UN DÉBAT ESSENTIEL POUR DE NOMBREUX PROFESSIONNELS

Mon éditorial titré « Notre cinéma fabrique des téléfilms » a enregistré le record de lecteurs de Siritz.com. https://siritz.com/editorial/notre-cinema-fabrique-des-telefilms/

Il insistait sur les effets  pervers de notre système de financement de la production de films qui repose de très loin sur les chaînes de télévision alors que le financement c’est avant tout un film en salle. Un effet qui va être aggravé par l’introduction des plates-formes de S-VoD dans ce financement.

Il parait intéressant de publier un certain nombre de réactions que des professionnels ont exprimé sur mon compte Cinéfinances.info sur facebook. N’hésitez pas à participer à ce débat sur Facebook ou à compléter vos analyses.

Succès de nos fictions à la télévision  

J’ai une question par rapport à ce que votre article, fort intéressant d’ailleurs : cette année à la télévision, les 20 meilleures audiences de fiction sont trustées par des programmes français. Sur les plateformes, les programmes français ont eu certains un très grand succès inattendu, y compris à l’international. En France, quand on compare à nos voisins, les entrées salle ne sont pas si mauvaises, et en réalité, le cinéma français n’y est pas étranger (même si le succès est concentré sur certains titres).

Ne serait-ce pas en réalité le moment où le public français redécouvre ses programmes et les producteurs qui revendiquent de produire du cinéma ne devraient-ils s’intéresser à ce que son public apprécie justement ailleurs ?

Mathieu Thill

Ce qui différencie film pour le cinéma et fiction pour la tv

Merci pour votre article si éclairant. Il faudrait définir, il me semble, ce qui différencie (au premier coup d’oeil) un film pour le petit écran et celui qui peut prétendre captiver un large public en salle. Cette différence tient à sa narration. C’est dire que cela ne porte pas sur l’ampleur de son budget de fabrication. J’ai mon idée sur le sujet et vous la donnerai bien volontiers.

Jean-Pierre Ronssin

L’aspect malsain de notre système de financement

La France a mis en place un système de soutien à son cinéma, et tout particulièrement sa production, qui en fait, de loin, le premier cinéma d’Europe. Mais déjà un abonné â Cinéfinances.info peut voir que de nombreux producteurs ont su utiliser ces mécanismes pour être assurés d’être bénéficiaires avant que le film ne sorte. C’est un système malsain qui va être aggravé par l’entrée des plateformes.

Les séries françaises marchent â la télévision parce qu’elles sont conçues pour marcher, en France mais aussi â l’international, à être addictives et rediffusées. Les ventes internationales et leur valeur catalogue font partie de leur modèle économique.

Et, beaucoup de producteurs s’épanouissent plus dans le modèle économique de la série.

Pour les scénaristes et les réalisateurs la série permet de créer un univers, ce qui doit être motivant.

Serge Siritzky 

La mise en garde de Martin Scorcese

Merci Serge Siritzky. Éditorial lucide mais inquiétant. On le sent venir depuis pas mal de temps  Martin Scorcese l’avait dit globalement dans une interview en 2018 : « Faites attention en France, trop de vos films de cinéma ne sont même plus à la hauteur de certains téléfilms ou séries et ne semblent exister que par votre système de subventions alors que l’écriture et la mise en scène sont essentielles »… On voit aussi de plus en plus de « producteurs de cinéma » qui développent des départements fiction (certains avec talent et succès) pour deux raisons basiques : 1/ Le diffuseur leur donnera pour un téléfilm entre 1,4 et 1,8 million !… 2/ Leurs « réalisateurs de cinéma » plaisent et rassurent les diffuseurs qui signent bien plus volontiers pour des cinéastes (cf. C+ et Arte)

Dominique Baron

Tellement vrai !

Laurent Loupias

 

Laurent Bouhnik

Les loi qui interdisent aux tv de prendre des risques

Excellente analyse ! Et rare!

J’aurais tout de même ajouté que cela fait des décennies que le cinéma français produit du téléfilm. Et ce, à cause des financements du cinéma (principalement les TV) et du CSA qui, a cause des lois iniques liées aux interdictions par rapport à l’âge des spectateurs, empêche les chaînes de télévision d’acheter des films avec un risque d’interdiction et les producteurs de les produire.

Laurent Bouhnik

L’inculture cinématographique de décideurs de la tv

Merci. Triste et lucide constat. Il y a déjà quelques années, lors d’une discussion sur un point précis d’un scénario, avec l’un des décideurs d’une de ces chaînes, j’ai prononcé le nom d’Antonioni. Et bien mon interlocuteur n’en avait jamais entendu parler… et ce n’était ni du cynisme ni de l’ironie. La simple réalité.

Jérôme Soubeyrand