Archive d’étiquettes pour : A pied d’oeuvre

Depuis la mi-décembre la fréquentation ne cesse de se situer au niveau des bonnes année d’avant Covid. Des résultats qui confirment que le public est tout à fait disposé à aller massivement au cinéma si celui-ci lui propose des films qui correspondent à ses attentes. C’est évidemment une bonne nouvelle. Mais cela ne veut pas dire que le public n’a pas changé.

Prenons un exemple frappant. Les exploitants et distributeurs expérimentés affirmaient pouvoir prévoir la fréquentation finale d’un film à partir des entrées de la séance de 14 h à Paris. Et même, tout simplement, à partir de cette fréquentation à l’UGC Les Halles, premier multiplex du monde. Or ce n’est plus vrai, parce que les spectateurs de la périphérie et du reste de la France ne se comportent plus comme ceux de Paris.

La fréquentation de « Marsupilami » comparée à celle de « Pied d’oeuvre »

Ainsi, le mercredi 4 février, comparons la fréquentation de « Marsupilami », une grande comédie populaire très attendue et «  À pied d’œuvre », un film typiquement Art et Essai. CBO a réussi à rassembler les entrées à la première séance de « Marsupilami » dans 25 salles : 1 220 entrées, soit 48,8 entrées par salle. Pour « À pied d’œuvre » dans 17 salles c’est presqu’autant d’entrées : 1 154. Mais cela fait 67, 8 entrées par salle, soit 40% de plus. Sur l’ensemble de la première journées, à Paris « Marsupilami » réalise 19 102 entrées dans 103 salles, soit 185 entrées par salle. Et « À pied d’œuvre » réalise 5 368 entrées dans 52 salles, soit 103 entrées par salle. Donc , à Paris, sur l’ensemble de la journée, « Marsupilami » réalise 3,6 fois plus d’entrées que «  A pied d’oeuvre » et 1,8 fois plus d’entrées par salle.

Sur le reste de la France « Marsupilami » réalise 100 000 entrées dans 570 salles, soit 175 entrées par salle. C’est 5 fois plus d’entrées qu’à Paris et 5% de moins d’entrées par salle. « A pied d’œuvre » réalise 5 716 entrées dans 76 salles. C’est le même nombre d’entrées qu’à Paris et 75 entrées par salle, soit les trois quarts de Paris et 42% de « Marsupilami ».

Naturellement ce sont deux films aux antipodes. Mais ils démontrent à quel point la baromètre de la 1ère séance à Paris a perdu tout son sens parce que le public, c’est à dire, que l’ensemble « des » publics qui composent « le » public ont changé. Fin de la 1ère séance à Paris.

Le 8ème long métrage (dont un documentaire) réalisé par l’actrice et scénariste Valérie Donzelli https://fr.wikipedia.org/wiki/Valérie_Donzelli est « À pied d’œuvre » https://fr.wikipedia.org/wiki/À_pied_d%27œuvre une adaptation du roman homonyme et largement autobiographique de Franck Courte sur la précarité sociale de l’écrivain.

Cinéfinances.info* a fourni les données financières de cet article.

Valérie Donzelli

Son budget prévisionnel est de 4 millions €, soit 10% de plus que le budget prévisionnel moyen des films de fiction français sortis en 2025. https://siritz.com/financine/le-barometre-des-budgets-previsionnels-2025-24-23/ Pour la préparation, 29 jours de tournage et la post-production la rémunération de la réalisatrice est de 110 000 €, répartie en part égale entre à valoir sur droits d’auteur et salaire de technicien. C’est 80% de la rémunération moyenne des réalisateurs. https://siritz.com/financine/remuneration-en-2025-24-23-des-realisateurs/

Les droits du livre ont été acquis 60 000 € et elle a écrit le scénario avec Gilles Marchand pour 212 000 €. Le budget total du scénario, 272 000 €, est donc près de 50% supérieur au budget moyen des scénarios. https://siritz.com/financine/le-budget-total-des-scenarios-en-2025-24-23/.La rémunération des rôles principaux est 100 000 € ce qui n’est que 60% de la rémunération médiane des rôles principaux. https://siritz.com/financine/remuneration-des-roles-principaux-2025-24-23/. Enfin la musique a été confiée à Jean-Michel Bernard pour 95 000 €. C’est un tiers du plus que le budget moyen de la musique de films. https://siritz.com/financine/le-barometre-2025-24-23-de-la-musique-de-films/

Pour bien illustrer la part du budget que la production de « À pied d’oeuvre » a consacré aux quatre principaux postes de l’affiche par rapport à ce qui leur est consacré dans la moyenne des films le tableau ci-dessous est éclairant :

Comme on le voit la part du budget que le film consacre à la rémunération de la réalisatrice, au budget du scénario et à celui de la musique est très supérieure à la moyenne des films. En revanche la part qu’il consacre à la rémunération des rôles principaux est inférieure.

Le producteur délégué est Pitchipoï productions (Alain Goldman). France 2 cinéma est coproducteur. Une sofica non garantie y a investi et le film a bénéficié de 550 000 € d’avance sur recettes. Canal+, Disney+ et France télévisions l’ont préacheté. Diaphana a donné un minimum garanti pour le mandat salle et un autre pour le mandat vidéo. Kinology a le mandat de vente à l’étranger.

Le précédent film de fiction réalisé par Valérie Donzelli était « L’amour et les forêts », sorti en 2023. Il était produit par Rectangle productions pour un budget prévisionnel de 5,8 millions €. Diaphana était déjà le distributeur et le film avait rassemblé 670 000 spectateurs.

www.Cinefinances.info est un site, accessible par abonnement, destiné aux professionnels du cinéma.  Il publie budget, le plan de financement et la répartition des recettes prévisionnels de tous les films français qui sortent (hors les films « sauvages » qui ne déposent pas leurs contrats au registre public et ne demandent donc pas l’agrément qui leur permettrait d’accéder à l’aide du CNC). Il s’agit des chiffres de l’agrément d’investissement sur la base duquel le producteur a monté son financement. Il dispose de nombreuses archives et d’un puissant moteur de recherche. Il dispose d’archives des films sortis depuis 2010 et d’un puissant moteur de recherche, avec de multiples critères.