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Le 30 mars dernier l’Association des Réalisateurs Producteurs (ARP) organisait, dans son cinéma le Cinéma des Cinéastes, à deux pas de la place Clichy, une soirée débat sur la sortie des films. C’est un sujet essentiel pour les quelques 750 films qui sortent chaque année en France , dont près de 40% sont des films français.

Ils sortent dans plus de 2 000 établissements et plus de 6300 écrans.  A ce jour 257 établissements sont des multiplexes et  ils réalisent 57% du chiffre d’affaires de l’ensemble des salles. De même, alors qu’il y a largement plus de 100 distributeurs,  30 d’entre eux réalisent 90 % du chiffre d’affaires de l’ensemble. Qu’est ce qui fait marcher un film, c’est à dire permet aux producteurs et au distributeur d’amortir leurs investissements et de dégager un bénéfice pour être en mesure de produire et de distribuer d’autres films?  Pour répondre à cette question l’ARP avait invité  des représentants de toutes les professions directement concernées par cette question, du producteur à l’exploitant en passant par le réalisateur, le distributeur, le créateur d’affiche et le fabriquant de bande-annonce.

La bande-annonce crée le désir de voir un film

D’une manière générale, il y a un point qui semble avoir recueilli l’unanimité des intervenants. Comme l’a dit François Clerc, qui dirige le distributeur Apollo, ce qui crée le désir de voir un film c’est la bande-annonce. Tout le reste des dépenses de promotion créent la notoriété. Mais la notoriété ne garantit nullement l’envie de voir un film. En revanche personne ne sait d’avance ce qui va marcher.

Le principal véhicule de diffusion de la bande-annonce est de moins en moins la salle de cinéma, d’autant plus que les circuits font désormais payer sa diffusion. La télévision est devenue un véhicule très puissant. Mais c’est surtout, comme l’a noté Christophe Rossignon (Nord-Ouest productions), internet et les réseaux sociaux qui jouent un rôle déterminant, au détriment de l’affichage. Et les influenceurs deviennent de plus en plus importants.

Cela étant dit, ce qui était frappant dans les interventions, c’est qu’il n’y a pas de règle à suivre pour lancer un film.  Dans cette industrie à risque il n’y a que des cas particuliers. Ainsi, Martin Bourboulon, le réalisateur de plusieurs blockbusters, dont les deux «  Trois mousquetaires », a expliqué que son producteur, Dimitri Rassam « vend le film avant qu’il y ait un scénario ». Il est clair qu’il doit être l’un des seuls dans son cas, l’écriture du scénario étant probablement l’investissement totalement à risque par lequel doivent débuter la plupart des producteurs. Autre exemple de la diversité de cette industrie :  Rageman, le directeur de création de Rysk, l’un des grands studios créateurs d’affiches de films,  affirme  » je ne vois jamais le film avant de réaliser l’affiche « . Pour lui cela signifie donc que c’est au producteur, au réalisateur et au distributeur de résumer ce que le film devra signifier pour son public.

15 nouveaux films par semaine

La programmation d’un film, c’est à dire les salles dans lesquelles il va sortir ainsi que ses séances, est évidemment déterminant. La durée moyenne de programmation d’un film est 4 semaines, avec des écarts considérables. Car chaque semaine, il y a en moyenne 15 nouveaux films qui entrent sur le marché. Chaque distributeur d’un film va se battre pour ne pas se faire déprogrammer au profit d’un autre film. Et, lors de l’AG du Syndicat Français des Théâtres Cinématographiques, on a vu que, sur ce plan, la tension entre distributeurs et exploitants, mais aussi entre exploitants, s’est fortement accrue. https://siritz.com/editorial/lunion-pour-affronter-les-orages-a-venir/

Mais, là encore, Christine Beauchemin-Flot, la directrice et programmatrice du Sélect à Anthony, une salle municipale de 4 écrans, a expliqué qu’elle décide sa programmation pour 3 à 4 semaines à l’avance et  qu’elle garde les films à l’affiche comme prévu initialement, quels que soient leurs résultats. Il est vrai que les salles municipales n’ont pas les mêmes impératifs de rentabilité que les salles privées.

En somme cette soirée a confirmé que la sortie des films n’est pas une science exacte.