UN PAN IMPORTANT DE NOTRE HISTOIRE
Par Serge Siritzky
Malgré l’omniprésence des médias portés par l’internet, le cinéma reste un média extrêmement puissant dans nos sociétés. C’est ce que démontre les nombreuses controverses que suscite le nouveau film de Xavier Giannoli, « Les rayons et les ombres » sur l’Occupation de la France au cours de la dernière gelure mondiale . https://siritz.com/cinescoop/les-annees-folles-de-loccupation/
« Les rayons et les ombres » déclenche une polémique
Ces controverses ne portent pas sur la qualité du film, une majorité de critique étant élogieux et le bouche à oreille excellent. Ils portent sur ce que certains considèrent comme une tentative du film de travestir la réalité historique. Le film suit deux hommes qui ont joué un rôle pendant l’occupation allemande de la France. Le Français, Jean Luchaire, et l’Allemand, Otto Abetz étaient devenus amis après la première guerre mondiale. Tous deux, socialistes, n’ont cessé d’œuvrer pour éviter que se renouvelle une telle boucherie entre leurs deux pays. Mais, de fil en aiguille, cette action va les conduire à être des acteurs participer à la collaboration entre la France et les nazis. Abetz comme ambassadeur d’Allemagne en France et Luchaire, à la fois comme directeur d’un journal influent et parce que son amitié avec Abetz lui donnait un incontestable pouvoir.
Tous deux n’étaient pas nazis et avaient bonnes conscience , étant persuadés qu’ils agissaient pour éviter le pire. Ce qui, comme le film le rappelle, ne les a pas empéchés de se noyer dans l’ignonimie. Ainsi, le film montre que Luchaire n’a pas hésité à écrire à Ferdinand Céline, qui trouvait Vichy trop mou à l’égard des juifs, « rassurez-vous, je suis devenu antisémite. ». Ceux qui dénoncent le film, et parmi eux des historiens reconnus, reprochent à Giannolli d’avoir choisi comme personnage principal un collaborateur français issu de la gauche dans le but de faire oublier que cette collaboration était essentiellement de droite et d’extrême droite. Mais, ce reproche est excessif : même si Vichy était bien un régime d’extrême droite, Jean Luchaire n’est pas une exception. Pierre Laval, le chef du gouvernement de Vichy, venait de la SFIO et avait dirigé le Cartel des Gauches. Plusieurs des dirigeants de la collaboration de Jacques Doriot à Marcel Déat venaient également de la gauche. Et, pendant le Pacte Germano-soviétique, les communistes français se sont bien gardé de critiquer les nazis et Vichy. De même, toute l’extrême-droite ne soutenait pas la Collaboration. Ainsi, Charles Maurras, anti-sémite notoire et grande figure de l’extrême-droite était anti-collaborationniste parce que profondément nationaliste.
D’autres estiment que Jean Luchaire n’était qu’un personnage secondaire de la collaboration ce qui ne justifierait pas qu’on en fasse le personnage principale d’un film sur la Collaboration. Mais ce n’est rien comprendre au cinéma. Si le cinéma trouve un personnage intéressant, peu importe qu’il soit historiquement important.
Peut-on encore faire un film de 3h15 ?
Le seul défaut de ce film c’est sans doute sa durée : 3 heures 15. Non qu’il ne soit passionnant de bout en bout. Mais nous sommes à l’heure de l’-phone, de you tube et des réseaux sociaux. Fut une époque où les plus grands succès du cinéma mondial, depuis « Au temps en emporte le vent » jusqu’à une pléiade de péplums et de westerns, dépassant largement les trois heures, fleuretaient avec les records historiques de fréquentation. Aujourd’hui, les habitudes de vie font que les citoyens sont sollicités par un volume et une diversité incroyable de distractions. Au point de ne plus vouloir consacrer autant de temps à voir un film. Rappelons qu’alors qu’il qu’une nouvelle version des Trois Mousquetaire méritait 4 heures, habilement, le producteur Dimitri Rassam en a fait 2 films de 2 heures chacun. En un film de 4 heures il n’aurait sans doute pas approché le 6 millions d’entrées.
Ce qui est certain c’est que « Les rayons et les ombres » oblige interpelle société sur un pan important de notre histoire.