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La France a décidé de rattraper son retard suicidaire dans le domaine des studios de tournage. Cette décision fait suite à une étude, publiée en mars 2019, qui démontrait que l’existence de véritables studios de tournage était vitale pour l’avenir de la production audiovisuelle française https://www.cnc.fr/professionnels/etudes-et-rapports/rapport/les-studios-de-tournage-un-enjeu-primordial-pour-la-production-en-france_990068

L’étude en question avait été lancée au moment où les studios de Bry-sur-Marne risquaient de disparaitre parce que déficitaires et alors que l’idée dominante était que les studios de tournage étaient une activité qui ne pouvait être rentable. Et ce, alors que les studios de Pinewood, près de Londres, allaient investir 640 millions € pour augmenter la capacité de leurs plateaux.

Cette étude est une illustration de la boutade de Coluche concernant les Français : « Vous leur donnez le Sahara et deux ans après ils importent du sable. »

L’État a fait de la construction des studios décrit par l’étude un des objectifs prioritaires du « Plan pour la France 2030 ». Il a lancé un appel d’offres et va subventionner les projets, sélectionnés prochainement par une commission de professionnels, et qui répondent aux critères définis par cette étude, des critères caractérisant tous les grands studios rentables ailleurs dans le monde. L’un de ces critères est la maîtrise du foncier.  https://www.cnc.fr/professionnels/aides-et-financements/multi-sectoriel/appel-a-projet-france-2030–la-grande-fabrique-de-limage–sur-les-studios-et-la-formation_1672282

Mais, il faut être conscient qu’une fois opérationnels, ces nouveaux studios vont rencontrer des obstacles qui sont propres à la France. Tout simplement parce qu’il y a très peu de professionnels français qui savent utiliser cet outil et en tirer pleinement parti.

A commencer par les directeurs de production. : en 2018, quand l’étude était réalisée, les producteurs américains qui tournaient en France et cherchaient à y tourner en studio affirmaient que les directeurs de production français sachant véritablement utiliser cet outil se tenaient sur les doigts de la main.

Certes, la Femis a son propre plateau à la disposition de ses élèves. Mais, avoir tourné en plateau ne veut pas dire que l’on sait utiliser cet outil industriel qui comprend des plateaux de tailles différentes, harmoniser le tournage en intérieur et en backlot, choisir entre fabriquer des décors ou puiser dans le stock, etc…

D’autres écoles font faire des stages sur plateau à leurs élèves. Mais elles manquent de tournages en plateau pour ces stages et, même quand il y en a, les professionnels qui leur transmettent leurs savoir-faire n’ont pas forcément tout le savoir-faire nécessaire.

Il faudra donc du temps pour que les nouveaux studios soient utilisés de manière optimale et tournent à leur pleine capacité.

Bien entendu la France dispose de techniciens dont la productivité est mondialement reconnue. Mais elle a un autre handicap : le plafond de 48 heures de travail par semaine alors que nos concurrents sont à 60 heures. S’aligner sur cette durée pourrait réduire singulièrement la durée de location des studios et de tous leurs outils, donc augmenter singulièrement la rentabilité des tournages en studios pour les productions. Et, par conséquent, leur utilisation ! Quant aux salariés, s’agissant de métiers d’intermittents, aux heures supplémentaires très bien payées, ce ne serait pas pour eux de la régression sociale.