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L'édito de Serge
Serge Siritzki

LES CLICHÉS SUR LE CINÉMA FRANÇAIS

Par Serge Siritzky

IL EXISTE DES CRITÈRE OBJECTIF POUR LES ANALYSER

Cette semaine l’hebdomadaire Télérama consacre un grand dossier « Pour faire la peau aux clichés sur le cinéma français ». Et il conclut que « Non il n’y a pas trop de films. Non ils de sont pas intello-chiants. Non ils ne sont pas trop subventionnés. Non ils ne sont pas tous pareils. »

 Évidemment il s’agit de clichés, qui, comme tels, sont forcément excessifs. Mais, pour autant, tout est-il pour le mieux dans le meilleur des cinémas du monde ? Ainsi, l’appréciation de la qualité des films est subjective. Mais, étant donné qu’il s’agit d’un loisir collectif, qui vise à satisfaire un public, on peut prendre un critère objectif, celui du jugement de ce public. Et celui-ci peut être apprécié non par le nombre d’entrées totale de chaque film, mais par sa tenue sur la longueur. Il s’agit d’un critère « objectif », à la différence du point de vue des critiques ou de chacun d’entre nous qui est uniquement subjectif.

Tenue du film sur la longueur

Ainsi, un film totalise en fin de carrière en moyenne trois fois ses entrées de la première semaine. Si c’est sensiblement plus, c’est que le bouche à oreille était bon, donc que le film a plu à un public. Or, si, pour les films sortis en septembre les résultats des films français ont presque tous été décevants du point de vue de ce critère, ce n’est pas le cas des films sortis en octobre.

Ainsi, fin novembre, pour les films français sortis en octobre, quatre films français, soit en moyenne un par semaine,  ont largement dépassé le coefficient 3, et même quatre.

 Pour « Simone », il s’agit d’un véritable phénomène puisque le coefficient approche de 5. En novembre ces très bonnes performances de certains films français se sont poursuivies.

Et, avec ce même critère, le mois de novembre a vu plusieurs très bons succès de films français.

Le nombre de films français

En ce qui concerne le deuxième cliché,  savoir s’il y a « trop de films », là encore, cela ne veut rien dire en soi. En tout état de cause le cinéma est une industrie de prototype et il est dans sa nature de comporter beaucoup d’échecs.

 Néanmoins, là encore, on peut s’appuyer sur un critère objectif. Ainsi, en 2019, alors que, depuis plus de 10 ans, la fréquentation en France se situait au-dessus de 200 millions d’entrées, 301 films avaient été agréés par le CNC, dont 240 d’initiative française, les autres étant des coproductions françaises minoritaires. La fréquentation avait atteint  213 millions d’entrées, dont 117,5 millions (55%) pour les films américains et 75,5 millions (35%) pour les films français. Plus de 750 films étaient sortis en salle. 57 films ont dépassé le million d’entrées dont 34 films américains et 16 films français. Le premier film français n’arrive qu’en 4ème position.

En 1982, la fréquentation était de 202 millions d’entrées, dont 70 millions pour les films américains et plus de 100 millions pour les films français. 43 films ont réalisé plus d’un million d’entrées, dont 27 français et 12 américains. « ET » de Spielberg est en tête des entrées, mais derrière on trouve 7 films français.  Or, cette année là, la France avait produit 150 films, soit la moitié de ce qu’elle produit aujourd’hui.

Ainsi, le doublement de notre nombre de films a coïncidé avec un fort recul du cinéma français.

En tout état de cause, l’accroissement du nombre de films qui sortent, quelle que soit leur nationalité, a un double effet négatif : les médias ne peuvent parler de tous et l’attention du public ne peut  que se disperser et se porte sur une poignée de films. En outre, les distributeurs voudraient que les exploitants programment leur film à toutes les séances pendant deux semaines. Or c’est strictement impossible quand 15 films sortent en moyenne par semaine et, 20 films certaines semaines .

A noter que dans un très intéressant article, Alain Le Diberder explique que la forte augmentation du nombre de films français est due au remplacement des copies pellicule par la diffusion numérique en 2018 qui a abaissé fortement les frais d’édition et permis l’explosion de films de moins de 2 millions € de budget. Les films de plus de 2 millions € restent aux alentours de 130 par an https://alain.le-diberder.com/le-cinema-a-la-francaise-nest-pas-eternel/

ise-nest-pas-eternel/

Dans ce même article Alain Le Diberder rappelle que la production française est d’environ une comédie par semaine, qui représentent donc un peu moins du quart des films français, réalise 50% des entrées. « Mais la moitié de ces films monopolise 90% de ces entrées. Donc un petit dixième des films français, les comédies à succès, cumule 45% des spectateurs des films français, les 90% autres films se partageant les 55% restants« .

Les obligations d’investissement des chaînes et des plates-formes

Enfin Télérama affirme que le cinéma français n’est pas trop subventionné. Mais il ne prend en compte que le compte de soutien qui est financé par un droit de douane sur les films étrangers, principalement américains. Or l’aide des régions est également une subvention. De même l’obligation d’investissement des chaînes et, désormais des plates-formes, est, elle aussi, une subvention car, admettons que cette obligation ne porte que sur les œuvres en général-télévisuelles et cinématographiques- la part du cinéma serait fortement réduites car les chaînes diminueraient fortement leurs commandes de films de cinéma pour augmenter leurs commandes de séries.

Les déductions fiscales

De même, la déduction de l’impôt sur le revenu de 48% de l’investissement dans les soficas est bien une aide de l’État. Tout comme le crédit d’impôt de 30% de la plupart des dépenses de production.

Le montant des subventions au cinéma est donc très important et représente les gros des financement  de la production. La question est alors de savoir si ce soutien, qui n’a cessé d’augmenter au fil des années, est efficace. Les performances des films français devraient conduire à une réflexion.

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