclusivité de leurs films à leurs plateformes.  Au contraire, en France, les circuits de salles n’hésitent pas à exploiter leurs films dans les salles de leurs concurrents. En somme, si Netflix veut développer le chiffre d’affaires de sa société de distribution aux États-Unis il a intérêt à réserver l’exclusivité de la diffusion de ses films à ses plateformes, mais en allongeant la fenêtre d’exclusivité de leur diffusion en salle.
Autre cause de la chute mondiale de la fréquentation : une partie des meilleurs réalisateurs et des stars du cinéma mondial se sont lancé dans des œuvres (séries ou films) destinées aux plateformes. Leurs œuvres manquent donc au cinéma et ils n’ont pas été remplacés. Quel que soit l’avenir de Warner, celui du cinéma dépend de la réponse que les américains donneront à ces deux évolutions. Ou de la capacité d’autres pays à remplacer la production américaine. En somme on navigue du séisme Warner à la crise du cinéma.
Le rachat du groupe Warner par Netflix, pour le prix énorme de 83 milliards $, est évidemment un tournant dans l’histoire du cinéma et de l’audiovisuel mondial.
L’obstacle de la famille Ellison et de Trump ?
Ce rachat comprend le studio de cinéma, la plate-forme HBO Max, D.C. studios (Superman) et W Games (jeux vidéo). Netflix décroche ce rachat au nez et à la barbe de deux autres géants de Hollywood, Comcast-Universal et Paramount. Le récent propriétaire de Paramount est David Ellison, le fils de Larry Ellison, propriétaire d’Oracle, un des premiers groupes du monde et une très proches de Trump. Tous deux affirment qu’ils feront interdire ce rachat par les autorités anti-trust américaines qui, comme toutes les institutions jusque là indépendantes des États-Unis sont désormais à la botte du président Trump. C’est possible, mais pas certain, car, depuis qu’en novembre dernier les républicains ont perdu toutes les élections partielles (gouverneurs, parlementaires, maires) qui ont eu lieu un peu partout aux États-Unis, un vent de fronde commence à s’élever contre le président au sein des parlementaires républicains. Certes l’autorité antitrust estime qu’un groupe est en position dominante s’il contrôle 30% du marché. Or ce serait pratiquement le cas de Netflix et de HBO MAX sur le marché des plateformes. Néanmoins, le nouveau groupe  ne manquera pas d’avancer qu’il ne sera pas aussi puissant que le groupe Youtube en terme d’audience.
Par ailleurs, alors qu’Universal ou Paramount n’auraient pas eu besoin du réseau de distribution de Warner qui aurait donc disparu, Netflix s’engage à maintenir la distribution cinéma de Warner jusqu’en 2029 et donc à maintenir cet acteur essentiel de la distribution mondiale.
Abandon ou non de la distribution en salles
Mais le monde du cinéma n’oublie pas que Netflix a toujours été résolument pour la diffusion de films simultanément en salle et sur sa plate-forme, ce qui condamne la fréquentation cinématographique de ces films à être marginale. Néanmoins, en payant cet énorme prix pour acquérir une major du cinéma le groupe Netflix semble manifester son intention de se diversifier. Il devient bien plus que la première des plateformes. Or l’économie de la diffusion des films en salle repose sur l’exclusivité. Quand sa seule activité était d’exploiter une plateforme, les salles et les festivals de cinéma n’étaient que des outils de promotion de ses contenus. Mais il a déjà une fois radicalement changé de stratégie. Ainsi, il était catégoriquement contre le financement de sa plateforme par la publicité avant de s’y rallier. A-t’il racheté fort cher l’un des principaux réseau mondiaux de distribution en salle pour le passer par pertes et profits et n’en conserver que le catalogue ? Ne va-t’il pas tenter de fabriquer des blockbusters qui vont lui permettre de rentabiliser, et donc de valoriser cet outil ? Or, pour amortir ces blockbusters et ce réseau il lui faudra choisir de diffuser ces films en exclusivité dans les salles. Dans ce cas Netflix ou HBO Max auront ensuite l’exclusivité de la diffusion sur plate-forme de ces blockbusters.
Ted Sarandos, le génial propriétaire de Netflix, a inventé la première plate-forme. Mais si celle-ci s’est imposé, comme, de loin, la première d’entre elles, c’est aussi qu’il a su l’alimenter par des séries  exceptionnelles. Logiquement ne devrait-il pas tenter de faire de même dans le cinéma en salle? Le moins que l’on puisse dire c’est qu’à part Disney la créativité des studios américains s’est effondrée. Pour renverser la situation ils ont besoin d’un choc. A juste titre le rachat de Warner par Netflix fait trembler le monde cinéma. Mais peut-être le nouveau Warner va-t’il apporter aux films cinéma le renouvellement dont ils ont tant besoin en cette période de crise aigüe du secteur. Netflix + Warner : menace ou espoir ?