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L'édito de Serge
Serge Siritzki

S-VoD : QUELLE RIPOSTE DES EXPLOITANTS ?

Par Serge Siritzky

WARNER VA FORCÉMENT DONNER LA PRIORITÉ À HBO MAX

Les quelques semaines pendant lesquelles nos salles ont ré-ouvert entre deux confinements ont démontré à quel point toute l’économie de notre cinéma dépendait du cinéma américain. Certes il y a de fortes chances que, grâce aux vaccins, la pandémie disparaisse et que nos salles ouvrent enfin. Mais, comme on l’a vu, il n’est pas certain du tout que les blockbusters américains soient au rendez-vous pour les alimenter. https://siritz.com/editorial/la-salle-de-cinema-menacee-de-mort/

En effet, la pandémie a accéléré le développement des plateformes internationales de S-VoD et celles-ci sont devenues le marché prioritaire des deux principaux studios américains tandis que Netflix avait désormais les moyens de soustraire au cinéma une grande partie de ses talents. https://siritz.com/financine/razzia-de-netflix-sur-les-films-de-cinema/

Netflix, avec ses 200 millions d’abonnés, a désormais la capacité d’investir 18 milliards de dollars par an pour s’approvisionner en programmes exclusifs. Le groupe vient d’atteindre l’équilibre, malgré cet investissement en nouveaux programmes.  Disney+ s’est rendu compte que son potentiel sur ce marché est bien supérieur à ce qui avait été imaginé au départ et qu’il est potentiellement 10 fois plus important que celui du cinéma en salle. En outre, dans les semaines qui viennent, la plateforme va intégrer à son offre la plateforme Star, qui appartenait à Fox, récemment rachetée. Or, alors que Disney + vise un public familial, Star vise un public jeune et adulte, ce qui va élargir son audience.

Enfin, la deuxième major du cinéma, Warner a, semble-t-il, fait la même analyse que le groupe Disney. Tout d’abord il est significatif que le groupe ait nommé à sa tête Jason Kilar qui, jusque-là dirigeait la plateforme américaine de S-VoD, Hulu. Comcast/Warner en était un actionnaire minoritaire aux côtés de Disney devenu majoritaire. Puis Disney en a pris le contrôle total. Le conseil d’administration de Warner média a donc choisi un homme venant de la S-VoD et pas du cinéma pour le diriger. Et celui-ci, à la fin de l’année dernière, n’a pas hésité à annoncer que Warner violerait, au moins pour toute l’année 2021, la sacro-sainte règle de la fenêtre d’exclusivité des salles alors que quelques semaines auparavant il la proclamait intangible.

Lorsque la pandémie aura été vaincue Warner devrait revenir à la chronologie des médias traditionnelle. Mais le groupe devrait aussi, en toute logique, donner la priorité au développement de sa plateforme HBO Max pour être un des leaders du marché porteur de la S-VoD. Il est d’ailleurs significatif que, selon des rumeurs qui semblent sérieuses, Warner travaillerait sur une série « prequel » de Harry Potter, un de ses plus grands succès en salle, pour HBO Max, plutôt que pour de nouveaux films. De même que Disney réserve désormais toute la franchise Star War à Disney +. Ces rumeurs sont démenties par Warner, mais une telle démarche paraitrait logique. Sans quoi, on ne voit pas comment HBO Max, qui, avec seulement 13 millions d’abonnés, est très en retard par rapport à Netflix et Disney+, pourrait décoller.

Si ces trois plateformes consacrent le gros de leurs investissements à la production pour leurs plateformes, et débauchent à cette fin les plus grands talents du cinéma, la production de blockbusters américains pour le cinéma va fortement chuter, sinon disparaitre. Pour le cinéma français cela veut dire moins d’entrées dans les salles, moins de soutien financier, moins de chiffre d’affaires pour nos chaînes de télévision et moins d’investissement de ces chaînes dans les films de cinéma français, mais aussi, des séries.

Il est impératif que les exploitants élaborent une parade

Et, comme on l’a vu avec Netflix, ce « débauchage » ne va pas se limiter aux talents et stars de blockbusters américains, mais concerner aussi les talents du cinéma d’auteurs comme Jane Campion ou Jean-Pierre Jeunet, ou les stars nationales comme Dany Boon ou Omar Sy.

C’est pourquoi, il est impératif que les exploitants élaborent une parade qu’ils mettraient en œuvre si cette menace se réalisait. Une riposte pourrait consister à s’allier entre eux, exploitants européens et américains, pour initier des studios capables de se substituer aux majors défaillantes, afin qu’ils produisent des blockbusters et attirent talents et les stars du cinéma. Bien entendu cette suggestion est plus facile à énoncer qu’à mettre en œuvre. Mais si Netflix, Disney et Warner choisissent la stratégie décrite ci-dessus, une riposte audacieuse est indispensable. Ces plateformes sont juridiquement implantées aux Etats-Unis parce que c’est le premier marché du monde et que l’anglais est la langue universelle, mais ce sont des médias internationaux. Le cinéma, se définit comme le média qui diffuse ses productions en priorité dans les salles de cinéma. Il va sans doute devoir s’assurer que les productions dont il a impérativement besoin continuent à approvisionner prioritairement ce média.

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